Frédéric Van Heems, directeur général de Veolia Eau France « Il faut réhumaniser la relation »

Modèles économiques émergents, méthodes de management innovantes, arrivée de la génération Z dans les entreprises et, bien entendu, digitalisation de masse, sont des paradigmes avec lesquels les entreprises et grands groupes doivent composer pour révolutionner leurs modèles économiques. Grand témoin de la Conférence des Grandes Ecoles qui a réuni, à Lille, près de 200 participants de toute la France, Frédéric Van Heems a démontré que digitalisation ne rime surtout pas avec déshumanisation.

La digitalisation mondiale impacte fortement le fonctionnement des entreprises, notamment au niveau des méthodes de management…

Frédéric Van Heems : « Chacun constate des transformations sociétales majeures à un rythme accéléré : un monde de plus en plus technologique et des organisations pyramidales inadaptées pour traiter cette complexité. La globalisation a entraîné un déplacement des richesses, qu’elles soient géo- politiques ou humaines. Il faut prendre la digitalisation avec ses risques et ses opportunités mais, globalement, c’est une chance qui nous permet de mettre la bonne information au bon endroit au bon moment. »

Les changements climatiques sont une donnée majeure à prendre en compte pour une entreprise comme Veolia, référence mondiale de la gestion optimisée des ressources. Comment le groupe s’adapte-t-il pour mieux développer les ressources, les préserver et les renouveler ?

« En effet, en tant que leader mondial des métiers de l’environnement (gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie, ndlr), nous essayons d’apporter des solutions durables pour ressourcer le monde. Nous sommes délégataires du service public ; nous avons donc pour rôle de réinventer un nouveau modèle de relations entre public et privé. On essaie d’accompagner ces changements sociétaux. »

« Le pouvoir s’impose aux autres, alors que le leadership est un service aux autres. »

Les jeunes générations que vous formez sont de plus en plus en quête de sens…

« Le besoin d’être utiles est vraiment un leitmotiv majeur chez les jeunes diplômés. Ils nous mettent la pression ! Cela prouve la justesse de sensibilité par rapport à un monde de plus en plus complexe. C’est vrai du côté des étudiants, mais aussi de nos consommateurs. Il y a un réel besoin de changement des méthodes de management dans les entreprises. Beaucoup d’organisations se sont centralisées en déshumanisant des processus et en « déresponsabilisant » l’être humain. Chez Veolia, nous travaillons sur le concept du « glocal ». Un mélange entre le global – une politique globale dans un monde globalisé – et le local, avec un ancrage réel dans les territoires. Concrètement, il s’agit de redonner du sens à chacun sur le terrain, en apportant à la fois les technologies et les compétences. C’est pour cela que chez Veolia, nous travaillons à inverser la pyramide en mettant toujours plus de responsabilités au cœur de nos opérations, au plus près possible du terrain et des clients. Il faut réhumaniser la relation, et le digital est une opportunité. La mondialisation a connu des excès, mais je pense qu’il faut inventer un libéralisme apaisé pour mieux l’appréhender et se tourner vers les exclus. »

Comment préparez-vous les jeunes recrues à intégrer un monde de l’entreprise, en mutation perpétuelle ?

« On les prépare à être de moins en moins managers mais de plus en plus leaders. Le pouvoir s’impose aux autres alors que le leadership est un service aux autres. Il faut donc développer les capacités de relations humaines, l’exemplarité, l’humilité. Il faudrait peut-être, dans les méthodes d’apprentissage, instaurer davantage de sciences cognitives, humaines et sociales, qui tournent autour des valeurs. Je dis souvent aux jeunes : ‘Soyez vous-mêmes. Apprenez la technique et la maîtrise des outils, mais développez surtout votre humanité pour donner au monde le meilleur de vous-mêmes’. »

N’est-ce pas un peu idyllique ?

« Peut-être, mais aujourd’hui le corps est là, la tête est sur le smartphone et le cœur est ailleurs. Nous ne sommes plus dans l’interaction humaine et profonde. C’est un des risques de la technologie ! Tout le monde est en permanence dans le coup d’après. Avec nos managers, les réunions commencent et finissent par un tour de table et se font d’ailleurs sans table comme ça on ne peut poser ni l’ordinateur ni le téléphone, et on est présent dans sa relation avec l’autre. Ce sont des éléments basiques, mais ces humanités aideraient à avoir des jeunes encore mieux outillés pour appréhender la complexité et les enjeux. »

Les études montrent que les femmes restent minoritaires dans l’ensemble des instances de direction* malgré un taux de féminisation en augmentation…

« Depuis le XIXe siècle, le monde du travail a été organisé par les hommes, pour les hommes. L’égalité hommes-femmes est un enjeu majeur dans notre entreprise. On veille à ce que les salaires se rapprochent et deviennent totalement équivalents. C’est un travail de longue haleine. La diversité est une richesse dans un monde de plus en plus complexe et mouvant. »

Propos recueillis par Amandine PINOT
pour RésoHebdoEco
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 Réso Hebdo Eco


Le think thank de l’éducation

La Conférence des Grandes Ecoles, association française créée en 1973, compte 265 membres dont 223 grandes écoles, toutes reconnues par l’Etat, délivrant un diplôme de grade master. Elle compte également une vingtaine d’entreprises membres ou partenaires ainsi que 35 associations et organismes. Ce think tank produit des synthèses, études et enquêtes et assure un rôle de représentation auprès des pouvoirs publics, des acteurs du monde éco- nomique et de la société. Les membres se réunissent chaque année autour d’un congrès annuel, dont le dernier s’est déroulé à Sciences Po Lille. (AP)

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