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Béziers : comment Robert Ménard veut accompagner la reprise économique

Les récentes annonces de réouverture progressive des commerces dits non-essentiels comme les restaurants, les lieux de culture… mobilisent les acteurs économiques et les élus. Le Biterrois n’est pas exempt de cette attente vitale. Mais comment Robert Ménard, maire de Béziers et président de l’agglomération Béziers Méditerranée, appréhende-t-il cette « rentrée » économique, et comment compte-t-il y répondre ? Entretien…

Les points forts

« Faisons de ce qui vient de se passer une opportunité. » 
« L’hydrogène ? Béziers ne peut pas rater cette opportunité. » 
« Nous regroupons nos services économiques en un seul lieu. » 
• « Viaterra, la direction économique et la future agence économique sont regroupées au 4e étage de l’agglo. »
• « L’école internationale de La Devèze s’appellera Samuel-Paty »
« J’ai une vision plus spectaculaire des activités touristiques. Vous verrez cet été à Béziers… » 
« La direction des services ? Je suis pour un fonctionnement à l’américaine… » 
« Le nouveau site des Orpellières sera inauguré fin juin. » 
• « A Béziers, je baisse le prix des terrasses si le restaurateur s’engage à mettre davantage de vins d’ici à sa carte. »
• « A La Devèze nous construisons 80 villas en accession… C’est un pari fou »
• « L’Agglo Béziers Méditerranée et la Ville de Béziers s’équipent et réhabilitent…»

La grande interview : Robert Ménard

HT : Béziers compte 80 000 habitants, l’agglo environ  127 000. Comment comptez-vous accompagner la reprise économique de ce territoire ?

Robert Ménard : « Il y avait d’abord l’urgence. L’urgence, c’était d’être aux côtés de la Région pour apporter les aides nécessaires aux entreprises et pour qu’il y ait le moins de casse possible -pendant ces derniers mois que l’on a passés sous Covid. Pour l’instant, ici comme ailleurs, il y a moins d’entreprises qui déposent le bilan comme on aurait pu le craindre. Mais je dirais qu’un certain nombre d’entre elles sont d’une certaine façon sous perfusion. Et quand ces perfusions vont cesser, quand il va falloir rembourser les PGE, quand elles vont cesser de percevoir les aides pour leur personnel, comment cela va-t-il se passer ? ça risque d’être très très difficile. » 

« Faisons de ce qui vient de se passer une opportunité. » 

Comment envisagez-vous la suite ? 

Robert Ménard : « Durant cette première phase, il fallait être là. Nous avons dépensé beaucoup d’argent. Ce qui est un problème parce que quand vous dépensez beaucoup d’argent, vous ne le dépensez pas pour autre chose. Or, l’autre volet c’est évidemment les investissements. Ces aides apportées aux entreprises par l’Agglo-mération et la Ville ne devaient pas avoir d’impact sur l’investissement communal et communautaire. Parce que l’investissement, c’est du travail aux entreprises. En particulier pour l’ensemble du secteur du bâtiment, qui est essentiel dans ce coin du département.

Cette année, on investira pour la Ville et l’Agglo plus qu’on n’a jamais investi sur les dix dernières années. Ce sera une année record avec respectivement des budgets avoisinant 40 et 50 millions d’euros pour chacune d’entre elles. Avec un tour de force, qui n’a pas été évident à réaliser : ne pas augmenter les impôts de base et ne pas recourir de façon trop importante à l’emprunt, au risque de détériorer nos taux de solvabilité. C’est le deuxième volet de notre action et je dirais une posture de défense. »

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© Béziers agglo

Quel est le mot d’ordre ?

Robert Ménard : « Faisons de ce qui vient de se passer une opportunité. On sauve les entreprises, on donne davantage de travail aux entreprises du bâtiment, et puis on réfléchit à ce que l’on peut faire pour transformer cette période de difficultés en une période d’espérance et de projets. »

Quelles sont les actions à mettre en place ?

Robert Ménard : « Pour le Biterrois, je vois 2 axes de dévelop-pement. Le premier, c’est de fédérer et de développer un éco-système économique autour de l’hydrogène. Avec Genvia, la filiale mise en place par le groupe Schlumberger propriétaire de la Cameron à Béziers, ce n’est pas seulement une réponse à l’avenir de la Cameron qui est instaurée. C’est potentiellement changer le visage de cette ville et de ce coin du département. Pas seulement parce que cela va créer des centaines d’emplois à la -Cameron, qui en avait besoin, mais en utilisant son savoir-faire dans un autre domaine que le pétrole, dans les énergies renouvelables d’avenir, c’est-à-dire l’hydrogène. Cela va créer 400 à 500 emplois sur le site mais aussi au bas mot un millier d’emplois pour les sous-traitants. C’est toute une irrigation économique qui se met en place. 

« L’hydrogène ? Béziers ne peut pas rater cette opportunité. »

Par exemple, et ce n’est pas seulement symbolique, nous allons mettre des vélos à hydrogène à la disposition du grand public, dès cet été, à Béziers ; et nous aurons le premier bus à hydrogène. Nos bus sont actuellement à gaz, moins polluant que le diesel, mais j’ai demandé à Vectalia, l‘entreprise délégataire des transports de l’agglomération de mettre en place le premier bus à hydrogène. L’idée est de montrer que l’hydrogène c’est l’avenir du Biterrois, pas seulement pour la Cameron, pas seulement en termes d’emploi : c’est tout un mode de vie qui va changer. Béziers ne peut pas rater cette opportunité ! »

Vous évoquiez deux axes ?

Robert Ménard : « Le second axe est d’avoir des outils plus -performants pour la préparation de l’avenir du territoire. J’ai fait 3 choix dans ce sens. Le premier c’est de booster notre société d’économie mixte Viaterra en changeant sa direction. Je n’ai rien à reprocher spécifiquement au précédent directeur (NDLR : Joël Daures a remplacé Thierry Boucher le 31 mars dernier), mais il y avait nécessité d’un nouveau souffle, et un nouveau souffle passe par de nouvelles équipes. Deuxième point, réorganiser le service de développement économique de l’agglo et faire en sorte que cesse une sorte de concurrence stupide – et Dieu sait que je suis pour la concurrence, c’est la vie la concurrence – observée pendant des années entre Viaterra, notre société d’économie mixte, et la direction économique de notre agglomération, au lieu de travailler main dans la main. Je n’en veux plus de cela ! »

« Nous regroupons nos services économiques en un seul lieu pour gagner en efficacité » 

Allez-vous regrouper ces services ?

Robert Ménard : « Oui, ce rapprochement sera physique. Les services vont être regroupés au 4e étage du siège de l’agglomération Béziers Méditerranée, quai Wilson. Les trois premiers sont occupés par l’Agglo. Ces services seront ensemble, avec un accueil commun, avec des locaux partagés et juste au-dessus de mon propre bureau, c’est-à-dire complètement intégrés au fonctionnement de l’Agglomération. C’est fait, on a les locaux, ils sont en train d’être aménagés… Les équipes vont les intégrer dans les semaines qui viennent. »

« Viaterra, la direction économique et la future agence économique sont regroupées au 4e étage de l’agglo. » 

Et la future agence économique ?

Robert Ménard : « Elle va rejoindre ces 2 entités au 4e étage du siège de l’Agglo. L’agence de développement économique, c’était déjà un souhait de tous les entrepreneurs, en 2014, avant les précédentes élections à l’Agglomération. Pendant six ans, rien n’a été fait. Ça y est, elle existe. Nous l’avons décidé lors du dernier conseil communautaire. Son conseil d’administration sera mis en place dans les semaines qui viennent. Et ses locaux seront dans les mêmes locaux que Viaterra et la direction du développement économique. Les 3 outils vont être enfin -réunis, ensemble ! Une lettre d’information à destination des acteurs économiques est également en cours de réalisation. Elle regroupe les informations des 3 entités : Viaterra, Direction économique et Agence de développement économique. On parlait de tout cela, depuis des années, la différence c’est qu’on l’a fait. J’avais promis que ce serait réglé dans la première année de mon mandat de président d’agglomération, et ce sera réglé. »

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Une promenade pédestre en cours d’aménagement mènera du Pont Vieux à la Cathédrale.

Et concernant l’aide aux communes, quelles sont vos actions ? 

Robert Ménard : Nous avons relancé le fonds de soutien aux communes de l’agglo. Ce fonds existait, sauf que c’était une machine bureaucratique ! Chaque commune de l’agglomération bénéficie de 700 000 euros à utiliser sur la période 2021-2026. La nouveauté, c’est que nous avons simplifié l’accès à cette aide. Nous avons fait 3 modifications : les maires décident pleinement de leurs investissements, avec moins de bureaucratie et des versements financiers plus réguliers aux communes. Pour la première modification, on va arrêter de pinailler sur la nature de l’investissement. Les maires sont responsables et je suis respectueux des maires. C’est à eux de faire les choix ; l’Agglo n’a pas à imposer ses choix. Ils font ce qu’ils veulent, dans le respect, bien sûr, du cadre réglementaire et juridique. Chaque maire décide de l’investissement à faire pour sa commune. Deuxième règle, on va éviter la bureaucratie, une spécialité bien française. Je l’ai expérimenté en tant que maire de Béziers, quand j’ai vu la paperasse qu’il fallait remplir pour obtenir l’argent de l’Agglo ! Il faut savoir que dans les services de l’Agglomération, plusieurs personnes travaillaient uniquement pour remplir et examiner les dossiers que l’on demandait aux communes de remplir ! C’est fini ça ! On fait le minimum. Je fais confiance aux maires. » 

Quelle est la troisième modification ?

Robert Ménard : « Troisième modification, il y avait un gros problème de trésorerie pour un certain nombre de petites communes. En effet, lorsque l’aide était accordée, les versements se faisaient pour partie au début des travaux et le solde à la fin. C’est oublier que souvent il faut payer les entreprises en cours de chantier, lorsque certaines tranches de travaux sont achevées. Cela mettait les communes et les entreprises dans une situation hyper compliquée. Nous allons désormais faire des versements certes au début et à la fin du chantier, mais aussi au milieu. De plus, nous nous sommes aperçu que certaines petites communes n’avaient pas utilisé cette aide. Et que, de fait, c’était une aide pour les communes les plus importantes. En facilitant l’accès à ces aides, toutes les communes vont pouvoir en bénéficier. Je viens de faire le tour de quasiment toutes les mairies, pour leur expliquer ces changements. A deux exceptions près à ce jour, mais qui ne sont pas de mon fait… »

« L’école internationale de La Devèze s’appellera Samuel-Paty» 

Avec les travaux d’embellissement, le cœur de ville de Béziers a retrouvé une âme. Quelle est la prochaine étape ?

Robert Ménard : « Sur la ville de Béziers, l’objectif est de faire tache d’huile, d’étendre ce que l’on a fait sur le cœur de ville à l’ensemble des quartiers. Cela veut dire refaire toutes les places et les façades ailleurs qu’au centre historique ; par exemple sur l’entrée ouest et le quartier du faubourg, qui est une entrée dégueulasse aujourd’hui, il faut le dire. Il faut en changer l’image. Ensuite, depuis le centre historique, relier un certain nombre de quartiers au cœur de ville, comme le faubourg et le Pont Vieux à la cathédrale par la promenade pédestre, que nous sommes en train d’aménager. Autre quartier prioritaire, celui du quai du Port Neuf, entre le canal du Midi et la gare. Nous allons investir beaucoup d’argent avec plusieurs partenaires, pour passer au-dessus de la gare, qui constitue aujourd’hui une fracture urbaine. Nous allons réaliser une immense passerelle pour connecter le quartier du quai Port Neuf à la ville. Et pour La Devèze, il s’agit de le transformer radicalement. On vient de détruire près de 600 logements, on y construit 2 écoles toutes neuves, dont la seule école internationale de la ville, qui s’appellera « Samuel-Paty ». Vous savez, faire une école d’excellence dans un quartier défavorisé, c’est un vrai pari. »

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© Béziers agglo

Quelles sont les actions prévues pour l’agglomération ? 

Robert Ménard : « Je ne reviens pas sur l’hydrogène et le savoir-faire autour de cette thématique, c’est de l’économie. On est la deuxième ville ouvrière et industrielle de l’ex-Languedoc–Roussillon après Alès. Mais il faut déterminer les atouts de notre agglomération. Et évidemment la question du tourisme. Le tourisme c’est l’atout colossal de notre agglo. Il a plusieurs piliers, ici. Un, la ville historique, avec une cathédrale qui reçoit plus de 100 000 personnes chaque année. Mais qui ne les reçoit pas bien et pas au niveau où on doit les recevoir. En deux, les neuf écluses de Fonseranes. Un seul chiffre, et c’est notre obsession : les écluses sont le troisième site le plus visité de l’ex-Languedoc-Roussillon, après la cité de Carcassonne et le pont du Gard. A peine 5 % des touristes qui vont aux écluses visitent le centre-ville de Béziers. Et pourtant, depuis les neuf écluses, on ne voit qu’une chose : la cathédrale !

« J’ai une vision plus spectaculaire des activités touristiques. Vous verrez cet été à Béziers… » 

C’est un vivier de pouvoir d’achat énorme qu’il nous faut capter. D’où l’idée de l’aménagement de cette promenade (montée vers le centre historique) depuis le Pont Vieux. Il y a ensuite les ports et le littoral. On finit les -travaux lancés par mon prédécesseur sur celui de Valras, qui est un des rares ports de cœur de ville sur notre littoral. Mais pour le tourisme, il faut revoir -certaines choses. J’ai une vision plus spectaculaire des activités touristiques. Vous verrez les animations qui sont prévues cet été à Béziers. Ce sont mes choix. » 

C’est le rôle de l’Office de tourisme de l’agglo…

Robert Ménard : « La communication n’est pas un supplément d’âme, c’est le cœur des activités. Si vous ne savez pas communiquer, les actions ne servent à rien. Et un des problèmes était là au niveau de l’Office de Tourisme. J’en ai pris personnellement la présidence, tellement je pense que c’est un outil important. »

« La direction des services ? Je suis pour un fonctionnement à l’américaine… » 

Avec des hésitations à la direction de l’office de tourisme…

Robert Ménard : « Oui, il y a eu un nouveau changement. Je suis pour un fonctionnement à l’américaine. Tous les directeurs généraux adjoints, le directeur général des services de l’agglomération et les directeurs des principaux établissements ou des directions de l’agglomération ont été changés. Et je l’assume complètement. On ne redonne pas un souffle nouveau avec des personnes déjà en place. C’est aussi, un peu la faute des élus. Concernant l’Office de tourisme, nous avions fait un premier choix pour sa direction qui ne s’est pas avéré probant. Je revois ma copie et peut-être qu’il y aura des surprises avec ce que j’imagine faire. »

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Les halles de Béziers, vecteur d’attraction touristique

Vous travaillez également sur le site des Orpellières…

Robert Ménard : « Les Orpellières, c’est un site à haut potentiel qui a été lancé par mon prédécesseur. Mais ce site n’est pas fait que pour attirer les élèves des écoles, collégiens et lycéens. Il faut aussi faire venir les touristes. C’est comme si un musée ne servait qu’à faire venir les scolaires, qui sont d’ailleurs un public captif. Je veux attirer un public qu’il faut aller conquérir. J’ai donc changé tout l’état d’esprit de ce lieu. Vous le verrez bientôt. Le nouveau site sera inauguré le dernier week-end de juin. Ce sont de nouveaux choix, depuis les animations jusqu’au look du lieu, à la restauration servie sur place qui sera étonnante, vous verrez.

« Le nouveau site des Orpellières sera inauguré fin juin. » 

Tout a été repensé pour un lieu un peu sexy, un peu sympathique, ludique, onirique, qui fasse rêver, avec des animations et pas une simple leçon de choses sur la nature où enfants et parents vont en général à reculons sur leur temps de loisirs… Ces animations s’inscrivent autour de la Maison de site et du belvédère, un château d’eau qui a été transformé pour admirer le panorama à 13 mètres de haut. Les gens qui viendront l’été pour aller à la plage apprendront un certain nombre de choses, mais de façon agréable et différente. Il ne faut jamais être comme les autres ! Quand on est petit, il faut toujours se différencier. On est petit, on n’est pas Versailles… »

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© Béziers agglo

Le tourisme c’est aussi le vin et la problématique récente du gel des vignes…

Robert Ménard : « En matière de tourisme, on a 3 choses ici : le littoral avec la plage, la partie historique avec Béziers et -l’arrière-pays avec la vigne. Pour le gel, on a pris immédiatement notre part, mais l’enjeu économique dépasse toute agglomération. Il y a 2 choses à faire : aider – on a rencontré tous les responsables du monde viticole à la fois en cave particulière et en cave coopérative – et mieux promouvoir nos vins. Avez-vous eu la curiosité de regarder les cartes des vins des restaurants d’ici ? Comment est-il possible qu’il y ait aussi peu de vins de notre terroir ? Nous avons mis en place à Béziers une mesure que l’on va essayer d’étendre.

« A Béziers, je baisse le prix des terrasses si le restaurateur s’engage à mettre davantage de vins d’ici à sa carte. »  

Sur la ville, je réduis le prix des terrasses si le restaurateur met à sa carte davantage de vins d’ici. En parallèle, avec la profession, nous allons multiplier les opérations un peu séduisantes autour de l’œnotourisme. Nous avons des routes du vin. Elles sont incompréhensibles ! C’est de la mauvaise communication. C’est la politique de l’éparpillement et du “on ne veut se fâcher avec personne”. Donc on ne fait pas une route des vins mais on en crée une dizaine ! Pardon et tant pis, il faut faire un choix douloureux en espérant que les gens qui viennent découvriront les autres domaines. Mais je suis prêt à me fâcher avec certaines personnes parce qu’elles s’apercevront que j’ai raison. Il faut avoir une seule route des vins spectaculaire et en faire une vraie promotion. Cette restructuration a pris un peu de retard, mais on marche à pas de géant, parce que je veux que ça aille très vite. Je suis un homme pressé. Je l’ai toujours été, et plus je vieillis, plus je suis pressé. » 

Pour revenir à La Devèze, ce quartier reste un point épineux pour tous les maires qui se sont succédé à Béziers…

Robert Ménard : « Sur Béziers, c’est l’endroit où l’on a le plus investi ! Près de 200 millions d’euros au fil des années à travers les aides de l’Etat et de différents partenaires. Bien plus qu’en centre-ville ! »

Que manque-t-il ? 

Robert Ménard : « C’est un quartier qui s’est ethnicisé. Je suis à l’aise pour en parler : c’est mon quartier, j’y ai passé mon adolescence. J’ai habité l’appartement en dessous de celui de la fille qui projetait un attentat à Pâques… Puis j’ai habité, une fois marié, toujours à La Devèze, mais côté tour de la Gayonne. Aujourd’hui, beaucoup de personnes ne veulent plus aller habiter à La Devèze. Nous venons de mettre pour la première fois un programme immobilier de PLS, le plus haut de gamme des HLM. Et nous avons un mal fou à le remplir ! Tous les mercredis, je reçois en mairie des concitoyens, souvent pour un emploi et très souvent pour un logement. Régulièrement on me dit : « oui, mais pas à La Devèze ». C’est ça la vérité ! Et c’est terrible, surtout pour les gens de La Devèze. C’est une machine infernale. » 

Les halles de la deveze
Les halles de La Devèze

Comment changer l’image de ce quartier ?

Robert Ménard : « Il ne sert à rien de repeindre les immeubles d’une couleur différente. Ici, 586 logements ont été détruits pour construire 80 villas en accession à la propriété. C’est un pari fou, parce que je ne suis pas sûr qu’on le gagne ! Je ne sais pas si l’on va trouver des gens pour acheter des villas au cœur de La Devèze. C’est un putain de pari… mais on le fait. Et pourtant, nous équipons le quartier. Nous y faisons une école internationale prestigieuse que l’on nommera Samuel-Paty. On reconstruit à la place de l’école des Tamaris à laquelle, je rappelle, certains ont mis le feu  une belle école tout en pierre, comme on n’en a jamais construit à Béziers. On réaménage en détruisant une passerelle vétuste, en créant un marché couvert, avec bientôt un poste de police mixte nationale et municipale…

« A La Devèze nous construisons 80 villas en accession… C’est un pari fou » 

Mais ce sont des paris. Je suis d’autant moins sûr qu’on les gagne si, parallèlement à cela, on ne se débarrasse pas d’une partie de la racaille identifiée comme telle et qui pourrit la vie des habitants du quartier. J’ai été confronté aux décisions de l’ancien sous-préfet, qui envoyait des forces de l’ordre pour des opérations ponctuelles, mais pas autant qu’il le fallait. Bien sûr que si l’on envoie la police, ce sera davantage bordélique. Mais il faut accepter ce risque-là. Quand vous allez perturber des vendeurs de shit à La Devèze ou ailleurs, ils ne sont pas contents, ils foutent le bordel et ils caillassent. Le choix est où ? Fermer les yeux pour être tranquille ? Ou les affronter une bonne fois pour toutes ? Moi je suis prêt – et je l’ai dit publiquement, je le dis et je le redis : s’il faut envoyer l’armée dans un certain nombre de quartiers, je n’ai aucun état d’âme. Nous avons eu des forces armées dans les rues avec le Plan Sentinelle, et ça n’a pas choqué les citoyens. »

Il y a l’aspect sécuritaire, mais aussi les sanctions ? 

Robert Ménard : « Je pourrais avoir quelques griefs contre un certain nombre de magistrats depuis l’affaire du « mur des cons ». Je rappelle que j’ai gagné en appel et que j’ai fait condamner la présidente du syndicat de la magistrature. Mais je ne suis pas de ceux qui se défaussent de leur responsabilité en disant quand ce n’est pas la police qui serait raciste, c’est dû au laxisme des juges, comme on l’entend souvent dans des discours fous furieux. D’abord, tous les juges ne sont pas laxistes. Nous avons à Béziers un président de tribunal et un procureur qui, je vous le garantis, ne sont pas laxistes.

Mais le problème n’est pas là, il est sur les prisons et le nombre de places supplémentaires à créer. M. Macron avait promis la création de 15 000 places de prison sur son quinquennat. Où sont-elles ? Il a  précisé récemment que la constrcution de la moitié aura été entamée… sur deux mandats ! A condition qu’il soit réélu, bien sûr. D’où la -pléthore de peines alternatives. Vous croyez sincèrement qu’un bracelet électronique calme un certain nombre de gens fiers d’avoir fait de la prison ? Personne ne peut le penser. »

Propos recueillis par la Rédaction de l’Hérault Juridique et Economique (DC)

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Travaux de ravalement de façade dans le centre-ville de Béziers. © HJE 2021

L’Agglo Béziers Méditerranée et la Ville de Béziers s’équipent et réhabilitent…

La priorité de la Ville de Béziers est dans la reconquête de son cœur de ville et bientôt des quartiers attenants. En témoignent les chantiers de ravalement de façades qui émaillent le centre historique. 

D’autres chantiers sont en cours, comme la création de la liaison entre le Pont Vieux et la cathédrale ou le réaménagement de places avenue Foch, place David d’Angers ou du 14-Juillet. Dans la continuité de l’aménagement récent de la place Jean-Jaurès, les allées Paul-Riquet vont également bénéficier d’un relooking. Les quartiers Saint-Jacques, le Capnau et La Devèze bénéficient également de chantiers importants. Côté grands équipements, un parking aérien est en voie de réalisation place Jean-Jaurès, et la réalisation du futur palais des sports – dédié entre autres aux Béziers Angels, l’équipe de volley-ball féminine – est également lancée. D’une capacité de 2 000 places, il nécessite un investissement de 17 M€. Toujours à Béziers, l’annexe du conservatoire va être installée dans l’ancien Théâtre des Variétés, rue Victor Hugo. Un quartier également en reconquête… (DC)

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Le futur palais des sports de Béziers. © Panorama-Architecture
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