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Chronique d’une catastrophe annoncée par Pierre ANTONMATTEI

Chronique d’une catastrophe annoncée Les électeurs agathois ont voté et le scénario du pire…

Chronique d’une catastrophe annoncée

Les électeurs agathois ont voté et le scénario du pire est arrivé : la reconduction d’un maire sortant avec 9 points d’avance sur son challenger (contre 3 en 2008), alors que son bilan calamiteux aurait dû lui valoir une sanction électorale exemplaire.  Pourtant, même en tenant compte d’un contexte national très défavorable, à savoir le grave discrédit du gouvernement, il aurait pu en être autrement.

Certes le résultat de la liste Agissons pour Agde (6,89%), soutenue par le Cactus agathois mais victime du vote « utile » – ou plutôt « supposé utile » selon nous – d’une bonne partie de l’électorat de gauche, a été nettement au-dessous de nos espérances. Au moins la liste conduite par Dominique Antonmattei a-t-elle été la seule à fusionner avec une autre liste de gauche, Vivre Agde ; la seule aussi à incarner une ferme opposition et une véritable alternative ; la seule enfin avec une tête de liste assumant ses opinions, en dépit du délabrement de la section PS d’Agde et de l’incapacité regrettable de la fédération PS de l’Hérault à y faire le ménage (exactement comme à Marseille, où l’inertie devant le cas Guérini a entraîné la réélection de Gaudin).

Pourtant, à Agde, au regard de la poussée de la droite au niveau national au premier tour (plus cinq points en moyenne), le résultat de d’Ettore au premier tour, en retrait d’un point sur son résultat de 2008, n’était pas extraordinaire. En dépit des lourdes pertes de la gauche, ici ou là, notamment à Avignon et dans un certain nombre de villes plus petites de la région, on a assisté à des victoires inattendues de celle-ci. Comment et pourquoi cela n’a-t-il pas été possible à Agde ?

C’est dès le premier tour que le scénario  de l’échec était engagé. Si Fabrice Mur, bénéficiant largement de sa notoriété et du réflexe de vote utile, a réalisé un score honorable (28%), il suffisait de voir sa mine et celle de ses partisans au soir du premier tour pour comprendre qu’ils étaient tombés de haut. C’est que naïvement ils avaient cru qu’il suffirait à Fabrice Mur de paraître pour « récupérer » ses 48,5 % du second tour de 2008.

Ils avaient oublié un point essentiel, c’est qu’on ne peut capitaliser des voix que si on réalise en permanence un travail d’opposant, notamment en conseil municipal. Or en l’occurrence, de 2008 à 2014, cette opposition « muriste » a été presque totalement passive, votant, sans murmurer (si on peut dire) les délibérations de la majorité municipale UMP ! Avec cynisme – ils ne s’en cachaient pas – les « muristes » comptaient, sans « s’être mouillés », tirer profit du travail que, quasi-seul, le Cactus agathois, avait fait en dénonçant les turpitudes et les absurdités de la majorité municipale. 

Dans la précampagne de premier tour, Fabrice Mur, faute de culture politique et  mal conseillé par des « communicants » qui n’étaient que des commerciaux de bas étage – a commis deux erreurs majeures :

Pendant de longs mois, il n’a pratiquement pas attaqué le maire sortant – auquel il fait d’ailleurs la bise chaque fois qu’il le croise -, lui adressant même un éloge particulièrement malvenu au sujet du projet de port fluvial, simplement parce que ses fameux communicants lui avaient dit qu’il fallait « paraître positif ». Ce n’est que dans son dernier tract, trois jours avant le deuxième tour, qu’il a changé de ton – trop tard à l’évidence. 

Comme de surcroît, sa pratique de campagne ne s’est pas différenciée vraiment de celle du maire (promettre tout et n’importe quoi et pratiquer le pire clientélisme à l’égard d’un certain nombre de communautés, c’est-à-dire s’appuyer sur des  leaders négatifs), il n’est pas tout-à fait étonnant qu’il n’ait pas mobilisé la gauche, comme en témoigne le fait que l’abstentionnisme ait été important au premier tour dans les bureaux de gauche, le seul bénéficiaire étant le Front National.

La deuxième erreur de Fabrice Mur a été de finir par ne plus rien incarner politiquement, si ce n’est l’opportunisme le plus flagrant, semblable à « la chauve-souris » de la fable de la Fontaine, tantôt  oiseau, tantôt souris ».

Au chapitre « tantôt oiseau », avec la complicité active du sénateur Navarro, ex premier secrétaire de la fédération socialiste de l’Hérault, mis en examen pour escroquerie au détriment de la dite fédération, il a infiltré ses partisans dans la moribonde section socialiste d’Agde de façon à empêcher l’investiture de Dominique Antonmattei par ladite section socialiste. Un autre avantage que Fabrice Mur a recherché et obtenu a été de bénéficier ainsi de l’avance financière du PS de l’Hérault pour sa campagne.

Après quoi, Fabrice Mur est passé très vite au chapitre « tantôt souris », oubliant non seulement toute référence au PS, mais en plus en faisant des tonnes en sens inverse, se présentant ouvertement comme un homme de droite, insérant dans sa liste quelques éléments de l’UMP à grand renfort de publicité, dont un ou deux sans doute envoyés en service commandé par le maire sortant.

Ajoutons à cela la bévue du tract anonyme de dernière minute sur le patrimoine de d’Ettore, qui, quelle qu’en ait été l’origine, a été une bêtise majeure, car ce genre de tract anonyme de dernière minute, sans aucune donnée chiffrée et sans preuve incontestable, ne pouvait jouer qu’en faveur du maire sortant.  

Résultat des courses, si Fabrice Mur a bénéficié du vote légitimiste de l’électorat PS (mais incomplètement, car Dominique Antonmattei, quoique non désignée par le PS, en a rallié une partie), il n’a en rien mordu sur l’électorat de droite comme le prouve l’addition de son score avec celui des vrais candidats de gauche, soit 38%, ce qui est l’exact niveau de la gauche à Agde, en période de « basses eaux » au niveau national. Au total, Fabrice Mur a perdu sur tous les tableaux au premier tour, réalisant un score trop étriqué pour avoir de bonnes chances de gagner au second tour.

Néanmoins, et malgré ses presque 16 points de retard au premier tour sur le maire sortant, il n’était sans doute pas totalement impossible de gagner au second tour. Mais pour cela il aurait fallu que Fabrice Mur joue à fond et immédiatement la carte de l’union des républicains. Mais le plus stupéfiant – preuve de son absence de sens politique – c’est qu’il a refait exactement la même erreur qu’en 2008.

On se souvient qu’en 2008, ayant devancé de 2 points et demi  Régis Passérieux au premier tour et alors qu’il aurait fallu à l’évidence qu’il prenne Passérieux sur sa liste pour pouvoir gagner au second tour (d’autant qu’en 2008 le vent était porteur pour la gauche), sous prétexte que sa liste a lui ne voulait pas de Passérieux, il n’avait pas voulu faire ce geste, ce qui, à l’évidence, lui a alors coûté la mairie !

Eh bien, en 2014 rebelote et même erreur. A l’inverse de la tradition de fusion des listes de gauche en France, il a bel et bien refusé de fusionner sa liste avec celle d’Agissons pour Agde, au prétexte que sa liste à lui ne voulait pas ! En plus, en mettant deux jours pour dire cela, deux jours pendant lesquels, sonné par son résultat du premier tour, il n’a pas relancé sa campagne !

 Cette erreur grossière a fait que le report des voix d’Agissons pour Agde (et bien que Dominique Antonmattei ait, malgré tout et non sans mérite, donné comme consigne de voter pour la liste de Fabrice Mur) n’a pas sans doute pas été parfait, comme il aurait pu l’être en cas de fusion. De plus, la dynamique de l’union, qui, seule, aurait pu faire sortir de chez eux et voter au second tour les 2000 abstentionnistes de gauche du premier tour, a été très insuffisante. Aucune utilisation n’a d’ailleurs été faite de la liste des abstentionnistes du premier tour qui avait été relevée par les « muristes » au premier tour !

Personne n’est d’ailleurs dupe des véritables raisons de Fabrice Mur. Avant même les résultats du premier tour il n’avait pas caché son intention de fusionner avec la liste d’Henri Couquet (qu’il voyait à tort, comme beaucoup de commentateurs du microcosme agathois au-dessus de 5%) et ne pas le faire avec celle de Dominique Antonmattei, choisissant de fait bel et bien le camp de la droite…

Toujours le même aveuglement de la part de Fabrice Mur, croire qu’il peut devenir maire d’Agde en tirant vers la droite, oubliant que les électeurs (de droite comme de gauche) préfèrent toujours l’original à la copie. La réalité c’est qu’il n’a pas voulu que Dominique Antonmattei siège au conseil municipal, parce qu’elle y aurait été une opposante autrement pugnace et efficace dans l’opposition qu’il ne pourra jamais l’être, tellement l’absence de conviction, de déontologie et tout simplement de caractère sont ses caractéristiques.

Une chose est sûre, pour une fois d’Ettore a eu raison sur un point, c’est de souhaiter avec constance que Fabrice Mur soit son adversaire au deuxième tour, car avec un tel challenger, on peut être sûr que son bail est assuré pour longtemps…   Mais nul ne peut tuer l’espérance, même à Agde !   

Pierre Antonmattei, directeur de publication du « Cactus Agathois »

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