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Culture & Loisirs

Décryptage des rapports entre l’être humain et la machine, à la Panacée (Montpellier)

A Montpellier, une belle exposition, mêlant la science et l’art au travers d’objets scientifiques et d’œuvres datant de plusieurs siècles ou créés cette année, vient de débuter à la Panacée, et se terminera le 28 février 2016. L’occasion de réfléchir aux rapports que nous entretenons avec les machines.   Extrait de l’article publié dans l’Hérault […]

A Montpellier, une belle exposition, mêlant la science et l’art au travers d’objets scientifiques et d’œuvres datant de plusieurs siècles ou créés cette année, vient de débuter à la Panacée, et se terminera le 28 février 2016. L’occasion de réfléchir aux rapports que nous entretenons avec les machines.

 

Extrait de l’article publié dans l’Hérault Juridique & Economique du 3 décembre 2015.

 

Certaines machines utilisées en médecine servent à rééduquer notre corps. D’autres peuvent le « réparer ». Dans certaines conditions, il arrive que l’on voie « de l’humain dans la machine ». De son côté, notre anatomie a longtemps été réduite à ses mécanismes de fonctionnement. Et aujourd’hui, la réflexion autour du « corps augmenté » par la technique (transhumanisme ou post-humanisme) pose des questions éthiques au corps médical et aux citoyens. C’est tout cela qu’explorent les artistes dont les œuvres sont présentées à la Panacée aux côtés d’objets scientifiques et d’archives de l’Université de Montpellier.

Anatomie

Dans une des salles d’exposition, Matt Mullican recense à la peinture noire sur fond jaune les différentes représentations humaines et nous incite à déterminer où commence l’empathie. Juste devant, Le Nez de Benoît Maire évoque les baguettes des professeurs d’anatomie et la difformité. Tout près, la sculpture Culbuto de Markus Schinwald délie ses formes organiques, et la table supportant des sculptures en bronze en forme d’os de Francisco Tropa rappelle de façon macabre les découvertes archéologiques, mais aussi les vanités. Au mur, un tableau de Georges-Alexandre Chicotot peint en 1886 évoque l’histoire de l’anatomie via un cours du professeur Paul Poirier.

Organes

Dans la salle suivante, comme écrasée au sol, une installation impressionnante (La survivance de l’avant-garde, 1985) symbolise les restes d’un corps dont il ne subsisterait que quelques morceaux d’organes reliés par des nerfs (en pelotes de fils colorés). Son auteur, le Japonais Tetsumi Kudo, y synthétise la tragédie d’Hiroshima et les systèmes de connexion des nouvelles technologies. Aux cimaises, une photographie de bloc opératoire de Thomas Struth fait écho à des sculptures d’organes en résine sous cloche réalisées au XIXe siècle par les étudiants de la faculté de médecine de Montpellier et au fameux Technological Reliquary de Paul Thek. Tout près sont suspendues des pièces de moteur en bronze patiné de Tatiana Trouvé sous le titre Equivalences, qui soulignent la mécanique des corps.

Appareillages

Plus loin figurent, en vitrine, six figurines en cire sculptées par Raymond Sudre en 1918, montrant des psychonévrosés de la Première Guerre mondiale. Bien qu’indemnes de toute blessure physique, ces hommes, traumatisés sur le plan psychologique, ne parvenaient à se déplacer qu’à l’aide de cannes, devenant ainsi quasiment des êtres hybrides. Eva Kotatkova explore elle aussi le milieu de la rééducation médicale dans son installation Not how people move but what moves them, qui rassemble du matériel de rééducation pouvant être apparenté à des instruments de torture, avec l’idée récurrente d’un emprisonnement de l’humain par le métal.

” Peau semblant “

La salle suivante mène à une installation très remarquée, composée d’une multitude de triangles noirs en silicone. Appelée RED, recouvrant un pan de mur entier, l’installation a été réalisée par la Montpelliéraine Selma Lepart avec l’aide d’un biologiste et d’un développeur. Cette « peau » a pour particularité de réagir à la présence et à la proximité des visiteurs, comme le ferait la peau d’un être humain.

Choc

Autre installation marquante : les fauteuils roulants cabossés et brûlés, garés sur un emplacement à vélos, de la Française Anita Molinero, qui soulignent l’absence de leurs occupants et semblent se substituer à eux. A noter aussi l’énigmatique Professeur Suicide d’Alain Séchas (photo), qui donne une surprenante leçon à ses élèves. Sans oublier la procession morbide de Paul Thek, maculée de (fausse) chair humaine sanguinolente.
 

L’inquiétante étrangeté

L’exposition Anatomie de l’automate est d’une grande variété. Pariant sur « l’inquiétante étrangeté », elle a le mérite de mettre au premier plan des thématiques taboues comme le handicap, la mort ou la peur des machines. Et ses animations, notamment les ateliers, les visites « point de vue » et l’exécution de portraits des visiteurs par un robot, intègrent parfaitement le public, pour mieux l’intéresser.

 

Virginie MOREAU (vm.culture@gmail.com)

© Photo : Juliette Pereira / HJE

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