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Arnaud Leroy (Ademe) : le plan de relance, accélérateur de la transition écologique

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Arnaud Leroy, président de l'Ademe, livre ses réflexions sur la transition écologique, facilitée par le plan de relance.

Ancien militant des Verts puis député socialiste, Arnaud Leroy a été chargé par Emmanuel Macron d’élaborer son programme énergétique pendant sa campagne. Il a pris la présidence de l’Ademe, Agence de la transition écologique, en 2018. Interview.

On parle beaucoup de transition écologique, mais où en sommes-nous dans le monde des entreprises ?

Arnaud Leroy : « Deux tendances se distinguent. Il y a d’une part les entrepreneurs qui sont déjà embarqués dans la transition écologique parce que leur activité le nécessite ou parfois même parce qu’ils ont une activité en lien direct avec la transition écologique, et d’autre part des secteurs où c’est plus compliqué. En sachant que ces sujets, parfois techniques, demandent aussi une certaine connaissance. Or, un patron de TPE ou de petite PME doit quand même assumer beaucoup de charges, faire tourner l’entreprise, avoir un rôle commercial, de ressources humaines… Nous travaillons donc beaucoup avec ces PME de moins de 20 salariés et ces TPE, notamment dans les secteurs des services ou du commerce via les fédérations professionnelles et les chambres consulaires. La grande différence avec les années passées, c’est qu’aujourd’hui, nous avons une palette d’outils à disposition des professionnels, quels que soient leurs secteurs d’activité… Du financement au diagnostic, nous mettons même à disposition des consultants pour pouvoir vraiment voir où faire des efforts et que faire en matière d’amélioration. Nous sentons de plus en plus une volonté de la part des entrepreneurs d’aller vers ces sujets. C’est peut-être à mettre aussi en corrélation avec une demande toujours plus forte émanant de l’ensemble des consommateurs. On voit de plus en plus apparaître des produits écologiques et du matériel recyclable. On parle de plus en plus du gaspillage alimentaire, de la question énergétique par rapport au matériel de froid.

Donc il y a d’une part la conviction de participer à l’effort collectif, mais aussi une question de rentabilité économique. Aujourd’hui, quand vous participez à la transition écologique, quand vous faites attention à votre matière première, à vos déchets, à votre facture énergétique, tout cela à un aspect positif sur votre chiffre d’affaires. »

Peut-on dire que la question de la transition écologique et énergétique est primordiale ? Et quels rôles auront à jouer les TPE-PME dans cette démarche ?

« Elles ont un rôle actif à jouer parce qu’elles sont apporteuses de solutions à leur échelle. Des TPE-PME inventeront certainement de nouvelles choses et proposeront de nouveaux services qui permettront d’accélérer, sinon de participer activement, à la transition. C’est un champ économique en soi. Ensuite, il est vrai qu’il y a aussi plus de contraintes tant règlementaires que de pressions de consommateurs. J’ai tendance à dire que ceux qui iront à l’encontre du courant seront pénalisés à terme. C’est une question de survie économique ! On voit très bien que ça va devenir difficile pour bon nombre d’acteurs qui refusent d’aller dans la transition. On sent de plus en plus de propositions de services. J’ai rencontré dernièrement une entreprise de nettoyage industriel… Ses dirigeants m’expliquaient que depuis un an et demi, ils avaient sorti une offre à base de produits écologiques et avaient répondu à une demande. On voit que ça bouge assez fortement. »

« La transition écologique est une question de survie. »

Concernant le plan de relance pour les TPE-PME fléché transition écologique et énergétique, qu’en est-il ?

« Il faut savoir que l’Ademe a historiquement toujours accompagné les TPE et PME. Notamment via un dispositif qui s’appelait “TPE-PME, gagnante à tous les coups”, nous travaillions sur des diagnostics de flux pour voir l’énergie et la gestion des déchets. Cela fonctionnait tellement bien qu’on s’est alliés à la BPI pour le déployer de manière beaucoup plus forte. Comprenons bien que tout n’a pas commencé avec le plan de relance ! Ce plan de relance, pour l’Ademe, est une grosse accélération de ses moyens et une amplification. Mais nous avions depuis très longtemps, avec moins de moyens financiers je vous l’accorde, commencé à travailler avec cette cible que sont les TPE-PME. Nous avions même établi un travail de fond avec la CCI en finançant des postes en CCI liés à la transition écologique.

Toutefois, aujourd’hui, avec le plan de relance, nous avons des moyens conséquents, et notamment 2 dispositifs phares dédiés aux TPE-PME. Le dispositif Tremplin permet, parmi une soixantaine de dépenses possibles, de financer des actions liées à la transition écologique, de l’achat d’un nouveau parc d’ampoules basse consommation à l’installation d’un garage à vélo en passant par une rénovation énergétique côté isolation… C’est un dispositif très souple et très réactif pour lequel nous disposons, en 2021, d’un budget de 30 millions d’euros. Le second est peut-être davantage à destination des plus grosses structures parmi les PME. Le dispositif Entreprises engagées dans la transition écologique (EETE) permet de débloquer des financements pour la commercialisation de solutions liées à la transition écologique, tant dans le secteur agricole que du bâtiment ou de la mobilité partagée. Quand les professionnels ont besoin de faire des investissements, on vient apporter une subvention après un examen technique du dossier. Ce dispositif représente une enveloppe de 15 millions d’euros sur l’année 2021. »

Finalement, que représente ce plan de relance pour l’Ademe ?

« L’Ademe a un budget annuel moyen d’environ 750 millions d’euros. Cette année, nous étions à 720 millions d’euros, hors plan de relance. Le plan de relance nous a permis de doubler les moyens d’actions de l’Ademe sur deux ans (de fin 2020 à fin 2022, Ndlr). Nous nous retrouvons donc, sur toute la période du plan de relance, avec 2 milliards d’euros de financements supplémentaires, en sus de notre budget annuel.

Il est toutefois important de souligner que, si le plan de relance permet une belle accélération sur le sujet des TPE-PME pour l’Ademe, d’autres dispositifs préexistent déjà, notamment sur l’économie circulaire, y compris sur la question énergétique. Il ne faut pas qu’on laisse s’installer l’idée que c’est parce qu’il y a eu un plan de relance que l’Ademe s’intéresse aux entreprises. »

Quels objectifs vous êtes-vous fixés en matière de transition écologique pour les entreprises ?

« Il y a peut-être 2 aspects à différencier. D’une part les entreprises qui produisent des choses. Là, notre objectif est la décarbonation. Il faut impérativement faire diminuer la facture carbone de notre processus de production avec en tête un enjeu important : le maintien d’un appareil productif dans notre pays. Après, nous travaillons aussi, notamment avec les artisans, sur la question de la mobilité avec des aides ou des formations pour que les personnes puissent avoir accès aux dernières technologies. Finalement, nos objectifs sont assez larges, puisque l’idée est de toucher à l’ensemble des secteurs et de les amener à s’inscrire dans une démarche de transition écologique. »

Comment l’Ademe envisage-t-elle la relance verte ?

« Une chose est sûre : la relance, d’une manière générale, est quand même particulièrement teintée de vert. On peut dire ce qu’on veut, mais la France a quand même mis 35 milliards d’euros, sur 100 milliards, au bénéfice de la transition. Nous n’avons pas à rougir de ce que nous faisons avec le plan de relance. Il y aura toujours des gens pour penser que ce n’est pas assez. Mais nous voyons bien que lorsque nous mettons des budgets, il y a un certain nombre de projets qualitatifs en face. On voit que ça fonctionne, qu’il y a une vraie appétence et que les gens sont prêts à faire des investissements et à contribuer à la transition. Après, il faut pouvoir faire les choses dans une temporalité qui n’est pas simple, avec une crise économique et sociale qui pointe et dont on ne connaît pas vraiment les contours. »

« Il ne faut pas qu’on laisse s’installer l’idée que c’est parce qu’il y a eu un plan de relance que l’Ademe s’intéresse aux entreprises. »

Quels constats l’Ademe a-t-elle dressés et quels besoins a-t-elle repérés ?

« Comme je vous le disais, nous avons aujourd’hui des dispositifs qui fonctionnent bien, il y a une vraie appétence et des besoins dans les structures économiques. À nous, éventuellement avec l’État, de voir comment nous pouvons faire dans une seconde mi-temps pour aller plus loin sur ce sujet de la transition écologique.

L’Ademe apporte tout de même un constat : il y a un réel besoin de fonds pour pouvoir financer la transition écologique. On ne pourra pas tout subventionner, certes, mais nous voyons très bien que ça fonctionne et il nous faut trouver les moyens de continuer et d’amplifier cette démarche au regard des objectifs de la France. La neutralité carbone en 2050, ce n’est pas un slogan ! Si nous voulons que ce soit un objectif, il va falloir s’en donner les moyens. En plus de la France, l’Europe met aussi un coup d’accélérateur. Et ce constat va au-delà du plan de relance. Nous avions commencé à y travailler fortement avec la BPI juste avant la crise sanitaire, en mettant en place un continuum d’actions, des diagnostics, une première prise en main par l’entrepreneur avec le “climatomètre”, qui permettait de voir où il en était lui-même. Ces besoins de financements vont être récurrents. On ne changera pas d’économie du jour au lendemain et encore moins sans aide. Un exemple : le prix du plastique vierge et le prix du plastique recyclé. Tout le monde fait l’apologie du plastique recyclé. Sauf qu’à la tonne, il est quasiment 2,5 fois plus cher que le plastique vierge. C’est sûr qu’il y a des gens qui veulent le faire, certains d’ailleurs le font déjà, mais si on veut vraiment démultiplier et intégrer de plus en plus de matières recyclées, notamment le plastique, il va falloir qu’on trouve des moyens de compenser les coûts. Il y a le même débat sur la question de l’hydrogène, alors que le gaz naturel est historiquement très bas. Comment faire pour faire pénétrer des énergies renouvelables et de récupérations plus chères de par leur processus de production ? Il faut que nous trouvions les moyens à l’échelle nationale et européenne, et l’Ademe a certainement un rôle à jouer en matière d’expertise. Vous n’êtes pas sans savoir que l’Ademe conduit le Fonds chaleur depuis dix ans à destination des collectivités et des entreprises. L’idée étant de promouvoir la chaleur, dont on parle assez peu dans l’équation énergétique française, tellement nous nous sommes focalisés sur le nucléaire et l’électricité. La chaleur représente pourtant 50 % des besoins énergétiques du pays. Il existe des besoins de chaleur dans les processus industriels, dans plein de secteurs. Pour prendre l’exemple du chauffage collectif, des réseaux de chaleur existent dans certaines villes et nous finançons notamment des extensions, des constructions ou encore des chaufferies depuis dix ans. Nous voyons que ça fonctionne parce que nous subventionnons assez fortement le différentiel de coût des équipements. Dans certains domaines, il faudrait aller plus loin. On peut le faire depuis quelque temps grâce au plan de relance en soutien opérationnel. Nous comblons donc aussi le différentiel de coût entre une tonne de bois et l’équivalent gaz par exemple. La transition écologique est une superbe opportunité, y compris pour l’emploi. La transition écologique et son financement interrogent au-delà du plan de relance, et cela risque d’être un des sujets de débat de la présidentielle de 2022. C’est un constat et une réalité : il y a une appétence, des gens qui veulent faire et il faut qu’on puisse continuer à les accompagner. »

Les objectifs fixés au niveau national et européen sont-ils concrètement réalisables ?

« C’est en tout cas l’objectif que nous nous fixons. L’État nous a donné des objectifs en matière de budget à dépenser. Nous avons aussi un contrat d’objectif et de performance au-delà du plan de relance, avec l’État, qui nous oblige à aller chercher des réductions de gaz à effet de serre, mais aussi des réductions d’utilisation de matières, ou encore sur des sujets de tarification pour les déchets notamment ménagers… Nous avons beaucoup de cibles et d’objectifs à remplir et nous nous y tenons. Sur le contrat précédent, nous étions à plus de 90 % de réussite. C’est ambitieux, mais c’est faisable ! »

Propos recueillis par Antonin TABARD
pour RésoHebdoEco
www.reso-hebdo-eco.com

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