Culture et territoires : conférence sur l’avenir des politiques culturelles au TMS

Reportage

À l’occasion de la sortie du livre Pour une politique culturelle renouvelée, co-écrit par Jean-François Marguerin et Bernard Latarjet, le théâtre Molière de Sète a organisé un débat et une table ronde animés par Emmanuel Négrier, chercheur au CEPEL.

Les échanges furent riches et constructifs. Michel Roussel, directeur régional des Affaires culturelles, Claire Fita, Vice-Présidente de « Culture pour tous, patrimoine et langues régionales » à la Région Occitanie, Nicolas Dubourg, Directeur du Théâtre la Vignette et Président du Syndeac, Élise Armentier, Co-Directrice de l’association Bouillon Cube, tiers lieu culturel au Causse-de-la-Selle, et de Fabrice Manuel, chargé du développement et du suivi des projets culturels de la Ville de Sète ont participé à la table ronde. Le lien entre politique de territoire et politique culturelle ne fait aucun doute. Reste à définir ce que l’on met derrière la notion de « territoire ».

La base du débat, le livre Pour une politique culturelle renouvelée

Jean-François Marguerin a mené une carrière d’administrateur au ministère de la Culture. Il a, par ailleurs, dirigé l’Institut français de Casablanca, ainsi que le Centre national des arts du cirque. Il préside aujourd’hui le conseil d’administration de la scène nationale de Sète et de plusieurs compagnies de théâtre.

Dans cet ouvrage, Jean-François Marguerin et Bernard Latarjet posent les conditions d’un renouvellement de la politique culturelle et montrent que cette réforme « n’est pas utopique, qu’elle peut être pensée et mérite d’être réalisée ». Le livre explique que « la culture n’est plus un enjeu électoral alors qu’elle le fut dans les décennies passées. Elle courrait un danger mortel à ne devenir qu’un débat d’initié. Cet ouvrage dépasse le simple constat des limites et impuissances des politiques publiques dans la mise en œuvre de la démocratisation culturelle. » Le livre est construit autour de 13 récits, ce qui ancre la réflexion sur les réalités professionnelles du monde de la culture. Il fournit des chiffres et a analysé des rapports sur les nouvelles pistes de ressources pour la culture.

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Le point de vue de l’auteur sur les politiques culturelles

Jean-François Marguerin interroge : « est-ce qu’aujourd’hui la politique culturelle doit-elle être forcément urbaine ? Ce qui se passe aujourd’hui avec le phénomène de la métropolisation, les métropoles tirent vers le haut par une dynamique multifactorielle les populations et les territoires interstitiels sont en perte de vitesse. Dans cet ouvrage, lorsque nous abordons la notion de territoire, nous parlons de ces territoires éloignés des cœurs urbains qui ne bénéficient pas de l’ensemble de l’offre culturelle et artistique. Car nous parlons de cette approche territoriale, c’est de cet impératif d’équité entre le bien servi et le mal servi ou le pas servi du tout dont il s’agit. »

Sur la question des droits culturels pour refonder les politiques culturelles, Emmanuel Négrier interroge l’auteur, lequel répond « sur ce mouvement des droits culturels, la vraie question c’est l’opérationnalité : le paradigme a changé dans l’efficience, dans l’action de ceux qui ont en charge la politique culturelle. Si ce mouvement rencontre un tel succès, il y a eu un lobbying auprès des sénateurs : c’est la traduction de l’interrogation que portent beaucoup d’acteurs, d’élus, de responsable de service culturel, sur cette forme d’être décontenancé sur l’évidence que la démocratisation d’accès aux œuvres a largement atteint ses limites. Ses bénéficiaires restent très largement les mêmes CSP, CSP plus qu’au début même de ce grand mouvement émancipateur. » Jean-François Marguerin précise que « ce livre est une contribution au débat, c’est un livre fait de convictions, et pas de certitudes. »

L’auteur partage son point de vue sur l’éducation artistique et culturelle : « si cette éducation était ce qu’elle devrait être, je dirais des choses différentes sur le droit culturel. Si nous étions dans une liberté du choix, une équité du choix. Si l’on veut qu’il y ait processus d’éducation, c’est un volume suffisant d’activités dans l’année. Ce sont aussi des cohérences de progression au cours de l’année et d’une année sur l’autre. Et je pose la question : c’est quoi une éducation artistique ? Plus on dira à un chef d’établissement : le professeur de mathématiques fait un petit truc sur l’épistémologie des mathématiques, c’est de l’éducation culturelle, pourquoi aller chercher un artiste ? C’est là le piège : qu’est-ce que serait une éducation qui ne serait pas culturelle ? Il faudrait donc revenir à une éducation artistique. »

Les territoires au cœur du renouvellement des politiques culturelles

Claire Fita, Vice-Présidente de « Culture pour tous, patrimoine et langues régionales » à la Région Occitanie, précise que « la Région est en train de réinterroger, de consulter, de rencontrer, des porteurs de projet et des personnes qui ont réfléchi, fait des bilans et se sont projetés. » Elle présente deux convictions : « éducation et culture sont les deux piliers de notre pacte républicain. Il n’y a pas de liberté, pas d’égalité, pas de fraternité sans l’école, sans le récit commun, sans le partage d’émotions. La 1re orientation de notre stratégie culturelle à la Région : émanciper, notre fil rouge c’est l’oralité, la parole retrouvée. La 2e conviction, encore à l’état de proposition, c’est que nous avons besoin d’une république des territoires. Je suis pour la décentralisation et je suis convaincue de l’importance de la déconcentration. Ces méthodes mettent le territoire au cœur des politiques publiques. Les territoires sont de formidables vecteurs de renouvellement des politiques culturelles, des laboratoires d’expérimentation, d’inspiration. Nous avons, à la Région, appelé les nouveaux lieux les relais culturels. Nous portons une culture partout et pour tous. Ces relais culturels n’ont pas vocation à être un nouveau label, mais doivent provenir des propositions du territoire, d’individus qui portent un concept qui va dépasser nos cases administratives. Après notre concertation régionale, notamment avec les jeudis de la culture, l’étape suivante, c’est de commencer une tournée départementale : nous apprendrons à nous connaître, nous croiserons nos objectifs et nos niveaux d’intervention, pour définir une stratégie partagée, construire un pacte territorial et permettre l’expression de la démocratie culturelle. »

Les « 3D » de Michel Roussel, directeur régional des Affaires culturelles, sont basés sur un récit de territoire : « le territoire de la Drac est le territoire national, nous mettons en œuvre la politique nationale. La politique culturelle depuis ses origines, c’est une politique de co-construction. Les ‘3D’: une décentralisation, depuis 1981 des prérogatives ont été transférées aux collectivités, même si nous revenons sans cesse à l’État. La déconcentration, elle va avec la décentralisation. Le 3e ‘D’, c’est la différentiation : reconnaître qu’il existe des territoires différents, qu’en Bretagne et en Occitanie, l’histoire n’est pas la même. En Bretagne, ils échangent et débattent depuis 1 000 ans. En Occitanie, nous avons 6 ans d’histoire commune. On ne peut pas travailler de la même façon, on ne peut pas, comme le dit Mme Delga, avoir le même ‘récit de territoire’. » Le Directeur régional précise les 3 axes des actions de la Drac : « la réduction des inégalités territoriales, donc nous avons une politique de différentiation. La deuxième inégalité, c’est la question de la périphérie et du centre. Le dernier axe est relatif aux territoires imaginaires : quels sont les gens qui vont le moins au spectacle ? Nous accompagnons beaucoup certains publics. Cela crée une inégalité de l’ordre de l’imaginaire. Le fameux ‘ce n’est pas pour moi’, est un axe de travail très important, car il ne concerne pas forcément ceux à qui l’on pense. »

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Élise Armentier, Co-Directrice de l’association Bouillon Cube, tiers lieu culturel au Causse-de-la-Selle, a témoigné sur son expérience de territoire : « nous souhaitons, avec notre expérience, illustrer en quelque sorte cette culture renouvelée. Depuis la création de notre association en 2006, nous sommes clairement dans un projet de renouvellement de la culture, car nous avons choisi de nous installer dans une commune rurale, 350 habitants. Nous sommes dans « l’arrière-pays », notion péjorative. Nous avons voulu décloisonner, montrer que les choses sont possibles en dehors des centres urbains. Nous proposons quelque chose de différent, notre lieu est atypique, en plein air avec une programmation adaptée et accessible à tous les publics. Depuis le début, nous sommes un tiers lieu culturel : un axe jeunesse, un axe Europe et un axe culture ave la notion de transversalité entre ces axes. »

Nicolas Dubourg, directeur du Théâtre la Vignette et Président du Syndeac, revendique « que notre secteur est le représentant du service public des arts et de la culture. Nous défendons des politiques d’intérêt général, portées par les institutions publiques. Quand on pense le territoire, on le pense sous un angle administratif et juridique. C’est un découpage plus ou moins large d’une quantité administrative. À cette notion très administrative, juridique, il y a une possibilité de renouvellement si on se déplace vers une notion de territorialisation. Cela consisterait à penser le territoire comme catégorie sensible, à partir de ce que l’individu est capable de vivre et de ressentir. Du coup, la question se pose de savoir qui fabrique le territoire ? L’État ou l’ensemble des acteurs d’un territoire qui vont s’interconnecter ? On voit des manières d’agir qui sont territorialisées du point de vue de l’expérience des individus. Si on part là-dessus, on a un problème fondamental : les acteurs font de l’horizontalité, et ceux qui en font le moins, ce sont les échelles de gouvernance. Nous avons besoin d’outil de coopération entre les niveaux de gouvernance. Cette coopération ne doit pas se faire entre les petites structures, mais entre échelons de gouvernance. Et je rajoute que les politiques culturelles ne pourront se développer que dans une absence de compétition. On doit aller vers des logiques d’expérimentations. Ce que l’on doit essayer de repérer, c’est en quoi un projet culturel invente un nouveau territoire : les artistes et les acteurs culturels sont les seuls à pouvoir u=inventer de nouveaux territoires. »

Fabrice Manuel, chargé du développement et du suivi des projets culturels de la Ville de Sète, a retenu une analyse en lisant le livre : « la culture qui unit. Vous avez beaucoup parlé de la fragmentation qui existe aujourd’hui, de l’individualisme. J’ai eu envie de retenir cela. L’unité qu’apporte la culture, le fait culturel, est un élément, cette unité de projet, se retrouve à travers le faire ensemble, le vire ensemble. Je suis né d’une aventure associative dans un village de 1000 habitants où j’ai créé une fête avec du jazz improvisé. Le succès de cette manifestation pendant quelques années a permis de payer des fêtes votives et des bals. Tout cela pour unir des habitants, des personnes qui se sont engagées dans un fait culturel, sans jamais avoir entendu une seule note de jazz pour 80% d’entre-elles. Tout cela a unifié la ville. Un nombre incroyable de gens en France réussissent ce genre de chose : inventer des choses culturelles et réunir. La question c’est comment travailler sur une unité géographique et territoriale ? Aujourd’hui, l’aventure de la capitale européenne de la culture, Sète Montpellier, on joue pour gagner. Mais ce qui est important, c’est comment on arrive à faire travailler les gens ensemble, toutes les collectivités en 2 mois ont dit banco sur un projet issu de la culture. Cela veut dire qu’il y a une volonté politique partagée. C’est une dynamique, c’est un projet perpétuel. Ces moments de partage de projets feront la fabrique du territoire. »

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