LIBRE EXPRESSION : AGDE - SETE - Grève des patrons pêcheurs – La pêche méditerranéenne est-elle menacée de disparition ?

 

AGDE - SETE - Grève des patrons pêcheurs – La pêche méditerranéenne est-elle menacée de disparition ?

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Aujourd’hui, mardi 20 mars 2012, les représentants des patrons pêcheurs de méditerranée seront reçus à l’Élysée pour évoquer les difficultés de leur profession.

La 7e circonscription de l’Hérault inclut deux des plus importants ports de pêche (en terme d’apports et de transactions – ventes sous criée et hors criée), des côtes de la Méditerranée française. C’est dire la sensibilité du sujet pour nos prétendants aux prochaines élections législatives. Or, comme nous pourrons le constater dans ce qui suit, nos candidats au poste suprême sont très loin d’avoir pris la mesure de la gravité des difficultés que connaissent les pêcheurs et, à travers eux, l’ensemble de la filière pêche qui comprend, outre ces derniers concernés en premier lieu, les organismes de première mise en marché (les criées), les mareyeurs, les grossistes et les poissonniers.

Par courrier daté du 6 mars 2012, les représentants des pêcheurs de la méditerranée ont saisi le président de la République pour lui faire part de leurs doléances quant à l’inquiétude grandissante sur l’avenir de leur profession (lire les copies ci-jointes en bas d’article).

Cette missive commence par des propos qui ne sauraient être résumés si nous souhaitons en saisir toute la gravité :

« L’ensemble des patrons pêcheurs de la flottille chalutière de Méditerranée, tient à attirer votre attention sur la situation critique et l’exaspération de la profession concernant la plus grave crise jamais constatée sur le Golfe du Lion.
Monsieur le Président, vous n’êtes plus sans savoir que depuis deux ans, la disparition du poisson « bleu » (sardine et anchois) – pour des raisons indépendantes de la mortalité par pêche – a provoqué un report de l’effort de pêche sur les espèces démersales, entraînant une baisse des rendements.
La flottille subit cette « crise » du poisson bleu en même temps que la flambée du prix des carburants et une chute des cours liés à la crise qui ébranle l’Espagne.
Au cœur de cette « tourmente » sans précédent, la profession est au bord du gouffre et la situation des entreprises ne permet plus d’envisager aucun avenir !! Les pêcheurs sont acculés financièrement. Les entreprises qui ne trouvent plus de marins et ne peuvent plus faire face à leurs encours… etc. »

C’est un véritable cri de désespoir… un appel au secours… une bouteille jetée à la mer que les patrons pêcheurs ont lancée à Nicolas SARKOZY.

En date du 12 mars 2012, ce dernier a répondu à chacun des cosignataires de ce message de détresse par une lettre dont je ne peux ici, par manque de place, vous décrypter ce qu’elle signifie techniquement, mais je peux toutefois vous révéler, en une seule phrase, comment l’ont interprétée tous les acteurs de la filière disposant d’un minimum de discernement. Cette phrase devenue tristement célèbre témoigne de la considération que certains de nos représentants portent à leurs concitoyens. Elle fut prononcée par le chef de file de notre nation lors de sa première visite au salon de l’agriculture et se résume en une seule expression : « Casse toi pauv’con ! »

Ces faits sont suffisamment rarissimes pour que l’on s’y attarde un peu et que l’on tente de décrypter une situation qui est en train de virer au drame avec des conséquences que les pouvoirs publics sont incapables de mesurer correctement.

Dans la correspondance adressée au président de la République, les représentants des pêcheurs ne se sont pas plaints auprès des institutions dans leur style habituel si caractéristique, et, il faut bien l’admettre, parfois maladroit, que nous leur connaissons.
 
Rien de tel ici !
 
Pour l’occasion, ils ont su faire preuve d’un rare bon sens, d’une grande responsabilité et d’un sens critique particulièrement surprenant considérant le dilemme dans lequel se trouve cette profession.
 
Explications :
 
Face à la situation de crise que les patrons pêcheurs doivent affronter, ils ont pragmatiquement demandé l’application de ce qui leur avait été tout bonnement promis. À savoir, dans un premier temps, de mettre en place rapidement :
 
1. Le déblocage des aides de minimis. (Règlement (CE) n° 875/2007 du 24 juillet 2007 relatif à l'application des articles 87 et 88 du traité CE concernant les aides « de minimis » dans le secteur de la pêche, entré en vigueur le 1/08/2007 et expirant le 31/12/2013, et correspondant à un équivalent-subvention plafonné à 30 000 € sur trois ans, soit 10 000 € par an et par navire concerné, montants relativement très modestes par rapport au chiffre d’affaires de ces entreprises).
2. Des arrêts temporaires de plus de 50 jours afin d’avoir un réel impact sur la ressource. (Dans un souci de préservation de la ressource).
3. La suspension des demandes de remboursements du FPAP au regard de la situation économique des entreprises. (Souvenons-nous, en 2008, l’augmentation du prix du carburant avait soulevé un mouvement de mécontentement national des transporteurs routiers auxquels s’étaient joint les agriculteurs et les pêcheurs. Cela avait débouché sur des aides de l’État français que les pêcheurs doivent aujourd’hui rembourser sous prétexte « d’Euro-incompatibilité ». C’est-à-dire que le gouvernement s’empresse de reprendre d’une main ce qu’il a donné de l’autre).
 
Puis dans un second temps :
 
1. Identifier des solutions pour pallier à la dépendance énergétique de nos entreprises.
2. Lancer une réflexion sur la polyvalence des entreprises de pêche.
3. Effectuer un véritable état des lieux de la pollution en Méditerranée et de ses impacts sur les stocks halieutiques.
 
Ainsi, les patrons pêcheurs ne se sont pas contentés de simples revendications, ils ont aussi fait des propositions concrètes pour que les représentants du peuple français puissent les aider à améliorer leur sort. Ce qui, soit dit en passant, rentre dans les attributions « normales » d’un gouvernement responsable dans une démocratie digne de ce nom.

À ce stade, je me dois d’apporter quelques précisions sur ce qu’il en coûte aux pêcheurs pour avoir suggéré à Nicolas SARKOZY « d’effectuer un véritable état des lieux de la pollution en Méditerranée et de ses impacts sur les stocks halieutiques ». Cette simple proposition à laquelle ne répond pas le courrier du président de la République (tout comme d’ailleurs il ne répond pas aux autres suggestions) témoigne à elle seule de l’immense désarroi dans lequel ces professionnels se trouvent.

Les risques de méventes sont l’une des plus grandes angoisses des patrons pêcheurs qui débarquent sous criée. Aussi, parler de pollution de la Méditerranée a toujours était un sujet tabou dans ce milieu et j’en ai maintes fois fait l’expérience personnelle lorsque, en tant que directeur de criée, je dénonçais ce problème dans les années 90 lors de réunions régionales organisées par le gouvernement de l’époque pour tenter de remédier à l’une des plus graves crises que cette profession traversait.

Nous pouvons aisément le comprendre, parler de pollution de la mer ne véhicule pas une bonne image auprès du consommateur final qui pourrait être tenté de reporter ses achats sur d’autres produits alimentaires. Souvenons-nous également que ces années-là furent aussi marquées par la crise de la vache folle et que les agriculteurs, proches des pêcheurs, ont vécu une crise sanitaire majeure avec un effondrement des cours sans précédent ayant généré beaucoup de faillites et un fort sentiment de détresse parmi les exploitants agricoles.

Toutes ces conditions, et bien d’autres facteurs historiques encore, n’ont pas permis de mettre en avant l’une des causes majeures de la baisse des stocks halieutiques. Cause qui, selon l’idée que j’en ai toujours défendue, est la raison principale de l’appauvrissement des ressources de pêche.

Ainsi, pour que les rédacteurs du courrier adressé à Nicolas SARKOZY puissent lui demander d’« effectuer un véritable état des lieux de la pollution en Méditerranée et de ses impacts sur les stocks halieutiques », il faut vraiment qu’ils aient pu juger leur situation de suffisamment « désespérée » pour évoquer une telle réalité, car cela revient, de leur propre point de vue, à commettre un acte de « sabordage ». Il leur aura fallu faire preuve d’un certain courage pour en arriver là et dénoncer cet état de fait. Rappelons à ce propos que les pêcheurs jouent aussi le rôle de « sentinelles » et qu’ils sont les mieux à même, de par leur longue expérience pratique, de nous alerter sur la bonne santé de notre environnement. Et ce, bien mieux que les scientifiques qui établissent des « modélisations » dans leur laboratoire.

Mais pour comprendre cela, encore faut-il savoir faire preuve d’empathie et d’une profonde connaissance historique de ce secteur d’activité. Ce qui, si ce n’est de la responsabilité de notre président, devrait l’être du représentant de la Nation (le député) du territoire concerné afin qu’il puisse faire remonter l’information au plus haut niveau de gouvernance de notre pays. C’est ainsi que les choses devraient se dérouler dans le cas d’un fonctionnement efficient de nos institutions et si le chef de l’État répond de façon totalement décalée par rapport aux préoccupations qui lui sont exposées, c’est que quelque part, la machine s’est grippée et que quelqu’un n’a pas fait son boulot.

J’en veux pour preuve de cette affirmation le rapport sur la pollution de la Méditerranée que le Sénateur Roland COURTEAU a remis à l’Assemblée nationale et au Sénat en date du 11 juin 2011. Ce document très complet, que vous trouverez en pièce jointe, a été rédigé suite à l’audition de près de 200 scientifiques du pourtour de la Méditerranée, a été voté à l’unanimité des membres de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques composé de députés et de sénateurs de tous bords politiques, et répond à la demande des représentants des pêcheurs concernant l’état des lieux de la pollution en Méditerranée.

Dès lors, pourquoi les pêcheurs n’en ont-ils jamais entendu parler ? Et surtout, pourquoi le président de la République n’a-t-il pas évoqué ce rapport dans sa lettre de réponse du 12 mars dernier ?

Est-ce parce que ce rapport décrit une situation « apocalyptique » qu’il n’a pas été diffusé aux principaux intéressés ? Est-ce par négligence et/ou ignorance (incompétence) ? Ou bien encore faut-il trouver les réponses à ces questions dans l’attitude de notre gouvernement face à cette problématique. Attitude d’un gouvernement irresponsable que dénonce ainsi le Sénateur Roland COURTEAU (à noter ici que c’est exactement le même scénario qui se joue à propos de la crise actuelle que nous subissons toujours, car même si nous n’en entendons plus parler, rien n’a été réglé) :

« M. COURTEAU a adressé les conclusions de ce rapport à Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, le 5 juillet 2011. N’ayant obtenu aucune réponse, il a interrogé le ministre le 10 janvier dernier, lors de la séance des questions au Sénat. Il s’étonne de l’inconsistance et de la platitude de la réponse publique du ministre à sa question, qui témoigne d’une inaction très préoccupante face à un problème majeur. »
(Source : http://www.roland-courteau.com/?p=986)

Dans ces conditions et sans vouloir jouer au rabat-joie, les pêcheurs qui seront reçus à l’Élysée le mardi 20 mars 2012 n’ont rien d’autre à attendre de leur entrevue que de nouvelles promesses qui ne seront tenues… qu’après les élections.

Chacun jugera à sa juste valeur la portée de ce triste constat en fonction de ses propres capacités d’analyse, de son esprit critique, de ses facultés de discernement et de son libre arbitre.

Comme je le dis souvent, il faut savoir donner quelques idées à nos élus afin qu’ils puissent saisir l’opportunité de faire correctement leur boulot (en ces temps de crise, vu le salaire que prend un député et le budget dont il dispose pour remplir sa mission, c’est la moindre des choses). Aussi permettez-moi de conclure par une note qui leur est avant tout destinée.

Une Politique Commune des Pêches (PCP) a peu à peu été instituée en Europe dès les années 1970 et a véritablement pris naissance le 25 janvier 1983 avec l’adoption d’un règlement de base instaurant un régime communautaire de la pêche et de l’aquaculture. Outil de gestion communautaire, La PCP prévoit un certain nombre de mesures destinées à garantir la prospérité et le caractère durable du secteur.

Outre le fait que les représentants de la pêche Méditerranéenne n’ont toujours pas réussi à se faire entendre auprès de l’Union Européenne pour que la spécificité de leurs pratiques soit prise en considération au niveau Européen, et ce, malgré que certains textes existent depuis peu (précisons pour l’occasion que la filière pêche méditerranéenne diffère totalement de celle de la façade océanique, de la Manche et de la Mer du Nord), la Commission a lancé le 20 avril 2009 un Livre vert sur la réforme de la PCP, afin de stimuler le débat public et de recueillir des avis sur son avenir à l’horizon 2013.

Le Mémorandum français relatif à la réforme de la PCP, rédigé suite aux Assises de la pêche organisée annuellement dès 2009 par le gouvernement, reprend en dix axes stratégiques les orientations à donner à cette PCP afin qu’elle s’inscrive dans un « développement durable » (sources : Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, web TV du Ministère sur le lancement des assises de la pêche, CNRPL). Or, à la lecture de ces documents, la prise en compte du facteur « pollution » n’est que subsidiairement abordée. Cela démontre, comme s’en inquiète le Sénateur Roland COURTEAU, une incapacité chronique de notre gouvernement à traiter les véritables causes des difficultés que rencontrent aujourd’hui les pêcheurs.

La Méditerranée, berceau de notre civilisation, est aujourd’hui victime du laxisme de nos dirigeants politiques qui s’affairent à traiter les conséquences d’un problème plutôt que ses causes. Ces derniers portent la responsabilité de leur incompétence et se rendent indignes des fonctions qu’ils représentent. Rares sont ceux qui, à l’image du Sénateur Roland COURTEAU, osent s’attaquer aux origines des crises que nous traversons.

Notre circonscription ne mérite-t-elle pas un député digne des enjeux de notre territoire ?

Un élu digne de ce nom se devrait d’assurer un rôle de fer de lance pour défendre des causes telles que celles qui vous ont été exposées dans cet article et qui impliquent des responsabilités qui vont bien au-delà des limites de notre secteur géographique. À l’heure actuelle, force est de constater que face aux enjeux majeurs qui sont en train de se jouer, aucun candidat déclaré ne s’est montré digne d’assumer une telle fonction. Et il ne reste que quelques mois à nos prétendants aux fonctions législatives pour affiner leurs dossiers, ce qui n’est malheureusement guère encourageant pour la suite si l’on en juge par la complexité de cette problématique qui nécessite que l’on y consacre beaucoup de temps.

Les pêcheurs méditerranéens devront-ils, comme les Marseillais, prier la « Bonne Mère » et attendre un miracle pour que les consciences s’éveillent enfin ?

Philippe VERGNES

N. B. :
Compte tenu des enjeux vitaux relatifs à cette problématique et de l’actualité du sujet, je me permets de communiquer ci-dessous quelques liens vers des articles de presse présentant le rapport du Sénateur Roland COURTEAU :

La Dépêche du 8 juillet 2011 Vidéo de présentation très instructive du Sénateur Roland COURTEAU :



Le Post.fr du 22 juin 2011, article publié par le Sénat :
http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/06/22/2530553_pollution-en-mediterranee-le-cri-d-alarme-du-senateur-roland-courteau.htm


L’Express du 22 juin 2011 : 
http://www.lexpress.fr/actualite/environnement/pollution-alerte-rouge-en-mediterranee_1005168.html


Lettre des représentants des patrons pêcheurs au président de la République et réponse de ce dernier



Rapport du Sénateur Roland COURTEAU sur la pollution en Méditerranée



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