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Experts-comptables de Montpellier, Philippe Lamouroux : "Notre profession évolue vers l'expert-conseil"

Le président du Conseil de l’Ordre des Experts-Comptables de la région de Montpellier (Territoire Languedoc-Roussillon et Aveyron) évoque, pour l’Hérault Juridique, les enjeux à venir pour la profession : la notion d’expert-conseil et de spécialisation, l’évolution des compétences des collaborateurs des cabinets, la formation, les nouveaux rendez-vous avec les chefs d’entreprise en région… Interview.

HJE : En ce début d’année 2018, sur quelles thématiques avancez-vous au niveau de l’Ordre ?

Philippe Lamouroux : “L’ensemble de la profession va connaître une année 2018 plutôt chargée. Mais je voudrais d’abord parler d’un sujet d’actualité immédiat. Depuis le 1er janvier 2018, la certification des logiciels et des systèmes de caisse est obligatoire pour les commerçants assujettis à la TVA. Les logiciels ou systèmes de caisse doivent désormais satisfaire aux quatre conditions d’inaltérabilité, de sécurisation, de conservation et d’archivage des données. L’expert-comptable est amené à conseiller ses clients et à vérifier avec lui si les systèmes en place sont bien conformes. Rappelons que le risque fiscal est important car l’amende est de 7 500 € en cas de manquement. [ lire à ce sujet l’article HJE : Logiciel de caisse non certifié : 7.500€ d’amende au 1er janvier 2018]. Au-delà, nos cabinets seront sollicités pour assurer la mise en œuvre des réformes du gouvernement en matières fiscale et sociale qui vont impacter les entreprises dès 2018. Des arbitrages sont à faire. Sans compter la préparation du Prélèvement à la Source (PAS), qui doit être opérationnel au 1er janvier 2019.”

La dimension de conseil est également au cœur des préoccupations de la profession

P.L. : “Oui, absolument, car des changements sociétaux importants sont en cours avec l’avènement de la société numérique et de la digitalisation des entreprises… L’environnement se complexifie, générant une nouvelle opportunité d’accompagnement des PME. Au-delà de nos missions traditionnelles que nous continuons à assumer, la profession a vocation à accompagner le changement et à se positionner en vecteur de croissance des entreprises. La spécialisation fait partie des réflexions en cours pour mieux faire connaître nos périmètres d’intervention plus spécialisés.”

Comment aborder cette problématique ?

P.L. : “Toutes les entreprises savent ce que nous leur apportons en matières comptable, fiscale, sociale, mais elles ne savent pas toujours que nous avons d’autres domaines d’intervention. Ce sujet est important pour les années à venir et il sera abordé lors du congrès national qui se tiendra à Clermont-Ferrand au mois d’octobre 2018. Il faut que la profession apprenne à communiquer et à valoriser ses missions et son travail de conseil ; ce qu’elle fait déjà en partie. Nous devons poursuivre dans cette voie.”

Cette réflexion est-elle déjà abordée au niveau régional ?

P.L. : “Oui. Au plan régional, nous avions quelque peu anticipé. Nous avons ainsi mis en place en 2017 un certificat Accompagnement patrimonial qui permet aux confrères et consœurs qui le suivent d’appréhender dans la globalité la situation patrimoniale de leurs clients et de les aider dans leurs choix : les enjeux pour eux, les risques potentiels et les opportunités d’optimisation de leur situation. Une première promotion a été lancée le 17 octobre dernier avec 18 participants. Ce certificat sera labellisé par l’Ordre, Formega* et AG2R La Mondiale. Il se déroule en trois modules de cinq jours. La seconde promotion que nous envisageons en 2018 est déjà presque complète, preuve s’il en est que notre profession souhaite être une force de proposition dans ce domaine.

Nous avons également mené une réflexion en matière de responsabilité sociétale. La RSE est un sujet qui va progressivement s’imposer dans les PME, et je suis fermement convaincu que l’on va avoir besoin de l’expert-comptable.

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On voit désormais très régulièrement des demandes de financement ou des accords de subvention qui sont conditionnés au respect de certains critères en matière de RSE. C’est le cas pour la région Occitanie. La Banque de France intègre la RSE dans ses critères de notation. Dans les prochains mois, nous allons proposer aux cabinets une charte du cabinet RSE qui comprendra des engagements très précis. Nous pensons qu’il est indispensable d’avoir une expérience en RSE pour pouvoir ensuite conseiller nos clients sur ces sujets qui nécessitent du pragmatisme.

Nous continuerons également cette année à mener une réflexion sur l’accompagnement de direction : établir et échanger avec nos clients sur leur activité, faire le point et gérer la trésorerie, recouvrer les créances clients… un des nerfs de la guerre. On pourrait également évoquer la transformation numérique, mais je pense qu’elle est déjà entrée dans les gènes de l’expert-comptable. Un point sera fait avec la profession régionale sur ce sujet dans le courant de l’année 2018.”

Comment la profession appréhende-t-elle cette mutation ?

P.L. : “Je ne doute pas que les experts-comptables sauront évoluer vers ces nouveaux champs d’intervention qu’ils mettent déjà en œuvre, pour certains. Mais il faut que l’on modifie notre ADN. Ce sera peut-être un peu plus difficile pour des professionnels qui, comme moi, sont dans la profession depuis un certain temps [rires]. Les jeunes générations n’ont pas ce souci. Le message diffusé auprès de nos confrères est : « Notre environnement bouge, les experts-comptables sont des acteurs du changement et l’Ordre vous accompagne ». Cet accompagnement se fait aux niveaux national et régional. En donnant, au niveau régional, des clés « pratico-pratiques ».”

Que deviennent les collaborateurs, dans cette mutation qui s’accélère ?

P.L. : “Selon moi, c’est un autre enjeu majeur pour la profession. Le passage d’une offre de mission traditionnelle à une offre de mission orientée vers le conseil nécessite de nouvelles compétences. Nos collaborateurs sont, de par la vocation même des cabinets, très efficaces dans le domaine comptable, mais il va falloir aussi qu’ils le soient en matière d’accompagnement de gestion et de conseil élargi. C’est d’autant plus nécessaire que l’automatisation progressive de la comptabilité diminue notre activité de tenue des comptes.

Il faudra aussi recruter des profils différents. Il y a dix ans, nous n’aurions jamais pu l’imaginer. Les grands cabinets ont déjà procédé de la sorte et sont très structurés. Des cabinets de plus petite taille s’y mettent désormais aussi. J’ai l’exemple en tête d’un confrère nîmois qui vient d’embaucher un profil Science Po pour faire du conseil en stratégie.

Tout cela nécessite d’être attractif car il faut offrir des perspectives de carrières. Nous avons une importante action en direction des étudiants, car ce sont les experts-comptables et les collaborateurs de demain ! En janvier 2018, nous organisons ainsi avec les deux compagnies de commissaires aux comptes de Montpellier et Nîmes une grande soirée au cours de laquelle de très nombreux experts-comptables viendront présenter qui ils sont et ce que nous faisons dans les cabinets. Cette Nuit qui compte aura lieu le 25 janvier au Milk à Saint-Jean-de-Vedas. Nous attendons 400 participants. Les inscriptions se font sur la page Facebook dédiée : “Nuit qui compte 2017 Languedoc Roussillon ».”

Quelle est votre perception de l’économie nationale et régionale ?

P.L. : “En Occitanie, l’activité au 3e trimestre 2017 a augmenté, à nombre de jours comparables, de 3,1 % par rapport au 3e trimestre 2016. Cette hausse est supérieure à la moyenne nationale. Notre région se classe ainsi au 3e rang national en termes d’évolution du chiffre d’affaires (CA) des PME sur ce trimestre 2017 de croissance record pour le pays. Il est intéressant de noter que les très bons résultats du trimestre précédent étaient comparés à un 2e trimestre 2016 morose en termes de croissance au niveau national (et moins dynamique qu’habituellement pour la région), avec un effet de base jouant pleinement. Signe du dynamisme de la région, les TPE-PME des 13 départements ont affiché des hausses d’activité : l’Aveyron (+ 4,4 %), la Haute-Garonne (+ 4,1 %) et le Lot (+ 4 %) composent le podium régional et ont porté la croissance, avec des résultats supérieurs aux moyennes nationale et régionale. L’Hérault, les Hautes-Pyrénées, l’Ariège, le Gard et le Tarn affichent des performances légèrement au-dessus de la moyenne régionale. Les Pyrénées-Orientales se situent au niveau de la moyenne nationale. Pour le deuxième trimestre consécutif, le Tarn-et-Garonne, la Lozère, l’Aude et le Gers se situent en bas du classement régional, mais s’affichent tout de même en croissance.

L’économie est un sujet que nous connaissons bien. Notre profession a fait tout récemment des propositions dans le cadre du Plan d’action croissance et transformation des entreprises, porté par le ministre de l’Economie, qui présentera et défendra un projet de loi au printemps prochain devant le Parlement. Bruno Le Maire a d’ailleurs dit, lors du dernier congrès de la profession à Lille en octobre 2017, qu’il avait besoin de nous en tant qu’interfaces, avec notamment les plus petites entreprises, qui échappent aux radars de la statistique. C’est pour cela qu’en région, nous poursuivons la publication de notre baromètre EcoZoom, dont la présentation des derniers résultats aura lieu le 22 mars prochain à Montpellier. Notre invitée sera Agnès Verdier-Molinié, la directrice de l’iFRAP. Je donne rendez-vous à tous les décideurs économiques, qui sont les bienvenus et que nous espérons nombreux.”

Vous lancez également #monentrepriseen2018

P.L. : “Cette soirée #mon entreprise en 2018 remplace notre traditionnelle présentation de l’actualité fiscale (loi de finances). Destinée aux chefs d’entreprise, elle regroupera, le jeudi 8 février 2018, plusieurs intervenants et diverses thématiques. Les ordonnances Macron, la cybersécurité, les nouveautés fiscales de 2018, la transformation digitale ou encore le dialogue social figureront parmi les thèmes abordés. Un grand merci à Pierrick BELEN, mon confrère élu qui pilote l’organisation. Organisée en partenariat avec la CPME 34, le Medef Montpellier et le réseau Leader Occitanie à l’Agora – la nouvelle salle polyvalente du Crès (près de Montpellier) – elle offrira aux chefs d’entreprise présents, grâce à la présence de nombreux intervenants, un panorama de l’actualité entrepreneuriale, qu’elle soit fiscale, sociale ou conjoncturelle. Ce sera The place to be, en quelque sorte !”

Propos recueillis par Daniel CROCI

* Formega est l’institut de formation du Conseil de l’Ordre de Montpellier.

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