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Droit

De quelle crise parle-t-on ? ( Deuxième partie ) par Christian JOVIADO

 De quelle crise parle-t-on ?     Elle est à toutes les sauces médiatiques, économiques et politiques. Elle sert non pas de condiment, mais d’excuse et/ou de prétexte relatifs à des erreurs, à la non-concrétisation d’engagements, à la non-atteinte d’objectifs, au non-respect de priorités, à nos problèmes économiques…. On nous annonce, même, une inéluctable récession. Auparavant […]

 De quelle crise parle-t-on ?

 

 

Elle est à toutes les sauces médiatiques, économiques et politiques. Elle sert non pas de condiment, mais d’excuse et/ou de prétexte relatifs à des erreurs, à la non-concrétisation d’engagements, à la non-atteinte d’objectifs, au non-respect de priorités, à nos problèmes économiques…. On nous annonce, même, une inéluctable récession. Auparavant la faute incombait à la mondialisation et/ou à l’Europe. Il semblerait que nos courageux décideurs préfèrent désigner des boucs émissaires, que de plaider coupable ! A fortiori lorsqu’il s’agit d’entités. Il y a pourtant derrière ces paravents d’opacité des personnes physiques. Dans notre pays agathois, les politiques sont des hommes de terrain qui sont bien connus des populations de proximité. La plupart pratiquent une véritable concertation pour faire vivre la démocratie. Le flou, le manque de transparence, les mensonges, les affaires, viennent plutôt des hautes sphères du pouvoir. Quoique. Avant de chercher pourquoi nous en sommes arrivés là, quels sont les responsables, et comment s’en sortir, posons-nous la question : de quelle crise parle-t-on ?

 

 

 

— DEUXIEME PARTIE —

 

Situation dans la zone euro

 

En Europe, la crise arrive plus tard qu’aux Etats-Unis. Juillet 2007 outre-Atlantique, premier trimestre 2008 de ce côté-ci. Comme là-bas, ce sont les banques les premières touchées. A cette différence près que les taux pratiqués depuis plusieurs années, sont plus élevés en Europe. Où, la Banque centrale (BCE) a pour mission de lutter contre l’inflation et non de stimuler la croissance (mandat de la Fed). De plus le système bancaire européen, notamment en France, est complètement différent. Les prêts aux ménages sont accordés, on l’a vu, avec une meilleure appréciation du risque. Donc plus difficilement pour les emprunteurs. Et ils sont consentis sur de plus longues durées : quinze à vingt ans, voire plus. En outre, contrairement aux USA, les établissements de crédit européens disposent de l’épargne de leurs clients (particuliers et entreprises). C’est-à-dire, d’un important gisement de ressources, dont ils peuvent transformer un quota en prêts. Lesquels sont proposés, sur du long terme, à une entreprise pour financer ses investissements, ou à un particulier pour accéder à la propriété. Pour ce faire, ils disposent d’un contingent de dépôts à court terme (placements à vue). Cette technique est appelée ‘’transformation financière’’. Elle  désigne tous les procédés visant à rapprocher les deux horizons de temps. Par ailleurs, les banques peuvent aussi s’approvisionner sur le marché interbancaire au jour le jour. Plus les taux sur ce marché sont bas, plus sont facilités les échanges interbancaires et plus circulent de liquidités dans l’économie réelle. 

 

La crise de défiance et celle de liquidité

 

On l’a vu précédemment (cf. première partie) la titrisation a débuté aux USA dans les années 70. Elle a connu une forte évolution, en Europe, depuis la fin des années 90. Elle s’est étendue par la suite à plusieurs types de créances. Par la combinaison de l’économie de marché et de la mondialisation, y compris de la concurrence internationale, les grandes entreprises, dont les banques, sont en permanence en conquête de marché. Elles cherchent à renforcer leur puissance financière, accroître leur pied de bilan, pour se développer. Ainsi, la BNP Paribas, détient des actifs qui représentent à eux seuls le PIB de la France (2000 milliards d’euros). Ces banques européennes, dont la BNP fait partie, ont vu le marché immobilier se retourner aux USA. Et en même temps, elles ont eu connaissance des pertes massives assumées par les banques américaines. Or, en 2008, nul ne connaissait la réalité des engagements pris mais en mesurait les risques encourus. Dès lors, chacune s’est repliée sur elle-même. Plus personne ne prêtait plus rien à personne. Parce que la faillite menaçait toutes celles qui avaient acheté ces ‘’produits toxiques’’. Ce refus de se prêter de l’argent a provoqué une crise de liquidité. Simultanément, la communication médiatique amplifiait les informations et les rumeurs. Conséquence. La défiance s’est instaurée au sein des populations qui se sont affolées, craignant pour leur épargne. Cette contamination peut être qualifiée de crise de défiance. Autre différence importante en Europe, et particulièrement en France, contrairement aux USA, le taux d’épargne est important. Il est de l’ordre de 15% en Europe, et plus de 17% en France. Soulignons cette vertu qui consiste à dépenser moins que ce que l’on gagne. Précisément en période de crise. N’est-ce pas là une matérialisation de l’esprit de civilisation, ou quelque chose d’équivalent ? En France le stock d’épargne couvre largement le montant de l’endettement public qui s’élève à un montant d’environ 1700 Md€ (milliards d’euros). Si tous les déposants retiraient, en même temps, leurs fonds de réserve, notamment leurs placements à vue, l’hémorragie induite pourrait provoquer une ‘’apoplexie économique’’ similaire à la crise de 1929. C’est ce qui s’est passé ponctuellement, en février 2008, au Royaume Uni. L’action de Northern Rock, la huitième banque britannique, mise en difficulté par la crise des marchés financiers, a poursuivi son effondrement à la Bourse de Londres. Le 17 septembre 2007, son cours a chuté de 29 % par rapport à la clôture de la séance précédente. Jour durant lequel, avec l’accord du gouvernement britannique, la Banque d’Angleterre lui avait porté secours. L’intervention de cette dernière est si rare, qu’un vent de panique a soufflé sur les clients de ladite banque. Lesquels par centaines ont fait des heures de queue, dans ses différentes agences, pour récupérer leurs économies. Paradoxe. La Banque d’Angleterre, se voulant rassurante, avait rappelé, par médias interposés, qu’elle n’accordait son soutien qu’aux établissements “solvables”. D’où la panique des épargnants de la Northern Rock. Laquelle finit par être nationalisée pour éviter la faillite. Pendant l’année 2008, une banque allemande de financement des PME, IKB, est d’abord recapitalisée par l’équivalent de la Caisse des Dépôts allemande avant d’être bradée à un fonds américain qui a, en plus, bénéficié de la garantie de l’Etat allemand à hauteur de 600 Millions de dollars (???). 

 

L’implication des Pouvoirs Publics aux USA

 

La crise financière a débuté, on l’a vu, au cours de l’été 2007 avec la crise des subprimes aux Etats-Unis. Laquelle y a provoqué une érosion financière du capital des banques. Les évènements vont se précipiter lorsque la Maison Blanche décide de laisser la Banque Lehman Brothers faire faillite. Ce jour-là, le 15 septembre 2008, le Dow Jones s’écroule. Il s’agit de la plus grande banqueroute de l’histoire outre-Atlantique. La symbolique est très forte. La panique s’empare alors des marchés et des banques américaines. Les deux seules grandes banques d’investissement, Morgan Stanley et Goldman Sachs, qui n’ont pas encore chuté, voient leur cours s’effondrer. Conséquence. La liquidité est gelée. Donc : pas d’échange interbancaire. L’économie est au bord du gouffre. Il faut agir vite. Les deux établissements précités demandent à changer de statut pour pouvoir bénéficier du refinancement de la Fed. De son côté, l’Etat américain annonce un plan de redressement de 700 Md€. Son but : acquérir des actifs toxiques américains. Deux autres plans, Paulson 2 et 3, ont radicalement modifié la finalité de leur opération. Prenant exemple sur le gouvernement suédois qui a dû sauver son système bancaire, en 1992, le Trésor fédéral a pris une participation dans le capital des institutions financières les plus en danger, augmentant ainsi leurs liquidités[

 

Rappel

 

En 1991 et 1992, une bulle immobilière, survenue en Suède a eu pour cause, notamment, le surendettement des ménages peu solvables. Autrement dit des conditions similaires à celles de la crise des subprimes, et ses effets induits : l’enchaînement des différentes crises identifiées dans la première partie de l’exposé (cf. ‘’La crise du risque’’). Le gouvernement suédois a pris certaines mesures correctives. Il a garanti les dépôts des cent quatorze banques du pays. Il a pris en charge les mauvaises créances en contrepartie d’une prise de participation en actions ordinaires, les banques devant inscrire les pertes encourues. Les actionnaires ont perdu leurs placements, mais les détenteurs de valeurs mobilières ont été épargnés. Deux banques, Nordbanken et Gota Bank, ont été nationalisées. Enfin, ledit  gouvernement a créé une agence nationale de supervision bancaire, la Bank Support Agency, pour recapitaliser les banques fragilisées. Au terme de l’opération, malgré la mise en œuvre desdites mesures, l’État suédois aurait perdu environ 4% de son PNB.

 

L’implication des Pouvoirs Publics en Europe

 

Après les plans de l’Etat américain, la contagion s’est propagée dans toute l’Europe. Et, cette fois-ci, ce ne sont pas seulement les banques qui ont été affectées, mais les Etats eux-mêmes. La France, la Belgique et les Pays-Bas ont injecté plus de onze milliards d’euros pour refinancer BNP Paribas. La HRE, banque hypothécaire allemande, est à son tour touchée. Elle bénéficiera d’une garantie totale de cinquante milliards d’euros. Une autre banque hypothécaire britannique en difficulté est pour partie nationalisée et pour partie cédée à la banque Santander. Il s’agit ici de mesures tendant à recapitaliser les banques. Au Royaume-Uni, l’Etat est entré dans leur capital et, en contrepartie, a supprimé le versement de dividendes aux actionnaires. En outre, il contrôle dorénavant le montant des rémunérations de leurs dirigeants. « Et la France, qu’a-t-elle exigé en contrepartie ? », interrogeait, à la cantonade, un de mes voisins Viassois. « Qu’on lui prépare de grands discours, qu’ils soient bien relayés par les médias, et que l’on continue à la voir grande depuis l’étranger ! », lui rétorqua un Francilien de passage. No comment. Le cas de Dexia (ex Crédit local de France) devenue banque franco-belge des collectivités territoriales, mérite que l’on s’y attarde un peu. Retenons, notamment, que la crise financière d’origine privée (banques) a impacté les Etats, et donc les deniers publics (fruits des prélèvements obligatoires, dont l’IRPP). Nous reviendrons sur l’état des déficits et de l’endettement de la France.  

 

La contamination des collectivités territoriales

 

Les banques européennes ne se sont pas contentées d’acheter des subprimes sous la forme de titres négociables, pour elles et leurs clients (personnes physiques et morales). Elles ont inventé des offres complexes à risque, puisque à taux variable indexé, qui présentaient de faibles échéances les premières années. Et ce, dans un but d’accroche commerciale. Selon la Cour des Comptes, les montants souscrits ont été très importants. Pour les collectivités territoriales, ils sont évalués aux environs de 12 Md€. Ces emprunts ‘’toxiques’’ impactent le niveau des frais financiers de 40 à 45% des communes (cf. Le rapport de la Cour des Comptes sur la dette publique de juillet 2011). Laquelle instance relève, entre autre, la souscription d’un prêt de dix millions d’euros, sur une durée de vingt ans, indexé sur la parité euro- franc suisse. Valeur d’échange qui cotait 1,6541 le jour de la signature du contrat (29 juin 2007). Les quatre premières années, le taux du prêt était garanti à 2% (échéances constantes). Ensuite, il suivait l’évolution de ladite parité jusqu’à son terme. Une estimation a été réalisée le 16 février 2011, jour où le cours de l’euro était de 1,3042 : le taux du prêt est passé de 2 à 17,95%. Dans cette opération la banque aurait gagné 300 000 euros, alors que la collectivité locale pour rembourser par anticipation la totalité de son prêt, aurait dû débourser vingt millions d’euros, dont douze de pénalités. Soit le double du montant emprunté. Oui, dans cet univers, tout est possible ! Courte genèse de Dexia.                                                                                                                                                                                                                                                          

 

Le contexte

 

Avant la loi de décentralisation de 1982 par l’Héraultais, Gaston Defferre, l’Etat finançait les collectivités territoriales par l’intermédiaire du Crédit Local de France (CLF). Lequel faisait  suite à la création, en 1966, de la Caisse d’aide à l’équipement des collectivités locales (CAECL). Le CLF, créé en 1987, intervenait sous la tutelle de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Le Préfet exerçait, alors, son droit de contrôle sur les prêts consentis à ces collectivités. Après 1982, la dérèglementation a supprimé ce contrôle et a permis auxdites collectivités, d’emprunter chez l’établissement financier de leur choix. Quant au groupe Dexia, il est le résultat de la fusion, en octobre 1996, du CLF et du Crédit communal de Belgique (CCB). Il rassemble deux holdings, Dexia France et Dexia Belgium, qui détiennent chacune 50% de CLF et de CCB. 

 

Dexia

 

La gouvernance du groupe n’a jamais vraiment fonctionné, tiraillée entre les communes belges et le gouvernement français. Cependant, certains patrons ambitieux ont développé le groupe en Espagne, en Turquie et aux Etats-Unis. Simultanément, Dexia se lance dans la conquête de marché en proposant lesdites offres complexes, à risque (cf. supra) à des collectivités locales. Lesquelles ont amélioré leur solvabilité, notamment, en réduisant leur endettement. Pour les aider dans cette démarche Dexia leur propose, comme ses concurrents (Caisse d’Epargne, Crédit Agricole), de renégocier leurs prêts en cours d’amortissement. Les offres étaient alléchantes. Le marketing a su les habiller de façon fort habile (c’est son métier), notamment, en termes d’approche : ‘’gestion active de la dette’’. Laquelle a été proposée, par la suite, deux fois par an, avec naturellement une marge conséquente à la clef. On connait le résultat de cette commercialisation de ‘’subprimes à la française’’. Le conseil général de la Seine-Saint-Denis, le maire d’Unieux, ainsi que d’autres élus, pourraient témoigner de leur déconvenue. En 2000, Dexia a réalisé deux acquisitions qui s’avéreront désastreuses. Il rachète aux Etats-Unis, pour 2,7 Md€, la FSA. Opération représentant plutôt un rêve de grandeur qu’une capacité de gérer les risques associés au marché américain. Cette société appelée ‘’rehausseur de crédit’’ est devenue au fil des années un mastodonte de l’assurance de titres financiers. La FSA a été vendue en pleine crise (2008) au quart de sa valeur d’acquisition. Mettant déjà Dexia en difficulté. Dans le cadre de cette transaction, le groupe a continué à assumer le risque de certains actifs toxiques qui ont agi comme une bombe à retardement. Par ailleurs, toujours en 2000, Dexia rachète la Banque néerlandaise Labouchère. Quelques années plus tard, un scandale va lui coûter plusieurs milliards d’euros (Md€). Il s’avère que ladite banque a conseillé à un grand nombre de ses clients, d’acheter des actions à crédit. Le krach de 2001-2002 les a ruinés. En septembre 2008, en pleine panique financière faisant suite à la faillite de Lehman Brothers, la Belgique, la France et le Luxembourg volent au secours de Dexia. Ils annoncent le renflouement du leader mondial du financement des collectivités territoriales à hauteur de 6,4 Md€. La France intervient à hauteur de 3 Md€, dont deux provenant de la CDC. Le 7 octobre 2008, Jean-Luc Dehaene est élu président du conseil d’administration et Pierre Mariani devient administrateur délégué du groupe. Ils obtiennent 150 Md€ de garanties publiques, dont 90 de la Belgique et 55 de la France. En février 2009, Dexia clôt son exercice 2008 sur une perte nette dépassant de 3,3 Md€ le montant prévu. Selon les derniers chiffres, Dexia avait 6,9 Md€ de fonds propres pour 517 Md€ d’actifs. Les actionnaires sont ruinés et nul ne prédit que l’action pourrait encore avoir de la valeur ultérieurement. Quant aux collectivités locales, beaucoup d’entre elles sont dépitées car Dexia les a incitées à souscrire des emprunts en francs suisses pour profiter du différentiel de taux de change. Seulement la valeur du franc suisse s’est envolée, et le poids des emprunts s’est avéré insupportable pour elles. Dès lors, Bruxelles ouvre une enquête approfondie sur la restructuration de Dexia. On en connait la suite : son démantèlement communiqué ces jours-ci par la presse …

 

 

 

 

 Après avoir publié deux parties de cet essai de vulgarisation, il reste à vous soumettre la problématique des déficits et de la dette publique des Etats européens. En focalisant sur la situation de la France. Cette dernière partie vous sera proposée la semaine prochaine. Nous avons identifié et qualifié une dizaine de crises qui s’imbriquent les unes aux autres. Nous avons pu différencier la nature des évènements outre-Atlantique et en Europe. Si nous n’avons pas pu lever l’inquiétude de nos concitoyens du Pays agathois, peut-être les aurons-nous un peu mieux éclairés sur ses causes. Nous conclurons en proposant certaines mesures correctives qui apparaissent indispensables à ceux qui essayent de tirer des enseignements des erreurs passées. 


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