Bâtonnier Bernard Béral : "Faire à la fois preuve de vigilance et d'humanité"

Durant deux années, il va présider le Conseil de l'Ordre du barreau de Montpellier, composé de 24 membres élus. Bernard Béral, le nouveau bâtonnier qui succède à André Brunel, précise pour l'Hérault Juridique sa motivation et les challenges qu'il va mener durant son mandat.

Comment appréhendez-vous votre mandat de deux ans (2017-2018) ?

Bernard Béral : ” Tout naturellement, je me tourne dans quelques jours vers ce mandat avec sérieux et rigueur. Durant les derniers mois, l’accompagnement de mon prédécesseur, le bâtonnier André Brunel, a confirmé ce que je savais déjà. Le bâtonnat est une lourde charge, et en particulier à Montpellier. Il est vrai que le barreau de Montpellier est à peu près le huitième de France, avec un nombre conséquent d’avocats. On s’approche, avec la prestation de serment du 19 décembre 2016, des 1 200 inscrits, avocats et avocats honoraires compris. Je sais que c’est un mandat exigeant qui induit des sacrifices concomitants à la fois sur les plans de l’exercice professionnel personnel et familial. Mais comme on dit : ” je l’ai voulu, je l’ai eu ! ” [rires]. Tous les bâtonniers qui se sont succédé ont aussi confirmé que c’était une expérience riche et prenante que d’avoir l’honneur de représenter le barreau et ses confrères. Au titre des bâtonniers, Me Ferran m’a particulièrement marqué parce que je l’ai côtoyé durant son mandat * et en tant que collaborateur de son cabinet. Le bâtonnier Vérine également, parce que j’ai eu la chance de faire partie de son Conseil de l’Ordre. Je me souviens à la fois de la qualité de ses interventions et du sens de la relation avec les confrères élus au sein du Conseil. “

 

Quelles sont vos priorités ?

” Mon premier dossier, dès les premiers jours de janvier, sera la mise en place de formations sur la procédure de divorce par consentement mutuel. L’idée est de montrer qu’à Montpellier, l’avocat est en capacité de se mettre en phase avec les textes de loi, sans attendre. Parce que la richesse du barreau de Montpellier est aussi intellectuelle. Quand on visite d’autres TGI ou d’autres barreaux, on se rend compte que l’avocat montpelliérain est présent, respecté et écouté. Notre faculté de droit a formé de grands juristes. Cette richesse, il faut la mettre en avant et la cultiver, parce que c’est une réalité. Les autres priorités de mon mandat seront d’aider les confrères en difficulté, d’assurer encore, toujours et davantage, une stricte information, à la fois sur l’évolution de la profession et sur les grandes réformes qui se présentent. Les confrères, parfois, ne connaissent pas suffisamment les structures nationales de la profession. Par ce fait, lorsque certaines décisions sont prises par le CNB, la profession peut être en butte voire en opposition, parfois par méconnaissance du fonctionnement des instances nationales. Après ces priorités, et sans surprise, le quotidien d’un bâtonnier est de gérer le conseil et la vie de la profession… Sur ce point, il faut aussi que tous les confrères participent à la vie de l’Ordre. Le Conseil de l’Ordre ne doit pas être conçu comme un simple prestataire de services. Les confrères peuvent et doivent apporter leur contribution intellectuelle, soumettre leurs idées au Conseil ou au bâtonnier. Toutes les idées seront les bienvenues et seront étudiées. Il faut que les confrères sachent rendre ce que l’Ordre peut leur apporter. “

 

Comment la profession vit-elle le passage à la Justice du XXIe siècle ?

” La réforme de la Justice du XXIe siècle a été adoptée. La profession doit s’adapter. Nous avons réussi à obtenir l’acte d’avocat, c’est-à-dire la possibilité de donner force juridique à nos propres actes. Nous attendons le décret d’application pour début 2017. Nous entrevoyons ainsi la convention de divorce “attestée” par le notaire, sans passer par le prisme du juge. L’avocat sera le rédacteur de l’acte. C’est vers cela qu’il faut essayer de tendre de plus en plus. Il y a là une opportunité dont les confrères doivent se saisir. Il y a aussi les MARD, les fameux modes alternatifs de résolution des différends. Ils suscitent la prudence, voire la critique, de la part de certains confrères, qui voient là une perte potentielle de contentieux. Je pense malgré tout qu’il faut bien étudier la question. C’est le rôle de l’Ordre et du bâtonnier que d’accompagner la profession vers cette opportunité. La profession doit s’emparer de ce secteur, même s’il n’est pas adapté à toutes les situations. Si ce n’est pas l’avocat qui le fait, d’autres le feront à sa place. Et si à l’ère d’Uber, l’avocat se désintéresse de certains marchés, d’autres structures prendront la place, avec certainement beaucoup moins de qualifications. Ce que le grand public perçoit mal, c’est que faire appel à un avocat signifie choisir un professionnel responsabilisé et responsable, doté d’une déontologie et d’une responsabilité civile. Internet a la capacité de faire naître du néant des structures dont on ne sait rien, à qui l’on confie des questions de droit, des informations personnelles… La force de l’avocat et de son institution représentative est la transparence et la sécurité. L’avocat doit développer ces nouveaux marchés. Il assure désormais dans son accessoire d’activité de nouvelles formes d’exercice professionnel, comme par exemple celle de mandataire immobilier, qui lui permet d’assurer la vente de biens immobiliers. “

 

La profession a d’ailleurs bien avancé dans sa transition numérique…

” Oui, mais il faut encore la promouvoir. La difficulté de notre profession est que beaucoup d’avocats ont le nez dans le guidon. Certains pratiquent encore à l’ancienne, je veux dire comme avant les années 2000. Ils n’ont pas le temps d’apprendre à utiliser les outils numériques. Il nous faut pourtant appréhender et utiliser pleinement notre exercice professionnel par le biais du numérique. Les pouvoirs publics nous invitent d’ailleurs à aller davantage vers le numérique. Le RPVA marque par exemple une avancée réelle pour l’avocat et le justiciable. Mais il ne faut pas pour autant vouloir déserter les tribunaux. Pour moi, la justice doit aussi passer par l’audience. La visioconférence peut avoir du bon dans une gestion rationnelle des dossiers.  Je reste persuadé que la présence du justiciable et de l’avocat face à un juge est fondamentale. Devant la barre, il y a une autre dimension, plus humaine, moins figée. Par ailleurs, la justice dispose de moyens modestes. J’ai vu que certains candidats à la présidentielle ont déclaré ne pas vouloir impacter le budget de la Justice. Tant mieux. Mais il faudrait peut-être entendre l’inverse : que son budget va augmenter ! Limiter certains frais de fonctionnement, c’est bien, mais il faut maintenir l’audience, et la proximité entre le juge, le justiciable et l’avocat. Qui dit visio dit aussi structures capables de s’en doter… Les petits cabinets ont du mal à suivre sur ce point. “

 

Comment va la profession ?

” Dans le contexte économique actuel, j’aimerais dire que tout va bien, mais les choses ne sont pas aussi simples. La difficulté d’activité est un sujet sur lequel les avocats posent un voile de pudeur.  On a toujours l’image, dans la presse, de l’avocat qui a réussi, ou celle des grands ténors du barreau porteurs d’une certaine richesse. Mais ce n’est pas le cas de tous, notamment à Montpellier, qui est un barreau plutôt riche en populationb mais moins sur le plan économique. C’est un barreau qui attire. Le fait que l’école de formation de la profession soit à Montpellier doit avoir son influence. J’en suis l’exemple. Je viens de Lozère. J’aurais pu exercer dans ce beau département, mais mes études m’ont conduit à Montpellier et j’y ai développé par la suite mon activité professionnelle. Je sais que beaucoup de confrères sont en difficulté ou en tout cas en situation de gagner à peine le Smic. C’est très préoccupant. Un avocat fait des études à bac + 5 ou + 6 pour gagner peu pendant de longues années, et avec toujours l’angoisse du lendemain, comme pour toute profession libérale. Car c’est au jour le jour ! Sur ce point, le Conseil de l’Ordre et le bâtonnier doivent faire preuve à la fois de vigilance et d’humanité. Vigilance pour essayer de cerner et de voir le confrère en difficulté, qui est rarement en situation de venir dire ” j’ai besoin d’une aide “, qu’elle soit matérielle et/ou psychologique. Il faut savoir ensuite agir avec humanité et faire preuve de compréhension face aux situations humaines. C’est ce que je vais essayer de faire pendant mon mandat. J’ai l’avantage de n’avoir que 51 ans [rires]. Un point médian qui me permet de connaître l’ensemble de la profession, toutes générations confondues, des jeunes avocats aux plus anciens. Je connais bien ce barreau de Montpellier ; je passe mon temps au tribunal. J’espère que les confrères oseront venir me voir pour me dire leurs préoccupations. Ils seront entendus, et une ébauche de solution sera approchée. Ce serait pour moi la plus belle des récompenses, en tant que bâtonnier et en tant qu’homme. “

 

Propos recueillis par Daniel Croci le 19 décembre 2016

* Lire à ce sujet le portrait de Me Bernard Béral publié en rubrique “Décideurs”

 

 

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