INEDIT - L'histoire de Brescou et de Julien Ricard, son dernier gardien...

Les premières traces d’une construction sur l’ilot volcanique de 5000 m2 situé à 1800…

Les premières traces d’une construction sur l’ilot volcanique de 5000 m2 situé à 1800 m au large du Cap d’Agde remontent à 1586. Successivement agrandi, démoli et rénové, au fil des siècles, souvent point d’appui de nombreux projets de ports, le Fort Brescou, puisque c’est de lui dont il sagit, devint prison d’Etat en 1760 et le resta jusqu’en 1854.


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Accostage au fort Brescou, au premier plan,
les rails permettant de haler la barque et son chargement

Puis, ce site militaire fut déclassé en 1889 et affecté aux Ponts et Chaussées.

De part sa situation particulière au milieu de forts courants et de rochers volcaniques affleurant à la surface, il a tout naturellement été équipé d’un phare.

Le premier témoignage dont nous disposons décrit un fanal qui remonte à 1592. Mais l’actuel phare haut de 18 m, date de 1860 et est d’une portée de 12 Km avec un feu fixe. Au début les gardiens du phare furent des militaires, puis à partir de 1889 des civils.

Cette lignée de gens de mer s’est arrêtée avec l’automatisation complète en 1989, date à laquelle le dernier gardien Julien Ricard a quitté son service.

 

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Julien Ricard est patron pêcheur. Il est inscrit maritime depuis 1941, l’année de ses 17 ans. Il rencontre alors Jeannine, puis se marient en 1947.
 

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A partir de 1954, toujours pêcheur, il est devient passeur entre le Cap d’Agde et le Fort Brescou afin de ramener au gardien tout ce qui est nécessaire au bon fonctionnement du phare. C’est avec un drapeau levé que le gardien communique depuis Brescou jusqu’à l a Maison du Passeur établie sur la falaise, au dessus de la Plagette, où Julien Ricard et sa femme, Jeannine logent. Le Cap d’Agde est alors un lieu isolé où seules cinq familles habitent.
 

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A chaque fois qu’un besoin se fait sentir, le drapeau est levé. Julien prend alors sa barque et navigue jusqu’au fort, le plus souvent pour amener les bidons de 50 litres de pétrole qu’il faut encore faire rouler jusqu’au pied du phare, après les avoirs descendus du haut de la plagette mis dans la barque, et débarqués sur l’ilot. “Il y avait heureusement un treuil à côté de l’embarcadère de Brescou qui aidait à remonter la barque sur des rails afin de pouvoir transvaser…” 

A cette époque le phare de Brescou marche à l’électricité que fournissent 3 groupes électrogènes et des batteries de secours qui se déclenchent automatiquement.Néanmoins, il fonctionne comme une pendule et a besoin d’être remonté à la manivelle, car un poids suspendu assure le mouvement de l’installation. Un homme doit donc être sur place.

C’est un phare blanc côté mer, rouge côté terre, au Nord-Est. Le travail du gardien consiste, hormis les vérifications de l’engin, à remplir les réservoirs des 0groupes et surtout à veiller sur l’ampoule. Lorsque le gardien en titre, Jean Hirailles part pour le Grau d’Agde en 1958, Julien Ricard prend naturellement sa succession. Il faut dire qu’il connaît le métier car il exercait déjà comme gardien auxiliaire durant les vacances de son prédécesseur.
 

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Il s’installe alors avec Jeannine dans la maison du gardien du phare durant presque deux ans. Leurs deux fils, Alain et Robert, sont confiés aux grands-parents tantôt à Marseillan, tantôt à Clermont L’Hérault. La maison du gardien est grande, mais spartiate : “trois chambres, deux cuisines, un poêle à charbon pour chauffer le tout en hiver, mais pas de douche. Le toit de la maison récupérait l’eau qui était entreposée dans la citerne et il y avait toujours le puits… Il y avait une pompe qui assurait l’approvisionement en eau courante.

Une fois par semaine on allait au ravitaillement en barque et on ramenait les vivres, des légumes, du pain mais surtout des biscottes parce qu’elles se conservent plus longtemps.” Deux poules fournissent les oeufs. Sur l’île, Julien pêche aussi pour assurer les repas : langoustes, “il y en avait beaucoup à l’époque”, loups, muges, ect. Il n’y a que peu de distractions : la radio pour correspondre avec Sète, parfois, durant l’été quelques touristes venant du Grau d’Agde ou la famille qui vient passer quelques jours. “Le plus dur, c’était l’hiver, il nous est arrivé de rester bloqué toute une semaine, mais je n’ai jamais langui…” déclare Jeannine. Au bout de deux années, le progrès arrive sous la forme de l’éclairage au gaz.

La famille se réunit à nouveau dans la Maison du Passeur, mais Julien reste le gardien du phare, Car si le gaz est un progrès, il ne règle pas tout. Il faut être présent lors de la livraison du gaz par le bateau citerne de Marseille, toujours entretenir la machinerie et surtout surveiller, depuis la Maison du Passeur, l’allumage. “Il suffisait qu’un papillon entre dans la lanterne pour faire sauter le manchon d’éclairage”. Dans ce cas, et par n’importe quel temps, Julien prend son bateau et rejoint Brescou pour réparer.

Ce sacerdoce durera jusqu’en 1989, date à laquelle il prend sa retraite.
 

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Avec ses enfants il sera, entre temps, retourné à son premier métier : passeur… de touristes, cette fois. C’est en effet avec sa famille qu’il créera la première compagnie de bateaux de promenade avec le “Jacqueline”, bateau qui emmenait, depuis le Cap d’Agde, ses 35 passagers à la découverte du Fort de Brescou.
 

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Julien et Jeannine Ricard
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