Agde, Gilles D’Ettore : "Cultiver la triple identité d'Agde, du Cap d'Agde et du Grau d'Agde pour les habitants et le tourisme"

Gilles D’Ettore, maire d’Agde et président de la Communauté d’Agglomération Hérault-Méditerranée, évoque ses 20 ans de fonction en tant que maire et l'identité particulière de sa commune, qu'il souhaite faire perdurer. Interview…

 Douceur de vivre et atouts d’Agde

Quel bilan tirez-vous de vos 20 ans en tant que maire ?

Gilles D’Ettore : « Nous nous trouvons actuellement dans le centre-ville d’Agde parce qu’il me tient à cœur. Vingt ans à la mairie, c’est beaucoup et c’est peu. Beaucoup parce que nous avons énormément fait pour le développement et l’attractivité de la ville, au point de passer de 19 000 habitants quand j’ai été élu maire en 2001 à quasiment 30 000 en 2021. Cela démontre le rayonnement de la commune d’Agde. Il est difficile de résumer 20 ans en quelques mots, mais je dirai qu’il fait bon vivre à Agde. Nous avons ici la qualité de vie. Agde est une ville moyenne, et on sait que les villes moyennes sont de plus en plus attractives. Agde est bénie des dieux, bordée par la Méditerranée, traversée par le fleuve Hérault, le canal du Midi, avec un volcan, un patrimoine, une histoire, un environnement remarquables… Ce sont de grands atouts.

Mon engagement est de préserver cette qualité de vie, de faire en sorte qu’elle s’améliore et que tout un chacun trouve sa place dans cette ville. Depuis 20 ans, je n’ai qu’une motivation : assurer l’unité de tous les habitants, quels qu’ils soient, et ne laisser -personne au bord du chemin. »

Comme garder l’attractivité de cette ville, sa douceur de vivre, malgré une démographie galopante ?

Gilles D’Ettore : « Tout simplement en intégrant. L’intégration est un beau mot. Les habitants qui ont enrichi cette ville par leur présence se sont parfaitement intégrés au milieu associatif ; ils ont apporté leur expérience. Cette ville a su respirer, s’ouvrir, s’enrichir. Aujourd’hui, non seulement on a l’histoire avec le vieil Agde, mais on a aussi su conserver la trilogie entre Agde, le Grau d’Agde et le Cap d’Agde et nous avons cultivé ces 3 identités qui font notre particularité. Sans oublier la Tamarissière… Nous faisons en sorte de cultiver le particularisme agathois qui fait notre rayonnement international.

Nous ne sommes pas partis de rien. Notre station balnéaire est la première station balnéaire de France. Le général de Gaulle nous l’a léguée. Nous en sommes très fiers. C’est un héritage qui nous impose beaucoup de tenue et d’investissements. Je pense que nous avons été à la hauteur. Il y a tellement de choses à faire dans une ville comme Agde ! C’est passionnant. C’est cette passion qui m’habite depuis 20 ans, depuis que les Agathois m’ont investi dans cette mission magnifique de premier magistrat d’Agde. Il s’agit de rester dans la continuité de ce qu’on nous a légué, mais aussi d’avoir des projets qui correspondent aux attentes des habitants et des touristes. » 

Le tourisme

La station balnéaire du Cap d’Agde a 50 ans. Vous avez souhaité la réinventer…

Gilles D’Ettore : « Nous sommes au cœur d’un projet qui s’appelle Cœur de station, à l’entrée du Cap d’Agde. Nous avons reconstruit le Palais des congrès, reconstruit le casino du Cap d’Agde sur d’anciens parkings, sur d’anciennes routes. On a totalement repensé cette entrée de ville avec des architectes de renom, parce que l’architecture est importante : elle laisse une trace. Dans le mot architecture il y a le mot artiste. Il est très important pour moi de donner un particularisme architectural à notre station. Ce projet va aussi accueillir de nouveaux appartements touristiques. Nous avons rénové le tennis, créé un nouveau centre aquatique, agrandi le golf. Nous avons agrandi les quais du Cap d’Agde et avons protégé nos 14 kilomètres de plages, qui sont l’essence même de notre tourisme ; nous avons aussi fait en sorte de développer le sport nature, toutes les activités autour du mont Saint-Loup. Il y a des enjeux considérables au Cap d’Agde, autour de notre patrimoine également : nous devons déplacer le musée d’archéologie sous-marine. Ce sont autant de choses que nous avons faites pour que la station balnéaire reste numéro 1. Il faut que nous le fassions savoir. Nous pouvons en être collectivement fiers. »

Le cœur de ville d’Agde souffre, comme tous les cœurs de ville. Mais il y a un bel espoir avec le château Laurens, qui pourrait attirer de nombreux visiteurs ? 

Gilles D’Ettore : « Le cœur de ville est symbolisé par le château Laurens, qui attendait de faire peau neuve depuis presque vingt ans. A chaque fois que quelqu’un le visite, il tombe sous le charme de cet édifice exceptionnel. Il est entièrement rénové ; en automne, nous planterons 1 300 arbres dans son parc. J’ai hâte de le faire découvrir aux habitants et aux visiteurs étrangers, car c’est un bijou architectural et patrimonial. Il ouvrira l’an prochain. Je fais une passerelle au-dessus de l’Hérault pour qu’il puisse être visité dans de meilleures conditions. Je veux qu’il participe à la renaissance de ce cœur de ville où nous allons refaire une promenade. Il a fallu des années pour signer les accords avec l’Etat. Nous avons signé les conventions Anru et Cœur de ville, qui vont nous donner les moyens financiers de réinvestir le cœur de ville. Le château Laurens en est un peu l’emblème, mais il y a aussi la Méditerranéenne, de l’autre côté de la gare, et bien sûr les travaux sur les quais de la Marine, qui ont été dégagés pour les rendre à la piétonnisation. La promenade va souligner l’ensemble de ces travaux. C’est l’objet de ce 4e mandat. Il aura fallu quasiment 2 mandats pour obtenir ces aides. C’est un investissement considérable de 40 à 50 millions d’euros sur ce mandat. Je ne voulais pas faire supporter cette dépense uniquement aux contribuables agathois. Aujourd’hui, il y a des programmations nationales ; beaucoup de cœurs de villes souffrent en France. Mais nous avons la chance d’avoir des atouts exceptionnels : notre histoire, ce basalte qui est partout, la cathédrale, les édifices religieux qui vont rythmer la promenade en cœur de ville. C’est pour nous très important de mettre tout cela en lumière pour réinvestir le cœur de ville et donner envie à de nouveaux arrivants d’y vivre et aux habitants de le réinvestir. L’idée n’est pas de faire un musée du cœur de ville, mais un lieu vivant, pour que des commerces de toute nature, des hôtels, des restaurants, des bars ouvrent, parce qu’il a une attractivité très particulière. »

L’été, Agde passe de 30 000 à 300 000 habitants. L’été 2021 sera-t-il sur ces chiffres, compte tenu de la situation sanitaire ?

Gilles D’Ettore : « Nous avons bon espoir. En cette sortie de pandémie, les résultats des réservations sont très positifs. Beaucoup de signaux se mettent au vert. Tout dépendra si la pandémie reste au niveau actuel ; on croise les doigts. La clientèle française paraît fidèle à la France et au sud de la France ; Le Cap d’Agde occupe une position affirmée en termes d’accueil, de positionnement touristique. Nous faisons tout pour accueillir la clientèle en été et au-delà de l’été. On a continué à organiser Vinocap, des événements exceptionnels ; l’agglomération nous aide à donner d’autres fils conducteurs à notre destination… Les gens ont besoin de reprendre l’air ; il y a un besoin primordial de retourner dans la nature. C’est pour cela que nous avons décliné nos offres Sports et nature dernièrement pour remettre en avant le golf, le tennis, la balade, le vélo… Une offre variée sur laquelle on a refait de la communication pour être au cœur des demandes des nouvelles clientèles. 

Notre destination peut redonner envie aux gens de sortir après un an d’enfermement. Pas besoin de prendre l’avion : notre destination n’est pas trop éloignée de leur domicile, et ils peuvent venir sans faire de test PCR. Nous avons lancé une campagne de vaccination auprès des professionnels du tourisme pour qu’ils fassent vacciner leurs saisonniers afin de rassurer la clientèle. Je dis aux touristes : « Venez au Cap d’Agde en toute sécurité, nos professionnels du tourisme sont vaccinés, vous ne craignez rien. »

En matière touristique, nous avons beaucoup de cordes à notre arc : 14 km de plages, notre patrimoine, l’architecture et notre environnement, avec le Bagnas, première réserve naturelle -d’oiseaux sauvages reconnue par l’Europe dans les années 70. Il y a aussi les villes et villages des alentours. Vinocap est une manière de mettre en lumière nos domaines viticoles et nos vignerons. Nos 50 km de pistes cyclables sur la commune, étendus à l’ensemble de l’agglomération, permettent de sillonner et découvrir 

le territoire en VTT. Le vélo est à la mode. Il y a de magnifiques paysages façonnés par les vignerons, des circulades à Caux, Nézignan-l’Evêque. On gagnera toujours à plusieurs. C’est mon rôle de président de l’agglomération Hérault Méditerranée que d’unifier et rassembler nos forces. Il y a une réelle complémentarité entre le littoral et l’arrière-pays. Cela fait partie des nombreuses forces de notre territoire. »

Vous avez d’ailleurs choisi de faire appel à des micro-influenceurs pour attirer encore plus la clientèle touristique…

Gilles D’Ettore : « Il faut s’efforcer d’être toujours à la page. Les nouvelles technologies permettent d’aller chercher d’autres publics. De nos jours, être avant-gardiste sur ces technologies est un impératif ; être suiveur ne suffit pas. Nous avons une -destination touristique à vendre ; il faut la vendre avec toutes les technologies qui sont à notre disposition. Les influenceurs font partie de cette stratégie. »

Cherchez-vous à attirer une clientèle jeune ?

Gilles D’Ettore : « Nous voulons faire venir à nous une clientèle de tout âge. Mais puisque vous parlez des jeunes, j’ai bon espoir que les discothèques rouvrent en juillet. Les jeunes ont subi plus que d’autres cette pandémie. Nous devons leur offrir les moyens de retravailler, de s’amuser, de se distraire. Ils sont l’avenir du monde et de l’humanité ! La priorité d’un maire doit toujours être la jeunesse, l’avenir, le monde de demain : on est responsables face à la jeunesse ; on n’a pas le droit de l’abandonner. Il est essentiel de redonner de l’espoir aux jeunes. Ça peut paraître futile de demander la réouverture des discothèques. Mais la réouverture des discothèques serait un signal qui ferait du bien aux jeunes. Leur donner de la joie pourrait leur rendre l’espoir. C’est pourquoi nous nous battons pour la réouverture des discothèques. Sinon, le risque de fêtes sauvages – avec leur lot de violence et de drogue – est important. Les boîtes de nuit offrent un cadre ; c’est l’ancien officier de police qui vous le dit. Sans cadre, c’est l’anarchie. On l’a vécu l’année dernière… Ce n’est pas une bonne chose pour nos enfants et ce n’est pas une manière de les protéger. La meilleure manière de les protéger est de leur donner un cadre. Pour moi, la politique, c’est être courageux et responsable. Il faut dire les choses que l’on ressent et les mettre en action. »

Les saisonniers ont une importance particulière sur votre territoire. Il y a des difficultés de recrutements. Avez-vous mis en place des mesures spécifiques pour les saisonniers ?

Gilles D’Ettore : « Nous organisons à la dernière minute un salon Jobs d’été le 12 juin, place Racine au Cap d’Agde, pour remettre en relation les professionnels du tourisme qui cherchent à embaucher et les saisonniers à la recherche d’un emploi. C’est un comble, dans un pays où le chômage atteint des records, où l’Etat donne des aides à tout le monde, que les employeurs et les personnes qui ont envie de travailler ne puissent pas se rencontrer ! Il faut faire en sorte que les employeurs puissent trouver des saisonniers de qualité. Je lancerai après l’été une résidence de saisonniers de 50 places qui devrait ouvrir pour l’été 2022. C’est d’une importance capitale d’avoir des jeunes motivés, de bien les accueillir. Il en va de la qualité des prestations touristiques que nous offrons à nos visiteurs. Ce sujet est essentiel. Quand les professionnels me disent qu’ils ont du mal à recruter, ça me paraît aberrant : on sort d’une crise, on devrait avoir un marché de l’emploi explosif ! Nous voulons mettre de l’huile dans les rouages en organisant ce salon des Jobs d’été. »

L’aéroport est un apport évident pour le tourisme britannique et nordique. Qu’en est-il avec le Covid et depuis le Brexit ?

Gilles D’Ettore : « Visiblement, à l’aéroport Béziers Cap d’Agde, les vols vers et depuis le Royaume-Uni ne sont pas perturbés par le Brexit. C’est surtout le développement du variant Delta du Covid au Royaume-Uni qui nous inquiète. »

Le Covid a-t-il une incidence sur les réservations touristiques ?

Gilles D’Ettore : « L’été dernier, le Covid a fait exploser les locations, notamment par Airbnb et les autres moteurs de recherche, car les gens voulaient se retrouver seuls ou en famille sans avoir à croiser trop de gens, par crainte de la pandémie. Ils privilégiaient donc la location d’appartements plutôt que les réservations en hôtel ou dans les campings. Il ne faut pas que cette tendance s’ancre trop car on a besoin que notre hôtellerie de plein-air (campings), nos hôtels et les autres modèles de réception collective retrouvent leur clientèle. Heureusement, cette année, ça semble se rééquilibrer par rapport à l’an dernier. Mais je pense qu’il faudra deux ou trois étés avant de pouvoir tirer des conclusions sur les comportements des touristes. »

Souhaitez-vous prendre des mesures de limitation à 120 jours de location par Airbnb, comme le maire de Montpellier ?

Gilles D’Ettore : « Tout ça me fait un peu sourire. Sincèrement, je ne sais pas comment un maire peut limiter et vérifier cela. Selon moi, il s’agit d’une annonce d’intention ; ce n’est pas réalisable. »

Le naturisme, secteur touristique de poids au Cap d’Agde, fait-il l’objet de mesures sanitaires supplémentaires ?  

Gilles D’Ettore : « Le village naturiste est un quartier comme un autre. Je sais qu’il développe beaucoup de fantasmes, mais c’est un territoire de la République comme un autre, donc aujourd’hui, il n’est soumis à aucune restriction particulière. »

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Commentaires

  1. Quand nous sommes venus pour la première fois à Agde en 1995 nous avions constaté une ville un peu triste et vieillotte .
    Depuis beaucoup d’améliorations ont eu lieu et cela a rendu la ville et la station de plus en plus attrayante.
    Cela a permis de developper l’attractivité de la station.
    Il y fait bon vivre .

  2. Je vois que l’appellation Le Cap d’agde et non Cap d’Agde est bien intégrée par notre maire. Faudrait il encore que les panneaux et autres drapeaux en tiennent compte. On ne va pas à Rochelle mais à La Rochelle. Rien de plus énervant que de voir un quartier de sa ville avoir son nom écorché au fil des ans.

  3. J’ai connu le Cap d’Agde il y a 35 ans en vacances. J’ai été séduite par cette station et tout ce qu’elle offrait, au point d’y revenir chaque année. Hélas, hélas m.le maire n’a fait que du tape à l’oeil négligeant complètement l’essentiel : les routes, les trottoirs qui sont complètement défoncés et de vrais “casse-gueules”, les promenades au milieu d’une forêt vierge, etc…
    Il a fait du tape à l’oeil, négligeant tt le reste. Je ne vous dit pas Bravo !

  4. Nous avons eu un coup de coeur pour le Cap depuis 1976 et l’avons choisi pour y passer notre retraite..!
    Mais il y a quand même des quartiers un peu négligés ,alors qu’ils étaient considérés comme très recherchés pour leur coté pittoresque à une époque.
    Ne serait ce que pour l’entretien des passages piétons et des quais qui dépendent de 3 ou 4 organismes differents, si bien que du coup personne ne s’en occupe et qu’il faut sans cesse rappeler les services concernés…!
    Les vélos circulent sur les quais piétons malgré les panneaux, les voitures stationnent n’importe comment …mais les touristes apparemment ont le droit…ce serait bien de retrouver un minimum de civilité quel que soit le quartier ou la population ….il y a pas mal de travail à réaliser à ce niveau…!!!! Si ça continue à se dégrader l’île des Pêcheurs rejoindra le sort de l’ancienne ile St Martin ….Dommage !!!

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