CCI de l’Hérault, André Deljarry : « Simplifier, rationaliser, gagner en proximité… »

Entre deux cérémonies de vœux à Montpellier puis Béziers, le président de la nouvelle CCI de l’Hérault nous a accordé une interview-vérité sur sa vision de l’avenir de la Chambre consulaire et sa participation à de grands équipements comme les aéroports de son ressort…

Vous venez de prendre la présidence de la chambre départementale. Quelle est votre première analyse ?

André Deljarry : « Fin 2016, nous avons fermé les CCI de Montpellier, Béziers et Sète pour ouvrir au 1er janvier 2017 la CCI de l’Hérault, qui concerne désormais l’ensemble du territoire héraultais. Nous en sommes à l’état des lieux. Cela représente 60 500 entreprises, environ 4 000 créations d’entreprises par an. Il y a une vraie dynamique. Après, il y a la situation réelle des ex-CCI du département. Montpellier, je connais : l’organisation mise en place est pérenne. L’ex-CCI de Sète, c’est environ 900 000 euros de dettes déjà planifiées qu’il nous faudra solder. Pour le reste tout va bien. L’état des lieux de l’ex-CCI de Béziers est plus lourd, mais avec des aspects positifs. Quand je dis lourd, je pense à l’aéroport (950 000 euros par an, c’est une charge importante) ; je pense aussi au futur siège de la délégation, qu’il nous faut trouver avant septembre 2018, puisque les locaux actuels sur les allées Paul-Riquet ont été cédés à la mairie de Béziers. Il y a aussi le Parc des Expositions – propriété de la CCI – qui doit être rénové. Mais aussi le CFA, qui est performant et qui a formé plus de 700 personnes l’an dernier, mais qui doit lui aussi faire partiellement l’objet d’une rénovation. C’est la photo actuelle de l’état des lieux. Nous allons diligenter un mini-audit sur Montpellier, Sète et Béziers pour fixer et clarifier les choses. Les résultats sont attendus d’ici la fin de l’année. »

Comment s’organise la nouvelle CCI de l’Hérault ?

« Simplifier, rationaliser et gagner en proximité, telle est la ligne directrice. Certains services sont en voie de regroupement comme les ressources humaines, la communication, la direction générale, la paie. Ils intègrent le siège à Montpellier. Le directeur général est en train de rencontrer le personnel à ce sujet. Après la rationalisation des services généraux, l’objectif est d’être sur le terrain, et ce, sur l’ensemble du territoire. La définition d’une chambre de commerce, c’est le service aux entreprises. Pour cela, il faut être dans la proximité, comme l’ex-CCI de Montpellier l’a fait en créant des permanences délocalisées. On va faire de même sur le Biterrois et le Sétois. Des permanences pourraient par exemple être créées à Frontignan, Bédarieux, dans les hauts cantons. Il nous faut mailler plus largement le territoire pour être au plus près des entreprises. On peut aussi aider au développement de parcs d’activités, comme cela m’a déjà été proposé à Olonzac, ou des Maisons d’Activité à Saint-Chinian par exemple. Sachant que la chambre de commerce reste un accompagnateur, un facilitateur et un producteur d’idées. »

Quel avenir envisagez-vous pour les grands équipements biterrois auxquels participe la chambre et notamment l’aéroport ?

« Sur Béziers, la question est : comment continuer sans vendre nos actifs, tout en ayant une chambre de l’Hérault en projection sur l’avenir ? C’est ce que j’ai appliqué à Montpellier lorsque je suis arrivé à la présidence de la CCI, avant de la réorganiser. Pour le transport aérien, je dis en préambule que je suis pleinement pour les deux aéroports. Nous sommes à 25-27 % de parts au capital. Et pour l’aéroport de Béziers comme pour celui de Montpellier, je dis qu’en actionnariat avec 25-27 %, on ne décide de rien. On est dans la décision, mais on ne maîtrise pas la décision. »

Pourquoi avez-vous annoncé lors de vos vœux  un retrait progressif du capital de ces structures ?

« Ce jeudi 2 février, une conférence de presse est organisée à Béziers au sujet de l’avenir de l’aéroport. Je dis que la CCI Hérault ne pourra pas continuer. On restera dans l’actionnariat, mais pas à la même hauteur. A Béziers comme à Montpellier, mais pour d’autres raisons. Ce n’est pas un désengagement, mais la question de la logique de cet engagement est posée. Quelle est la perspective de développement économique, et la CCI dispose-t-elle de recettes en face pour financer son engagement ? Les collectivités perçoivent globalement 2,50 euros de taxe d’hébergement par nuitée*. La CCI rien. Il est donc logique que ce soient les collectivités qui soient dans la dynamique économique des aéroports. Si les collectivités veulent continuer, et si elles souhaitent que la CCI les accompagne via son expérience
et son expertise, nous resterons en partie au capital. »

Il y a une différence d’approches entre les deux aéroports…

« A Montpellier, nous sommes à 25 % du capital, mais avec des retombées oscillant entre 200 000 et 300 000 euros que nous réinvestissons dans les flux touristiques après paiement de l’impôt. Là, la CCI est bien dans son rôle. Sauf qu’entre-temps, l’aéroport de Montpellier a lancé son intéressant projet 2020-2030, avec le souhait de voir les collectivités et les actionnaires s’investir et investir. La réalité est que la CCI ne peut pas investir à la hauteur des ambitions de ce projet. Si les collectivités veulent monter leur participation au capital, la CCI cédera là aussi une partie de ses parts, dans la mesure de la certitude des investissements et des engagements pris par les collectivités, et d’un accord clair entre la Métropole et la Région, sans oublier le Département. Il faut trouver un point d’équilibre entre ces acteurs. Une réunion doit être organisée dans ce sens par M. le préfet. Je n’ai pas d’idée précise sur la hauteur de l’actionnariat souhaitable pour la CCI. Mais je souhaite qu’elle reste dans la gouvernance. »

Vous avez évoqué lors de vos vœux des « groupes projets » à Béziers…

« Un groupe projet va travailler sur l’avenir du Parc des Expositions, l’objectif étant d’en faire un très beau lieu d’exposition, avec des partenaires ou non, en en cédant une partie ou pas… C’est tout l’objet de ce groupe de travail, qui doit rendre sa copie avant la fin du mois de mai. Les propositions seront alors présentées au bureau de la CCI. Idem pour l’aéroport Béziers – Cap d’Agde, et notre engagement ou désengagement de cette structure. Idem encore pour le futur siège de  la délégation biterroise. Les locaux actuels ont été cédés à la Ville, et nous devons légalement les quitter avant septembre 2018. Où doit-on s’implanter ? Je dois voir cet après-midi** le maire de Béziers sur ce point. La CCI dispose d’un plateau de 400 m² aménageables au CFA de Béziers, dont elle a la pleine propriété. C’est aussi une solution potentielle. Il est certain que l’on gardera un office consulaire en centre-ville de Béziers. Les analyses des groupes de travail seront remises fin mai. Nous prendrons alors nos décisions par rapport aux propositions faites par ces groupes de travail. »

Qu’est-ce que cela va changer pour les chefs d’entreprise sétois ou biterrois ?

« Tout en saluant le travail accompli par mes prédécesseurs et leurs équipes, avec la CCI de l’Hérault, Béziers et Sète vont changer de dynamique consulaire. Les actions intéressantes déjà menées par l’ex-CCI de Montpellier et qui fonctionnent bien, c’est-à-dire qui sont bénéfiques aux chefs d’entreprise, vont être déclinées à Sète et Béziers. Je pense au CIP, Centre d’information sur la prévention des difficultés des entreprises, au Centre de médiation, à Visio Commerce. Visio Commerce permet de faire connaître aux investisseurs en une journée le potentiel commercial et les projets urbains d’une ville… Les chefs d’entreprise et les commerces sétois et biterrois vont en bénéficier. A l’inverse, le salon d’affaires Intersud, qui met en relation des grands donneurs d’ordre industriels de Toulouse avec le bassin industriel de Béziers, et qui sera reconduit à Béziers, pourrait, sur certains secteurs d’activité, trouver une ramification à Montpellier. Pour un développement économique optimisé, il ne doit pas y avoir de freins ou de frontières. Dans le Bitterois et le Sétois, le chef d’entreprise disposera de tous les services de proximité traditionnellement assurés par la Chambre. Et comme je l’ai déjà indiqué, la dynamique supplémentaire viendra du déploiement de nouvelles permanences, avec sans doute la création de nouvelles antennes. Je pense aux hauts cantons notamment. L’idée est de créer un maillage de points CCI renforcé, avec l’aide des mairies et des intercommunalités qui souhaiteront accueillir une antenne sur leurs communes, comme nous l’avons fait à Montpellier avec Lunel. Et ça fonctionne très bien. »

Propos recueillis par Daniel CROCI le 31 janvier 2017

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* NDLR : avec 3,2 millions de nuitées pour l’hôtellerie, 8 millions de nuitées pour l’hôtellerie de plein-air (campings), 2,8 millions de nuitées pour les résidences de tourisme et les villages de vacances. Source : Saison touristique 2016, Hérault Tourisme, ADT
département de l’Hérault.

** le 31 janvier 2017.

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