Intervention d'Henri Cabanel dans le cadre de la PPL Indemnisation des victimes de produits phytosanitaires

 Intervention d'Henri Cabanel, hier après-midi dans l'hémicycle, lors de l'examen de la Proposition de…

 

Intervention d'Henri Cabanel, hier après-midi dans l'hémicycle, lors de l'examen de la Proposition de Loi relative à l'Indemnisation des victimes de produits phytosanitaires.


 

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues
 
 
 
1000. C’est le nombre de substances actives présentes sur le marché.
La France est championne Européenne en achat de produits phyto sanitaires, avec sur les 5 dernières années, une moyenne de 66 000 tonnes.
Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que ces produits ont une influence néfaste sur la santé.
D’abord celle des utilisateurs. Dont je suis.
Car être paysan aujourd’hui, c’est s’exposer à une multitude de produits dangereux.
Et, s’il est facile de nous accuser d’être les premiers pollueurs, il faut savoir que nous sommes d’abord les premières victimes :
Sur la période de 4 ans (2013-2016), 236 maladies (soit 59 en moyenne par an) ont été reconnues et ont reçu un premier paiement[1] au Régime Agricole
Pour comprendre pourquoi nous les utilisons quand même, il faut comprendre le travail de la terre. Car nous ne sommes pas des fous inconscients.
Les agriculteurs ont toujours fait appel à des substances pour éradiquer les nuisibles : insectes, champignons…
Comment en est-on arrivé à une surenchère de consommation de produits phyto?
La crise agricole qui nous a frappés de plein fouet et continue à faire ses ravages sur fond de guerre des prix les plus bas, de différence de droits sociaux, de différences de contexte juridique notamment pour les produits phytosanitaires… a incité les agriculteurs à favoriser les produits de synthèse nettement moins chers et plus faciles d’utilisation, quelles que soient les conditions atmosphériques.
Pour tirer un revenu annuel moyen de 13 500 euros, l’agriculteur essaye de réduire ses coûts de production. C’est logique.
Les fabricants ont inondé le marché de ce millier de substances, qui, ont toutes eu les autorisations de commercialisation.
A cela s’ajoute, un autre point négatif, connu des seuls utilisateurs : L’agriculteur doit se protéger avec une combinaison, des gants, des bottes et un masque mais il ne les met pas toujours car, quand vous êtes dans la cabine d’un tracteur où il fait 40 degrés…vous pouvez imaginer la situation.
Bref, il faut revoir totalement le problème à la base.
Les pouvoirs publics doivent obliger les fabricants à innover, à inventer des produits efficaces sans risque pour les utilisateurs et les populations. Et, en attendant, adapter le dosage des produits actuels au stade végétatif de la plante ce qui induira une diminution notable de la consommation.
Investir dans la recherche, c’est à terme économiser des deniers publics puisque nous sommes aujourd’hui réunis pour traiter de l’indemnisation des victimes de ces produits, qui, je le rappelle, sont vendus en toute légalité alors que leurs incidences sont notoires dans l’alimentation, l’eau de consommation, l’air et les sols.
Si le décret du 5 juin 2015 a créé un nouveau tableau n°59 des maladies professionnelles pour le régime agricole,cette proposition de loi d’indemnisation des victimes de produits phytosanitaires est un vrai pas en avant.
 
 
Il faut enfin, continuer à repenser notre modèle agricole.
Le plan de route d’une agriculture durable donné en 2014 via la loi d’avenir agricole fixe le cap d’une réduction de produits phytosanitaires.
Je suis viticulteur. La viticulture, qui représente 8% de l’agriculture française, utilise 20% des produits phytosanitaires.
Pourtant, certains se sont lancés avec audace dans l’agriculture bio ou raisonnée, privilégiant la biodiversité.
Il faut continuer à les encourager pour que demain leur réussite fasse des émules.
C’est pourquoi je m’investis dans le dossier des cépages résistants aux côtés de la filière et de l’INRA.
Ces cépages qui résistent à l’oïdium et au mildiou sont l’avenir de notre viticulture car ils répondent à la fois aux enjeux économiques et sanitaires.
Accuser, jeter l’opprobre ne fait pas avancer. Il faut inciter les agriculteurs à d’autres modes de production. Et toujours expliquer les enjeux. Ceux de la santé publique doivent être notre unique leitmotiv.
Car nous ne pouvons être responsables de maux que nous sommes les premiers à subir. Alors que les industriels en toute impunité continuent à prospérer. C’est bien là un débat de société, car pendant ce temps, un agriculteur se suicide tous les 3 jours.
 
 
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