Congrès IFEC : vers la spécialisation des experts-comptables

Organisé à La Grande-Motte les 5 et 6 juillet, le 29e congrès national de l’Institut français des experts-comptables et des commissaires aux comptes (IFEC) vise à dégager des pistes pour « réinventer le cabinet de demain ». Dans un contexte marqué par la montée en puissance du digital et des technologies du numérique, la définition d’une stratégie spécifique en amont et l’innovation font figures d’atouts majeurs. Elles devraient conduire vers la spécialisation des cabinets.

« Confrontés à de profonds changements au niveau des techniques et aussi à celui des lois, nous sommes réunis pour réinventer l’avenir, construire ensemble. L’IFEC a pour mission d’accompagner les cabinets, de mettre en avant les outils et les clés nécessaires à la réussite », avance Denis Barbarossa, le président de l’IFEC (lire l’interview HJE en ligne), lors de l’ouverture du 29e congrès national de l’Institut, en présence de très nombreux participants dont Philippe Lamouroux (lire l’interview HJE en ligne) le président du conseil de l’ordre des experts-comptables de la région de Montpellier.

Pour sa part, Philippe Masson, expert-comptable et commissaire aux comptes à Vienne (Isère) et rapporteur général du congrès, évoque sa propre expérience, qui l’a conduit, avec ses associés et ses collaborateurs, à devoir redéfinir la stratégie globale du cabinet : « A la suite d’un incendie ayant entièrement détruit les locaux, le matériel et l’ensemble des dossiers en novembre 2016, nous avons dû réagir sans délai. Il nous a fallu retrouver très vite des locaux et lancer la réflexion en intégrant toutes les variables (humaines, financières, techniques, clientèle…) afin de penser en amont notre ligne d’action générale et de définir les outils dont nous avions besoin ».

Rupture dans l’écosystème

Convié à plancher devant les experts-comptables et les commissaires aux comptes, Frédéric Fréry, professeur de management à l’ESCP Europe, souligne les profonds changements intervenus dans le monde économique au cours des vingt dernières années. Il insiste sur le caractère étonnant des bouleversements : « Le succès passé n’implique pas le succès futur. Ne pas s’adapter à la rupture s’avère mortel, y compris pour les grands intervenants ». L’évolution est très rapide. A titre d’exemple, tous les grands de la photographie de l’an 2000 ont été supplantés, et en 2016, on retrouve Sony et Panasonic comme leaders en ce domaine, en raison du triomphe du numérique. Puis avec les photos par Smartphone ou Iphone, Apple et Samsung prennent le relais. Et aujourd’hui, celui qui gagne le plus d’argent au monde avec les photos est le réseau social Facebook.

Quand les plateformes numériques jouent la confiance

Les dernières années sont marquées par la montée en puissance de petites sociétés créant des plateformes numériques sur le réseau Internet. Tel est le cas d’Uber (qui compte seulement 50 salariés), Blablacar (350 personnes), Leboncoin (400 personnes), Airbnb… Malgré leurs effectifs réduits, leur chiffre d’affaires monte très rapidement. Parmi les nouveaux géants figure Netflix, qui occupe désormais 40 % du Web. Frédéric Fréry analyse : « L’entreprise classique, avec ses actifs et ses salariés, est concurrencée par des plateformes numériques…   

 

Logo HJEpourlesite 1 Article publié dans son intégralité dans votre espace abonné et dans notre édition print du jeudi 12 juillet 2018, Hérault Juridique & Economique n°3211.Abonnement

 

 

…mettant en relation des prestations et des clients qui s’évaluent mutuellement. Leur succès tient au lien de confiance qu’elles créent ». A titre d’illustration, Blablacar a su proposer une nouvelle forme d’autostop, mais dans une relation de confiance, et aussi comme service payant.

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De gauche à droite : Pascal Castanet, président de la section Languedoc-Roussillon de l’IFEC et commissaire général du congrès ; Denis Barbarossa, président de l’IFEC ; et Philippe Lamouroux, président du Conseil de l’ordre des experts-comptables de la région de Montpellier. © HJE 2018, Yves Topol.

 

Adopter une posture d’innovation stratégique

Un tel monde fait aujourd’hui d’incertitudes oblige les experts-comptables à définir une stratégie en se projetant vers le futur. « Mais se fonder sur le passé pour anticiper l’avenir n’est pas pertinent, prévient Frédéric Fréry. Etablir un plan et s’y conformer en permanence ne sert à rien. Car les plans enferment. »

En revanche, il est nécessaire de se poser trois questions-clés qui fondent les trois piliers de la stratégie : 1- Quelle valeur je crée pour mes clients, au-delà des coûts du service que je lui rends ? 2- Quel doit être le périmètre de mon action (zone géographique d’intervention, clientèles cibles, types de services à proposer), sachant qu’il faut éviter un trop grand éclectisme ? 3- Quel est mon avantage concurrentiel et donc quelle différenciation créer par rapport à mes concurrents (par exemple augmenter le prix plus que le coût ou à l’inverse réduire le coût plus que le prix) ? Frédéric Fréry précise : « La différenciation oblige à choisir une offre de référence, et celle-ci doit être attractive, rentable et difficilement imitable ».

Transformer les idées en factures

Créer une différenciation est bien, mais non suffisant. Encore faut-il la protéger dans le temps ; cela passe par l’innovation. « Mais attention ! Il ne faut pas confondre la créativité, qui est le lancement d’idées nouvelles, et l’innovation, qui consiste à transformer les idées en factures » prévient Frédéric Fréry. La mise en place d’un service de recherche et développement n’est pas nécessairement la solution. Pour valoriser au plus vite, on peut copier ce qui existe déjà ailleurs et le transposer ou combiner différents éléments existants – ce fut le cas d’Apple avec le lancement en 2007 de l’Iphone 1, créé à partir d’anciennes fonctionnalités optimisées –, ou encore transformer des services en bien – ce fut le cas de la box pour les services informatiques.

Réflexion sur une spécialisation par secteur d’activité

Dans le prolongement de l’exposé de Frédéric Fréry, on peut avancer que la mise en place de stratégies spécifiques par les cabinets d’expertise comptable conduira à une diversification des pratiques. Denis Barbarossa confirme que la réflexion est déjà nettement engagée au Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables en ce domaine : « Au-delà des compétences des experts-comptables reconnues par le marché en raison du caractère réglementé de cette profession, le Conseil supérieur fait en sorte de mieux identifier les compétences des uns et des autres afin de répondre au mieux aux besoins du marché. La création de spécialisations par secteur d’activité est ainsi nettement envisagée ». A l’avenir, on pourrait ainsi voir des experts-comptables spécialistes de la pharmacie, de la boulangerie ou encore des sociétés engagées dans les TIC (technologies de l’information et de la communication)…

Confiance et performances, des atouts pour plus d’efficacité

Le président de l’IFEC souligne également : « la confiance est effectivement très importante, puisque nous sommes au cœur des flux des entreprises. En disposant des données dans leur acquisition et dans leur traitement, nous sommes plus pertinents dans l’analyse. La profession doit donc aujourd’hui déployer des innovations pour faire en sorte que les experts-comptables soient reconnus non seulement pour leurs compétences, mais aussi comme acteurs de confiance et de performance pour l’entreprise. Avec une meilleure maîtrise demain de l’information financière et de son anticipation, nous pourrons accompagner différemment nos clients, de façon beaucoup plus pratique. C’est là que s’inscrit notre rôle de conseils ».

Le client pourra alors être pleinement satisfait de l’achat du service de son expert-comptable. Au-delà de l’établissement d’un bilan juste qui le satisfait mais ne fait pas progresser son business au quotidien, l’anticipation des besoins en structure ou de l’amélioration de la rentabilité lui procurera une réelle valeur ajoutée.

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