André Deljarry : visions pour le commerce de centre-ville

Jeudi 9 juin 2016, la 3e édition de Visio Commerce, opération de découverte et de promotion portée par la CCI, la Ville et la Métropole de Montpellier, a surfé sur les bonnes statistiques
du moment et les projets urbains qui se profilent dans et à proximité de l’Ecusson. L'avis d'André Deljarry, président de la CCI de Montpellier.

Constat

En expansion continue depuis les années 60, Montpellier connaît une croissance démographique deux fois supérieure à la moyenne nationale, et la métropole de Montpellier accueille 300 nouveaux arrivants de plus par mois. Elle atteindra les 470 000 habitants d’ici 2030 et selon un scénario médian de l’Insee, elle rayonnera sur un périmètre abritant plus de 600 000 habitants. C’est de plus une métropole jeune : 50 % de la population a moins de 34 ans. Le centre-ville accueille 1 200 commerces qui réalisent 25 % du chiffre d’affaires de l’ensemble des pôles commerciaux de l’agglomération.

Les atouts de Montpellier

Plusieurs projets publics ou privés d’importance sont annoncés, comme la rénovation du centre commercial Polygone, le quartier Nouveau Saint-Roch en émergence, qui jouxte la gare de centre-ville, le Totem (immeuble incubateur de cœur de ville), les nouvelles halles Laissac, le projet Du Guesclin ou encore le nouveau centre d’art contemporain, lui aussi situé à deux pas de la gare Saint-Roch…
Côté transports, le réseau de tramway sera complété au 1er juillet 2016 par la nouvelle ligne circulaire autour du centre-ville (L4). Dans la continuité, la ville veut réactiver son offre commerciale par la requalification des artères, le boulevard du Jeu de Paume n’étant qu’une des perspectives. A cela va prochainement s’ajouter la requalification
de la grand-rue Jean-Moulin, et la municipalité travaille sur différentes connexions et polarités commerciales précitées.

 

Redynamiser le centre-ville

Une convention passée entre la Ville et la CCI de Montpellier doit permettre d’organiser et d’initier une redynamisation des commerces du centre-ville, dans la  concertation. « La CCI a fait une étude. Actuellement, sur le boulevard du Jeu de Paume, nous avons établi le parcours ou circuit marchand. Nous avons signé avec la Ville et la Métropole une convention pour que ce soit la CCI qui soit chargée de la dynamisation de cet axe. Le parcours marchand va définir les lieux et les typologies de commerces à installer, pour animer ce parcours dans la complémentarité », explique le président de la CCI de Montpellier. Il faut mettre les commerces au bon endroit. La création d’un parcours marchand est synonyme de circuit intelligent de consommation, explique André Deljarry.
La municipalité a aussi étendu son périmètre du droit de préemption pour la sauvegarde du commerce du cœur de ville. Il s’agit d’observer les mutations commerciales et, le cas échéant, de s’opposer à celles qui semblent préjudiciables aux objectifs recherchés.
Avec l’appui de la Serm et de la Saam et les conseils de la CCI pour la partie commerce, la Ville balise donc ses projets. « C’est grâce à la préemption et au travail fait par M. Philippe Saurel et ses équipes que la redynamisation se dessine » note le président Deljarry. L’élargissement des cellules commerciales est également important dans l’acte de préemption. « Cela permet le regroupement de surfaces pour être en adéquation avec les attentes actuelles des enseignes. En ville, il faut plutôt des commerces de 80 à 100 m² que des cellules de 40 m² », argumente le président.
Mais pourquoi, à côté de grands projets commerciaux périphériques, ce soudain intérêt pour le centre-ville ? « La reconquête du centre-ville est une nécessité. Je dis même à tous les maires qui ne se seront pas occupés de leur centre-ville qu’ils ne seront pas réélus la prochaine fois. C’est une nécessité et une vraie démarche » confirme-t-il. Les besoins commerciaux évoluent aussi dans le temps. André Deljarry contextualise : « Il y a eu à une époque des villes avec un centre-ville fort, puis les commerces  périphériques sont arrivés. Aujourd’hui, il faut se recentrer sur les villes pour remettre en route la dynamique de cœur de ville. J’ai toujours dit depuis cinq ans : il ne peut
pas y avoir de commerce périphérique fort sans commerce de centre-ville fort. Ça, c’est un slogan signé André Deljarry ». Mais ce n’est pas pour autant la fin des centres commerciaux périphériques. La ville absorbe près de 30 000 habitants tous les dix ans… Pour le président Deljarry, « Il y a actuellement un focus, un arrêt sur image qui dit : « Stop ! ». Que fait-on pour la ville avant de pouvoir réenclencher la périphérie ? Aujourd’hui, c’est d’abord et en priorité le centre-ville qui nous intéresse. Il faut qu’il y ait de la vie. La vie, c’est le boulanger, le bureau de tabac, les journaux, le boucher, le petit épicier… Carrefour, Super U ou Intermarché ne s’y sont pas trompés. Ils recréent des petites surfaces en cœur de ville ».
Les volontés politiques et économiques semblent converger dans ce sens. Un accompagnement financier est mis en place par Carole Delga (Région) à l’intention des villages et des bourgs pour maintenir et dynamiser les commerces. Les fonds Fisac mis en place par l’Etat visent également l’activité commerciale. « Il y a aussi une
vraie volonté des usagers à revenir en ville, affirme André Deljarry. Tous ces aspects conjugués font que l’on peut prévoir une renaissance des centres-villes. Il faut   conjointement développer l’accessibilité, des parkings à prix attractifs et les transports en commun ; comme le tramway, qui représente 20 % de la mobilité des usagers urbains. Tout cela contribue à reformater le centre-ville, explique-t-il. Le commerce c’est la vie. Je le martèle : pas de commerce périphérique fort sans commerce de centre-ville fort ;
et pas de commerce fort sans circuit marchand dans un vrai parcours marchand. Ce sont les deux grandes règles qu’il nous faut observer. Il faut en convaincre les élus. C’est notre travail à la CCI. » Dans le centre-ville, le taux de vacance des commerces est en dessous des 7 %, moyenne française. « Il est évident qu’il y a des endroits durs, commente André Deljarry, à l’exemple de l’espace Le Triangle, pour lequel je suis souvent sollicité, mais qui, je le rappelle, appartient à des intérêts privés. Ce sont
les propriétaires qui peuvent décider ou non de bouger les loyers. Ce qui peut d’autant renforcer la difficulté à commercialiser ». Et d’ajouter : « Quand on regarde le centre-ville, les fermetures de boutiques sont immédiatement suivies par l’ouverture d’autres commerces. Nous avons très peu d’endroits vacants sur l’Ecusson, et le turn-over est dans la moyenne nationale ».

L’objectif de Visio Commerce

« Nous cherchons de nouvelles enseignes qui permettent la complémentarité du commerce dans la ville. Comme avec Inditex – groupe textile regroupant plusieurs grandes marques dont Zara, Massimo Dutti, Uterqüe – qui cherche à implanter une série d’enseignes non présentes à Montpellier. Ou Uniqlo, qui recherche toujours 500 à 600 m2 et avec qui des discussions sont en cours. Nous sommes en réflexion pour un emplacement très bien placé en centre-ville » confie André Deljarry.
Il ajoute : « L’objectif n’est pas d’opposer les activités ou de refaire des commerces déjà existants. Par cette démarche, nous essayons de mettre en place des commerces
qui n’existent pas sur la ville, pour la dynamiser ».
Mais pourquoi, dès lors, inclure les projets de l’avenue de la Mer dans Visio Commerce ? « Les investisseurs portent souvent plusieurs projets différents. Il faut montrer que la ville bouge dans son ensemble. Je rappelle que Ode Acte 1 consiste uniquement en le transfert des commerces du Fenouillet, du Solis et du Soriech. Si la Chambre de commerce est à côté de ce dossier, c’est qu’elle tient à vérifier, à regarder et à souligner que ce sont uniquement des déplacements d’enseignes existantes et non
des créations d’enseignes », note le président.

Comment sécuriser l’activité commerciale ?

« C’est tout l’intérêt de l’étude de parcours marchand menée par la CCI. Parce que l’on ne peut pas mettre n’importe quel commerce à n’importe quel endroit. Ça ne marche pas comme cela », avise André Deljarry. « Dans ce contexte, la CCI doit être accompagnatrice, facilitatrice, conseillère, pour limiter les échecs (…) M. Philippe Saurel le dit clairement : la Ville et la Métropole ont les moyens financiers et les outils pour aménager – notamment avec la Serm et la Saam – mais c’est la CCI qui doit être accompagnatrice et qui a le savoir en matière de commerces », conclut André Deljarry.

Daniel CROCI
croci.daniel.hje@gmail.com

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