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Annabelle Challies, policière de haut niveau

Annabelle Challies est commissaire de police et chef de la Circonscription de Sécurité publique d’Agde depuis septembre 2019. Auparavant, à Perpignan, elle œuvrait à la Direction départementale de la Sécurité Publique des Pyrénées-Orientales en tant que chef de la Sûreté départementale. Un rêve de petite fille devenu réalité pour cette femme originaire de l’Hérault qui a toujours souhaité être « policière de haut niveau ». Voir (aussi) la vidéo !

Quel a été votre parcours ?

Annabelle Challies : « Après avoir passé un baccalauréat scientifique, je suis partie à la faculté de droit de Montpellier où j’ai obtenu un Master 2 en pratiques pénales. Parallèlement, j’ai obtenu deux diplômes universitaires, le premier en droit de la santé et un deuxième en sciences criminelles. A la suite de cela, j’ai commencé les concours de la Police Nationale, parce que cela a toujours été mon souhait d’entrer au sein de la police.

Le premier concours que j’ai obtenu a été celui d’officier de police. Lorsque l’on obtient ce concours, on passe un certain temps en école. J’ai passé un an et demi à Cannes-Ecluse,
en Seine-et-Marne. À l’issue de ma scolarité, j’ai été affectée
en tant que lieutenant de police dans un SAIP (Service d’Accueil et d’Investigation de Proximité), un service qui s’occupe du judiciaire. Lors de ma première année d’affectation en tant que lieutenant de police, j’ai décidé de reprendre mes études et de recommencer pour passer le concours de commissaire de police. Après avoir obtenu mon concours, je suis donc partie en école de commissaire de police, une scolarité de deux ans à l’école de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, à côté de Lyon.

À l’issue de cette scolarité, j’ai eu ma première affectation comme commissaire de police : j’ai été affectée en tant que chef de la sûreté départementale, c’est-à-dire le gros judiciaire (pour comparer avec Paris et Neuilly-sur-Seine) de la sûreté départementale des Pyrénées-Orientales. J’ai passé trois ans là-bas. J’ai beaucoup appris et je me suis régalée ! Ensuite, j’ai eu ma mutation pour Agde en tant que chef de circonscription. »

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’exercer cette profession ?

« Dans mes souvenirs, j’ai toujours voulu être dans la police ! Cela fait un peu cliché, mais pour moi c’est vraiment le cas… A cinq ans, je suis entrée en CP. Quand mes instituteurs me demandaient : « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?», j’ai toujours répondu que je voulais être policière de haut niveau.

Alors c’est vrai que, dans mon esprit d’enfant, « de haut niveau », cela ne correspondait pas à un grade, mais au fait d’être en charge des affaires les plus sensibles, les plus graves, mais aussi les plus mystérieuses. D’un naturel curieux, j’ai toujours aimé essayer de comprendre les choses, essayer de les résoudre.

Pour moi, un policier doit avoir toutes ces cartes-là : la curiosité, aimer résoudre des problèmes, et surtout le faire en équipe… Cela a toujours été une évidence pour moi, et j’ai maintenu cette envie encore jusqu’à aujourd’hui. »

Avez-vous rencontré des obstacles ou freins car vous étiez une femme dans un milieu très masculin ?

« Je n’ai jamais conceptualisé ma condition de femme comme étant soit un frein soit un obstacle, mais pas non plus comme une force. En fait, pour moi, être une femme n’entre pas en ligne de compte dans la façon dont je me conçois, que ce soit pour exercer n’importe quel métier, d’ailleurs. C’est sûr que lorsque j’ai persisté à vouloir entrer dans la police, on m’a un petit peu mise en garde : « Attention, c’est quand même un métier d’homme, il faut que tu passes des concours extrêmement difficiles, il y a très peu de personnes qui réussissent ». En fin de compte, il y a beaucoup d’excuses si on n’a pas envie de se donner les moyens de réussir.

Mon mantra est : « si on veut on peut ! », quelles que soient les conditions que l’on a, extérieures ou intérieures (c’est-à-dire les prédispositions personnelles). À partir du moment où l’on se donne les moyens à 100 %, généralement il n’y a pas de raison que l’on n’y arrive pas, que l’on soit une femme ou un homme.

le bureau d'Annabelle Challies.
Le bureau d’Annabelle Challies.

Décrivez-nous une journée de travail type…

« Dans mon métier, il n’y a pas vraiment de journée type. On peut plutôt parler de missions types, des missions de réunion par exemple, ce qui est une grosse partie de mon travail. Des réunions avec différents partenaires, internes avec les services de police, de gendarmerie, avec le tribunal judiciaire, avec la mairie, avec la police municipale ou encore d’autres acteurs comme la Maison de la justice et du droit.

Il y a aussi d’autres missions, comme des opérations que j’aurais fixées localement, ou des objectifs fixés au plan départemental ou national. Nous avons des missions ponctuelles, par exemple la crise sanitaire, qui nous a forcés à nous adapter. Et on s’adapte tous les jours en fonction des différentes directives ! Nous avons également des missions judiciaires ; nous sommes soumis à l’actualité. En fonction des missions du quotidien, l’agenda va être carrément différent. Avec la circonscription d’Agde,
la particularité, c’est la saisonnalité. Il est vrai que le travail en juillet-août n’a rien à voir avec l’activité des mois de novembre ou décembre.

Il y a également un autre volet que j’ai en tant que commissaire de police : des rapports à réaliser sur des commandes départementales, nationales et préfectorales. Il y a aussi toute la gestion humaine des effectifs, l’entretien de motivation, la notation, les objectifs fixés sur le travail, judiciaire ou de voie publique…

Un dernier point non négligeable, les permanences et les astreintes départementales, où il n’y a plus la vision uniquement du chef de service d’Agde, mais véritablement du chef de service qui s’occupe du territoire police nationale du département. Nous pouvons enchaîner des douzaines de jours de travail, jour et nuit, donc il vaut mieux aimer son travail et être en forme ! »

Comment parvenez-vous à concilier vie perso, familiale et professionnelle ?

« C’est une question d’organisation ! Dans ce métier, on a vraiment conscience que nous sommes soumis à l’imprévu, donc il faut partir du principe que l’agenda fixé le matin est rarement tenu. Il faut vraiment se rendre disponible, c’est ça la clef de voûte ! Il est vrai que j’ai eu beaucoup de chance, car mes proches connaissent toutes les contraintes de ce métier, et ils les acceptent. C’est vraiment une grande chance. Personnellement, j’ai deux soupapes de sécurité qui me permettent de concilier mon activité professionnelle – qui est extrêmement dense, chargée, chronophage – et ma vie personnelle : le sport et la méditation ! Cela permet à la fois de se détendre, de se maintenir en forme, mais aussi de se remettre en cause sur ses habitudes mentales. Je suis beaucoup plus disponible ; c’est bénéfique pour mes effectifs et pour les partenaires que je rencontre. »

Annabelle Challies.

Avez-vous mis en place ou changé des choses depuis votre arrivée ?

« Lorsqu’on est chef de la circonscription et que l’on arrive dans un nouveau service, il est normal que l’on apporte des choses nouvelles. Comme nous sommes tous différents, nous avons tous une carrière différente. Nous apportons notre expérience, qui nous permet de changer certaines choses.

Quand je suis arrivée en septembre 2019 au commissariat d’Agde, j’ai eu la chance d’arriver en même temps qu’un nouveau directeur départemental, le contrôleur général Yannick Blouin. Les démarches et les changements mis en place au niveau du commissariat sont vraiment ancrés dans une réorganisation locale et départementale.

Il y a eu du changement au niveau des cycles horaires, un des changements majeurs sur la dernière année, voulu, désiré et fortement attendu par les effectifs. C’est vraiment une bonne chose d’avoir pu mettre cela en place malgré des moyens humains assez contraints en ce moment. J’ai également fait des changements dans le domaine judiciaire, grâce à mon expérience en tant que chef de la sûreté départementale des Pyrénées-Orientales.”

Avez-vous des projets, des ambitions, des rêves ?

« J’ai un projet qui me tient vraiment à cœur sur cette année 2021. Validé par notre directeur départemental, il concerne tous les policiers : c’est une formation visant l’identification correcte de soi.

On constate aujourd’hui que beaucoup de fonctionnaires sont en souffrance pour différentes raisons : le stress au travail (qui en lui-même est loin d’être un travail ordinaire), le stress dû à toutes les réorganisations mises en place, la souffrance dans la vie
privée… Un panel assez important de conditions fait que l’on n’est pas à 100 % au plus heureux de ce que l’on pourrait être au quotidien.

En collaboration avec le CHU de Montpellier, tous les policiers qui le souhaitent pourront bénéficier d’une formation éducative qui va leur permettre de diminuer, voire de supprimer, les souffrances qu’ils peuvent ressentir du fait d’être mal identifié. Ils pourront repartir sur des bases valides. Même s’il y a des circonstances extérieures qui changent, pas forcément favorables, on va pouvoir les transformer et en faire une expérience positive. 

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