« Je l’appelle ma start-up du Luberon »

En rachetant le domaine du Château de Sannes (84), Pierre Gattaz s’inscrit « dans le temps long. »

70 hectares dont 30 dévolus aux vignes, c’est un retour à la terre assumé pour Pierre Gattaz. « Après le MEDEF, je cherchais un job passionnant et fondamental en plus de Radiall et de Business Europe, qui ne va durer que quatre ans… » Et pour s’enraciner, il choisit la Provence, lui qui passait ses vacances chez ses grands-parents à Saint-Raphaël et qui possède déjà une propriété dans le Var. « C’est l’endroit où je me sens bien, ma madeleine de Proust. » Il avoue n’avoir ressenti aucune affinité particulière avec le Bordelais, à l’heure de la prospection pour trouver domaine à son goût. « J’ai découvert Sannes un peu par hasard, via une petite annonce, ça a été le coup de foudre. Ici, il y a quelque chose qui se passe, au delà du projet d’entreprise, un écosystème humain incroyable. » Car Sannes n’a rien d’une retraite. Et à bientôt 60 ans, Pierre Gattaz n’a pas raccroché les gants. « Ce domaine, c’est ma start-up du Luberon, que l’on crée à partir de zéro ou presque, en famille. » Trois bâtiments, une imposante bastide, une bergerie et une ancienne écurie transformées en chambres d’hôtes, « il faut des recettes pour faire vivre un tel lieu. » Alors cap sur l’accueil de séminaires à tendance bio et nature côté loisirs, sur de l’événementiel maîtrisé pour respecter le patrimoine, sur les produits de la vigne, sur l’huile fournie par 400 oliviers… « Pourquoi pas, aussi, mieux profiter de la nature. » Et d’imaginer sur les berges du Renard, le ruisseau qui traverse la propriété, un sentier découverte à mi-chemin entre l’espèce endémique et le jardin botanique aux excroissances extraordinaires. Pierre Gattaz y organise aussi des rencontres économiques ou culturelles, profitant à plein des 15 chambres disponibles sur l’ensemble du bâti. Pour lui, c’est une nouvelle aventure : « Radiall, c’est une société familiale, créée par mon père et mon oncle. Depuis mon arrivée en 1992, nous nous sommes bien sûr développés, mais là, partir d’une feuille blanche, c’est fabuleux. C’est un risque aussi… » Il n’était pas question d’acheter un domaine juste pour s’y installer ponctuellement, « trop ennuyeux, la chaise longue, je ne sais pas faire… » Pour qu’il soit pleinement heureux, « il faut que ça bouge, il faut des idées, des projets. Donner du sens à une réalité économique, c’est vraiment magique. » C’est l’occasion aussi de faire travailler les artisans locaux, une force patrimoniale française qu’il soutient bec et ongles, dans son « projet multi-fonctions autour de la vigne et du vin ».

« Un vrai projet entrepreneurial »

Pierre Gattaz a racheté le domaine fin 2017. Et affiche ses ambitions viticoles. Longtemps exploitées via coopérative, les vignes du Château de Sannes retrouvent des cuvées éponymes : déjà deux en rosé, 1603 (date d’une première mention du domaine) et Aciana, plus un Grand Blanc de Sannes profitant d’un cépage ugni blanc de 1927, l’objectif étant d’atteindre les 20.000 embouteillages en 2019, pour 300.000 quand la famille, agrémentée de rouge, sera au complet, bercée dans son chai flambant neuf d’une vingtaine de cuves (un investissement de 3 M€). Et Pierre Gattaz fait passer son business plan par l’export, qu’il maîtrise, et par la biodynamie, qu’il étudie tout particulièrement, pour une rentabilité envisagée gagnante en dix ans à peine. Rolle, mourvèdre, syrah, le très méditerranéen cinsault ou grenache, de la qualité de l’assemblage naîtront des vins que Pierre Gattaz souhaite haut de gamme. Et lorsqu’il ouvre ses portes à une dégustation estivale, il n’oublie pas d’inviter quelques géologues, ou Paul Coulon, spécialiste de la biodynamie intégrale venu de Châteauneuf-du-Pape, sorte de savant hybride entre rationalité et empirisme. « Les vins du Luberon sont très intéressants, ils sont assez peu connus par rapport aux Côtes de Provence, mais c’est une appellation en devenir. » Et si en plus, Pierre Gattaz s’occupe du marketing… Ses propres productions ? « Sur les toutes premières cuvées, les retours sont plutôt bons. Deux œnologues y veillent, on fait ça très sérieusement. » Partout, les carottages s’enchaînent, pour définir les cépages à privilégier en observant Dame Nature en profondeur. « Du moment qu’il y a de l’argile, pour un apport maximum en minéraux, tout va bien. Depuis les Romains, Sannes est une terre vinicole, un bon terroir, un bon climat, la bonne altitude (350m) et ici, les vignes ont toujours été entretenues. » Arthur, le vigneron attitré des lieux, les surveille et les bichonne depuis près de 30 ans, et la mise en bouteille au château sera pour lui la plus belle des récompenses. Pierre Gattaz, lui, savoure son nouvel objectif : « c’est un vrai projet entrepreneurial, mais un projet vertueux, qui fait la promotion de la nature environnante. Je ne regrette pas mes années MEDEF, mais quand le tourbillon médiatique s’arrête, ça fait du bien… Le retour à des gens authentiques aussi. »

Isabelle AUZIAS
pour RésohebdoEco
www.facebook.com/resohebdoeco
Réso Hebdo Eco

CHIFFRES

72, le nombre d’hectares, dont 30 dévolus à la vigne. Pierre Gattaz souhaite se diversifier sur d’autres produits, huile d’olive et culture du blé, qui pourra être transformé dans le moulin à vent du domaine.3, le nombre de cuvées déjà livrées, le 1603 (rosé, une certaine légèreté, apprécié à l’apéritif), Aciana (rosé, plus large d’épaule sans perdre en élégance) et le Grand Blanc de Sannes, assemblage avec les fameuses vignes de la parcelle ugni blanc de 1927.11, en M€, environ le prix d’achat du domaine. Une très bonne affaire qui va permettre de beaux investissements, comme les 3M€ consacrés au nouveau chai.

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