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Avocats, Barreau de Montpellier : les priorités du nouveau Bâtonnier Nicolas Bedel de Buzareingues

Dans les pas de François Bedel-Girou de Buzareingues (cf. encadré) mais pas tout à fait… « Cette élection a été pour moi émouvante ; je sais que cela fait extrêmement plaisir à mon père, mais nous sommes très différents » assure le nouveau bâtonnier. Interview…

Le jeudi 24 septembre 2020, Nicolas Bedel de Buzareingues, avocat depuis trente-cinq ans au barreau de Montpellier, a été élu pour deux ans par ses pairs à la fonction suprême du Conseil de l’Ordre des avocats. Se présentant seul, « dans un souci de cohérence », il a été préféré lors du vote des « robes noires » au duo formé par Me André Brunel et Me Christophe Bourdin.

Nicolas Bedel de Buzareingues, l’interview

• HJE : ça y est, vous êtes en fonction !

Nicolas Bedel de Buzareingues : « J’ai commencé officiellement le lundi 4 janvier. Je peux compter sur l’expérience du Bâtonnier sortant, Me Rémy Lévy (lire notre interview de Me Lévy), qui est un ami. Nous nous voyons régulièrement depuis plusieurs mois, et nous nous sommes vus plusieurs fois ces derniers temps, ce qui facilite la transition. »

• HJE : Quels sont les dossiers prioritaires ?

N.B.d.B. : « Faciliter la vie des avocats, durement éprouvés durant cette année 2020. Tous les cabinets d’avocats – ceux qui travaillent dans le juridictionnel comme les grands cabinets qui ont une expertise – ont été impactés. Tout le monde a souffert, d’abord de la grève puis de la Covid. Nous faisons en ce moment l’état des lieux, en essayant de détecter les cabinets et les confrères en difficulté. Un conseil (de l’Ordre) le 19 janvier fera le point sur les actions prioritaires à mener.

L’autre priorité est que nos confrères et consœurs sachent ce que fait l’Ordre, en toute transparence. Il nous faut communiquer sur ce que l’on fait, sur ce que l’on va faire. C’est hyper important. Nous sommes un barreau féminin et jeune ; deux grosses qualités selon moi. Les jeunes sont de plus en plus compétents parce qu’ils sont de mieux en mieux formés. Et c’est une grande force, un barreau jeune ! C’est un barreau très diversifié avec l’émergence d’avocats travaillant sur des domaines très spécifiques, comme le numérique. Il y a une vraie révolution en ce moment à côté de nos métiers classiques comme le pénal ou la procédure civile. Nous allons d’ailleurs créer une commission numérique. L’Ordre doit aider les jeunes avocats à être davantage visibles. »

HJE : D’autres commissions vont-elles être créées ?

N.B.d.B. : « La commission numérique déjà évoquée, une commission écologie… autour des commissions qui existent déjà, comme la communication. Nous mettrons en place également des commissions proches de chaque pôle juridictionnel pour être en proximité et maintenir une relation confraternelle et efficace. L’écologie – d’autres barreaux l’ont fait –  portera davantage sur un fonctionnement responsable  de notre institution et de la profession : comment aider à réduire l’utilisation du papier, à plus utiliser le numérique pour simplifier nos métiers au quotidien tout en ayant une attitude éthique et responsable qui correspond d’ailleurs pleinement à la profession d’avocat… Ce sera aussi un laboratoire d’idées. »

HJE : La relation avec les juridictions s’est tendue avec les grèves…

N.B.d.B. : « Je suis déjà allé à la rencontre de tous les chefs de juridiction et j’y ai reçu un excellent accueil. Le tribunal de commerce, le tribunal judiciaire, le parquet… pour essayer de restaurer l’ambiance qui prévalait avant la grève. Une bonne ambiance à retrouver entre magistrats et avocats, entre greffiers et avocats. C’est fondamental. Les grèves ont laissé des séquelles, on le sait tous… Il nous faut  reprendre par des rencontres régulières et des formations communes. Le premier président et le procureur général sont ravis de cette initiative. Tout le monde a envie que ça se passe bien et que les relations se normalisent à nouveau. Nos intérêts sont communs. Le monde juridique et judiciaire est une grande famille. »

HJE : Le nouveau ministre – Eric Dupont-Moretti – est un avocat. Cela vous rassure-t-il ?

N.B.d.B. : « J’estime qu’il connaît la matière, puisqu’il a eu les mains dans le cambouis, si j’ose dire. Il est sans doute mieux placé qu’un énarque ou un politique pour comprendre notre profession et le fonctionnement opérationnel de la justice… et pour essayer de trouver des solutions. Après, il faudra qu’il triomphe de son administration. C’est le mal français. Je ne suis pas sûr que ce soit aussi simple que de le dire. Tous ceux qui l’ont caricaturé, les avocats qui ont montré un certain triomphalisme parce qu’il est issu de notre profession, ou les magistrats qui ont  déprimé parce qu’il était avocat… je trouve cela très passéiste. Il n’y a aucun corporatisme dans ce que je dis. Il a changé de casquette. Ce n’est pas un ministre avocat, mais un ministre qui a une expérience particulière. Nous avons eu par ailleurs un grand ministre qui était avocat : monsieur Robert Badinter. »   


bedel francoisFrançois Bedel-Girou de Buzareingues, le père de Nicolas, est Docteur en droit, président honoraire de la conférence des bâtonniers de France et d’outre-mer, élu à l’Académie des Sciences et Lettres de Montpellier en 1993, il en a été le président général en 2007. Avocat honoraire au barreau de Montpellier, ancien bâtonnier du Barreau de Montpellier, ancien président de la Conférence des bâtonniers de France, il a été élevé au grade de commandeur par le ministère de la Justice.


HJE : Qu’attendez-vous du nouveau garde des Sceaux ?

N.B.d.B. : « D’abord l’écoute de la profession. Avant lui, ce n’était pas le cas. Je ne sais pas si on l’aura, mais je l’espère. Il semble que cela démarre plutôt bien. Notre confrère Me Phung – avocat montpelliérain – a été sollicité pour travailler sur la réforme de la procédure pénale. Le garde des Sceaux prend donc les bons conseils. La question n’est pas que l’on aime ou pas Dupont-Moretti, c’est que l’on espère tous qu’il va réussir pour l’intérêt de la Justice et des justiciables.Réussir, c’est réussir la réforme de la Justice, et je dépasse, là, l’avocat. »

Propos recueillis par Daniel CROCI


Autoportrait du bâtonnier

bedel 2021 2 scaledN.B.d.B. : « J’ai 60 ans. J’ai prêté serment en 1986 et pratiqué tous les modes d’exercice : collaborateur, indépendant, associé dans la structure où exerçait mon père François – un pur civiliste spécialiste de la procédure civile, avocat puis avoué avant de revenir avocat et de prendre un temps le bâtonnat. Il a exercé la profession d’avocat pendant  près de cinquante ans, et a aujourd’hui 97 ans et demi (voir l’encadré). Puis j’ai racheté les parts de mon père, celles de l’associé de mon père, et les ai revendues à un jeune avocat spécialisé dans le droit de l’urbanisme. Nous sommes associés depuis une décennie. Je suis privatiste ; je fais un peu de pénal, mais de moins en moins, juste pour garder la main… et du droit civil et commercial. Je me suis toujours intéressé aux avocats, à la vie de l’Ordre, ne serait-ce que par la filiation. Lorsque j’étais collaborateur avec mon père, il m’a surtout appris le respect de la profession et de ceux et celles qui l’exercent, de la robe noire et de la déontologie. La défense de la profession est dans l’ADN de notre famille. 2020 a été une année très difficile ; beaucoup de confrères et consœurs rencontrent des difficultés. Je me suis dis qu’il serait passionnant de m’investir et de continuer à impulser une nouvelle dynamique au niveau de l’Ordre, d’aider la profession… Quand je me suis présenté, la Covid débutait, je ne pensais pas que cet épisode serait aussi prenant et complexe, et qu’il durerait aussi longtemps. Une passion ? Les agapes avec les amis à la table ! La table, c’est l’amitié. C’est la gastronomie, les nectars du terroir local. Une passion un peu frustrée à cause de la Covid. Et je pense bien sûr à mes amis restaurateurs, qui sont en grande difficulté. Je suis d’origine aveyronnaise, et j’adore la cuisine traditionnelle. Mais aussi la Camargue et ses traditions : je monte à cheval. » (DC)


Les points à retenir

Une crèche dédiée aux avocat(e)s ?

N.B.d.B. : « C’est un vieux serpent de mer à Montpellier, analyse le Bâtonnier. Il y a plusieurs problèmes à relever pour sa mise en place. D’abord, ce n’est pas notre métier. Et il y a la taille de la structure, parce que ce ne sera pas une crèche pour 200 enfants. La demande est forte dans notre profession, jeune et féminine. Les jeunes avocates ont des horaires incroyables. Une garde d’enfants près du palais de justice leur simplifierait effectivement la vie professionnelle et personnelle. Un projet portant sur 20 places est à l’étude. Un conseiller de l’Ordre le pilote. Le choix des locaux n’est pas encore arrêté. Mais cela va se faire sous forme de MAM (Maisons d’assistants maternels). On trouve les locaux, on les équipe et des professionnels en assurent la gestion et nous verseront un loyer pour couvrir l’investissement. » (DC)

L’aide juridictionnelle

Les critères d’attribution de l’Aide Juridictionnelle ont été revus, ainsi que son montant. Quelle est votre analyse ?

N.B.d.B. : « Toute augmentation est bien perçue, vous vous en doutez. Mais elle est toujours insuffisante. Ce n’est pas que nous voulons plus, mais il y a des domaines d’intervention où l’avocat travaille au SMIC. L’Etat fait de la générosité avec notre argent. Sachant que le budget de notre Justice est le plus restreint d’Europe, on ne peut pas attendre de miracles non plus. » (DC)

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