Agde : Michel Perez, le luthier des cigar boxes et instruments démontables

Michel Perez est un luthier des temps modernes. Il fabrique des cigar box guitars, ces instruments dont la caisse de résonance est faite à base de récupération de boîtes de cigares, dès la fin des années 1800, par les Nord-américains. Ayant plusieurs cordes à sa guitare, il fabrique également des instruments de voyage démontables.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’exercer la profession de luthier ?

« Secoué par un burn-out, j’avais besoin de calme et de me retrouver. Tout naturellement, j’ai donc bricolé, chez moi, des instruments avec ce que j’avais au fond des tiroirs, après quelques articles découverts sur Internet en recherchant des plans blues pour jouer. Après un, deux instruments, l’addiction était là… La passion était née ! »

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre activité ?

« Luthier depuis 2015, la simplicité de mes instruments n’est qu’apparente. Musicien guitariste et chanteur folk à mes heures, je m’attache autant à l’esthétique qu’au son quand je crée un nouvel instrument. Je travaille le bois et crée aussi avec des matériaux de récupération. Quand je prends un morceau de bois dans mes mains, je sais à l’instinct comment le travailler pour en faire un instrument ou une grillade ! Je crée des pièces uniques, selon mon inspiration et sur commande. Des instruments à cordes essentiellement. Ma lutherie est sauvage, mêlée de tradition et d’innovation personnelle. Des instruments oui, mais atypiques et/ou de voyage, démontables. Chez M7Instruments, l’écoute est de mise. La créativité se conjugue avec technicité dans la vision commune de l’élégance choisie et du son final… L’atelier se restructure et une nouvelle gamme verra le jour dans les mois prochains. Ce qui me plaît est d’être libre, gérer mon temps et prendre la route pour aller exposer, d’explorer les possibles, sortir un son qui enchante l’oreille à partir de ceci ou cela… peu importe, d’un bois noble au cadre de lit ancien ou d’une boîte de bonbons ou à cigares. Je suis heureux quand le challenge est réussi et que le client repart, comme un enfant, avec son nouvel instrument sous le bras. J’apprécie le challenge de casser les formatages industriels inscrits profondément dans l’esprit des musiciens et des gens plus généralement. »

Comment se déroulent les commandes ?

« Il y a plusieurs cas de figure : soit un achat sur ma vitrine en ligne après contact ; soit une commande personnalisée et là, la création dure environ deux mois entre l’idée et la réalisation ; soit sur une idée peu précise du client. Je propose un projet. S’il est validé, la création dure environ deux mois. Je cherche à établir dans tous les cas un cahier des charges et propose un projet dessiné, une maquette et après validation, on déclenche la fabrication. » Quelle est la fourchette de prix ? « Le prix va de 250 à 1 400 euros. »

Quel style de cigar box préférez-vous ?

« J’aime tous les instruments atypiques, sauvages et les autres ! Je peux aimer un style épuré, mais aussi beaucoup d’autres très différents… J’aime les instruments avec une âme ! Un musicien qui, pareil à l’enfant aime jouer, se soucie rarement de l’esthétique en priorité. Bien sûr, c’est un point important, mais pas majeur dans le choix d’un instrument. En revanche, il aimera le confort de jeu, la réponse sonore, le timbre, le sustain, les caractéristiques sonores, et plus généralement l’émotion sonore… C’est ce que je préfère, ressentir une facilité à faire exprimer l’instrument ! »

Comment est composée votre clientèle ?

« Savoir qui est le client potentiel est très difficile. Je ne fonctionne pas comme une industrie ou un site de e-commerce ciblant un public. Après six ans d’expérience dans ce secteur, je citerai 4 à 5 catégories de personnes enclines à me contacter et finaliser un projet : des personnes m’ayant vu sur un festival ou un salon. Il s’agit généralement de jeune public en décalage avec les normes de la société de consommation et de retraités ou quasi-retraités ayant envie de se faire plaisir par des commandes personnalisées. Il y a aussi les achats en ligne sur des sites spécialisés comme Reverb.com (Ndlr : marché en ligne pour les équipements de musique nouveaux, d’occasion et vintage), beaucoup de nord-américains tout public. Lors d’expositions devant un plus large public, certaines personnes, musiciennes ou pas, sont touchées par l’esthétisme ; un petit nombre achète pour exposer chez elles, tout public, mais plutôt aisé. On me contacte aussi pour faire un cadeau d’anniversaire à un proche musicien, biker ou rockeur, fan de cigares ou d’un type de whiskey ! Le monde du traditionnel aussi peu à peu, mais il est très fermé sur les traditions. Les sonorités le poussent à reconsidérer et parfois à se faire plaisir. »

Comment faites-vous avec la crise sanitaire ?

« Malheureusement, bien que mes instruments sortent de l’ordinaire, dans ce métier il faut au moins dix ans pour que le carnet de commandes se remplisse. De plus, la pandémie ne fait qu’aggraver les choses. La situation économique est très difficile, en tant que petit commerce non-essentiel. »

Des projets, des ambitions, des rêves ?

« Je souhaite redonner à un large public la notion de pièce unique et de fait main, et plus généralement que la notion du tout pas cher n’est pas possible. Si on aligne les étapes de création d’un instrument à partir d’un projet vague, on passe par le bureau d’études sur papier, la création d’une maquette, les réalisations de gabarits, l’achat des matières premières, le travail des pièces (corps, manche), les retouches. Parfois il faut recommencer si un oubli de cote s’est glissé… Puis viennent l’assemblage, l’optimisation, les réglages, l’observation de l’évolution du travail des pièces en jeu, les finitions, l’expédition… Cela représente un temps considérable. »

En plus de son site Internet www.m7instruments.com, Michel Perez a créé une chaîne YouTube afin de faire découvrir à tous ses compétences techniques en matière de fabrication.

 

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Commentaires

  1. Bonjour, cet article est très intéressant. Travaillant actuellement avec des sénoirs en distanciel je souhaiterai contacter cette personne afin de proposer un conférence en ligne sur le métier de luthier et son expérience.
    Bonne réception cordialement Céline hernandez

    1. Bonjour madame. Nous lui transmettons immédiatement votre adresse mail. Ravis de pouvoir faire le lien ! Cordialement. La rédaction.

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