François Baroin : « Covid-19 : les maires ont la volonté farouche de protéger leur population »

Plusieurs fois député et ministre, notamment sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, François Baroin est actuellement avocat, maire de Troyes et président de l'Association des maires de France (AMF). Il est au contact de tous ces élus locaux, en première ligne depuis le début de la crise sanitaire, et largement sollicités pour mener à bien la campagne de vaccination censée libérer le pays de cette terrible pandémie.

Comment les maires se positionnent-ils aujourd’hui dans la crise sanitaire ?

François Baroin : “Nous vivons depuis maintenant un an dans un cadre juridique très particulier. Certes, la compétence sanitaire est sous l’autorité de l’État, mais le Parlement a voté un cadre dérogatoire au droit commun très spectaculaire et très inédit, qui s’appelle l’état d’urgence sanitaire, de telle sorte que les maires ont perdu leur pouvoir de police propre et agissent dans le cadre de cette épidémie comme des agents de l’État, au service d’une politique qu’ils ne définissent pas, qu’ils ne contrôlent pas et qu’ils se doivent d’appliquer.

C’est un exercice assez inédit. Ça ne les empêche pas d’être agiles, de prendre des initiatives, de protéger le mieux possible leur population. On l’a vu avec les masques, des maires ont été réactifs, comme l’AMF elle-même, pour combler les défaillances de l’État en matière d’approvisionnement. On l’a vu avec les tests que les maires ont mis à disposition des lieux qu’ils ont “armés”, comme on dit administrativement, pour permettre le plus de tests possible parmi la population. On le voit aujourd’hui encore, avec le début chaotique de la campagne de vaccination. Les maires ont mis à la disposition de l’État des lieux, des centres, des agents. Ils ont aussi complété les dispositifs téléphoniques pour la prise de rendez-vous.

Les maires sont donc dans un état d’esprit de grande responsabilité, avec une volonté farouche de protéger leurs administrés, de se faire entendre sur des sujets qu’ils voient au quotidien, bien mieux que les autres, et qu’ils contestent parfois à juste titre. C’est notamment l’ultra-centralisation, le fait que cette guerre contre la Covid-19 est d’abord et avant tout logistique. Ils souhaiteraient voir intervenir des professionnels de logistique et non pas le ministère de la Santé qui, lui, est un ministère compétent dont la compétence est de produire des normes et de faire des régulations budgétaires, mais qui n’est pas compétent en matière de logistique. C’est le cœur du sujet qui anime aujourd’hui les débats entre les maires et l’État.”

Ce sont les vaccins qui manquent actuellement ?

François Baroin : “Pour réussir la vaccination, il faut accélérer le rythme d’approvisionnement en vaccins. Il y a eu une politique de stop and go, dans l’acheminement et l’approvisionnement des doses. Cela va probablement se normaliser dans les semaines ou dans les mois qui viennent. Une campagne de vaccination de grande échelle comme celle-ci doit se lire à la fin de la période de couverture de la population.”

Vous avez un engagement politique de tradition gaulliste. Comment jugez-vous aujourd’hui la vie politique en France ?

François Baroin : “J’ai consacré l’essentiel de ma vie professionnelle à l’action publique et à la politique. J’ai été député à 27 ans. Deux ans plus tard, je suis entré au gouvernement, sous l’autorité de Jacques Chirac. Le temps a passé, j’ai bientôt 56 ans. Pendant presque trente ans d’action, j’ai pu voir l’évolution de la vie politique. Elle est très nette avec l’émergence des médias en boucle, des réseaux sociaux, contribuant à la difficulté de gouverner. C’est un élément nouveau de l’exercice du pouvoir. C’est une difficulté supplémentaire incontestable. Donc, j’ai une certaine empathie et compréhension pour les difficultés auxquelles est confronté un gouvernement, le nôtre, ou d’autres dans d’autres pays. Cela n’empêche pas de porter un jugement parfois sévère sur un trait profond qui est l’ultra-centralisation de toutes les décisions. Elle est en fait à l’opposé du sens de l’Histoire, avec le besoin de plus de liberté, en général, de plus de libertés locales, et donc de plus de responsabilités locales, et une meilleure maîtrise de ce qui se passe au coin de la rue. Il y a un bras de fer régulier et récurrent entre les maires, d’une part, et les représentants de l’État, quels qu’ils soient.”

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