Interview : Mohed Altrad présente l'Agence France Entrepreneur

Interview en ligne sur www.heraultjuridique.com. Elu Entrepreneur mondial de l’année 2015 dans le cadre du Prix mondial de l’Entrepreneur EY, fondateur du groupe Altrad (qui devrait réaliser 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires cette année, emploie 22 000 salariés et est présent dans 100 pays), également président du Montpellier Hérault Rugby Club, Mohed Altrad fascine par son parcours personnel et professionnel, entrepris il y a plus de cinquante ans depuis sa Syrie natale. François Hollande lui a demandé de présider à la destinée de la nouvelle Agence France Entrepreneur. Mohed Altrad nous explique ce que doit accomplir l’AFE et pourquoi il a accepté cette mission…

Voulue et créée par François Hollande, l’Agence France Entrepreneur, organisme qui chapeaute désormais la création et l’accompagnement de l’entreprise, se met en ordre de marche. La réunion d’installation du Comité de coordination des réseaux (CCR) de l’AFE s’est tenue le mercredi 8 juin 2016. Le conseil d’administration de l’Agence France Entrepreneur (AFE) s’était en effet réuni le 27 mai dernier pour désigner les premiers réseaux membres du CCR. Le Comité statutaire se compose des membres fondateurs de l’AFE, de Pôle Emploi et des réseaux d’accompagnement et de soutien à l’entrepreneuriat. dans ce contexte, Mohed ALTRAD président nommé  par François Hollande a accepté de répondre à nos questions sur la genèse et les premières actions de l’AFE.

 

• Hérault Juridique : L’APCE a cédé la place à l’AFE, l’Agence France Entrepreneur…

Mohed Altrad : En effet, aux volets formation et information de l’APCE s’ajoute l’acte de financement. Sa vocation, précisée par le président de la République, est d’intervenir en priorité dans les zones sensibles et défavorisées pour stimuler la création d’activité, d’entreprises et donc d’emplois.

• Sur quel périmètre ?

1 500 zones défavorisées sont identifiées. Trois chiffres les caractérisent : elles regroupent 11,5 millions d’habitants, dont 70 % d’inactifs, avec un taux de pauvreté trois fois plus important qu’ailleurs… d’où la tentation pour les jeunes d’être influencés par les idéologies que l’on sait. A ces zones, j’agrège également les nombreux agriculteurs qui sont aujourd’hui en véritable souffrance parce qu’en situation de quasi-faillite. Avec un constat : la richesse se crée dans les entreprises. Paradoxalement, dans les 1 500 zones identifiées, il y a deux fois plus de créations d’entreprises qu’ailleurs. Sauf qu’elles sont trois fois plus nombreuses à disparaître dans les premières années de leur existence. C’est une question de formation, d’information et de financement. Ce sont les ingrédients nécessaires qui devaient être réunis pour bien accomplir la mission qui m’a été confiée.

• Pourquoi avoir accepté cette mission ?

C’est d’abord un grand honneur – c’est le président de la République qui me l’a proposée – et je veux rendre à la France ce qu’elle m’a donné. Je n’oublie pas d’où je viens, et je pense que mon expérience professionnelle peut aider à mettre en place une nouvelle approche dans l’aide à la création d’entreprises. Je dois dire que l’écoute et le soutien de monsieur Macron ont été décisifs dans ma prise de décision. Je veux simplement apporter ma vision entrepreneuriale dans la gestion de fonds publics destinés à la création d’activité et d’emplois.

• L’AFE a mis du temps à concrétiser son projet…

Le président François Hollande souhaitait que l’agence soit opérationnelle dès la fin décembre 2015. Nous entrons dans le vif du sujet en cette fin du mois de mai 2016 avec la création du comité de coordination des réseaux de l’AFE. C’était le délai nécessaire pour valider ce que je souhaitais mettre en place, en concertation avec l’ensemble des ministères concernés, les services de l’Etat et les associations intervenant dans le secteur de la création et de l’accompagnement d’entreprises. Il en existe une quinzaine de principales parmi des centaines en France. Je souhaitais les voir entrer dans la dynamique de l’AFE. Il fallait également préciser la question du financement de l’agence. L’AFE va disposer de 110 millions d’euros.

• Est-ce suffisant ?

Il faut que les moyens financiers soient à la hauteur du discours du président de la République et des attentes des 11,5 millions de candidats potentiels à la création d’entreprise en zones sensibles. L’AFE dispose de 110 millions d’euros en fonds propres, mais je compte sur une adhésion de l’ensemble des intervenants qui participent à l’acte d’entreprendre : Pôle Emploi, la Caisse des Dépôts, les associations comme Initiative France de M. Schweitzer, PlaNet Adam que préside M. Jacques Attali, ou encore le réseau Entreprendre. J’associe aussi les régions… Et j’estime à environ 2,7 milliards d’euros le cumul des budgets engagés aujourd’hui pour la création et l’accompagnement des entreprises. C’est un levier financier important qui doit également être abondé par le privé, comme par exemple le réseau des banques, que je souhaite faire adhérer à cette dynamique. Je veux mettre en place de manière collective une approche nouvelle qui, sans mettre sous tutelle ou sous contrôle, permette de coordonner et de flécher ces budgets vers l’opérationnel et l’efficience. Chacune de ces entités agit, mais l’analyse montre que c’est en ordre dispersé, sans véritable coordination. C’est cela que l’AFE s’est attachée à définir et à mettre en place ces derniers mois, toujours par la concertation et le consensus, et au service l’emploi. Vu le nombre d’acteurs concernés, cela a pris du temps.

• Où en est l’AFE ?

Le conseil d’administration du 27 mai dernier a élu son CCR, Comité de coordination des réseaux. C’est-à-dire un groupe de personnes représentatives de chacune des entités qui composent l’AFE. La prochaine étape sera de mettre en place un reporting des actions et des financements. L’idée est d’évaluer le suivi des actions menées. C’est avant tout un mode organisationnel efficace que je recherche, autant que l’efficience dans l’utilisation des deniers publics. Il y a aujourd’hui au sein de l’AFE un plein consensus autour de cette vision.

• Quelles vont être les premières actions de l’AFE ?

Il faut commencer par les réseaux. Ils sont déjà bien implantés. Avec une réelle connaissance du terrain et des besoins. Je pense par exemple à PlaNet Adam sur Marseille. Pour avancer, nous allons nous appuyer sur l’expertise de ces réseaux, qui est un atout précieux. Mais je le dis, ce sera long. Les résultats ne seront pas immédiats. Pourtant, il n’y a pas d’autre façon de faire pour créer des emplois. L’agence peut également s’appuyer sur son site internet, qui est extrêmement riche en informations. Il enregistre 11 millions de visites par an. L’idée est de doubler voire tripler le trafic et d’enrichir encore son contenu avec un nouvel habillage, pour le rendre davantage accessible. Sur les fonds de l’Agence, environ 1 million d’euros pourrait être consacré à la communication globale. Avec dans la continuité, des campagnes de presse, et éventuellement à la télévision. L’AFE se déploie avec une structure légère – une trentaine de personnes – mais cela m’apparaît suffisant.

• Le président de la République a annoncé 10 000 nouveaux chefs d’entreprise d’ici 2017 via l’AFE. Vous avez bon espoir ?

C’est le chiffre annoncé par M. François Hollande… Mais je suis sûr que l’AFE va entreprendre quelque chose de valable. Parce que dans une entreprise, lorsqu’on veut conquérir un marché, le plus difficile est d’aller trouver le client. Dans les 11,5 millions de personnes qui peuvent être intéressées par la création d’entreprise en zones défavorisées, nombreuses sont celles déjà identifiées. Et les partenaires de l’Agence ont une bonne connaissance du terrain et des créateurs potentiels. L’AFE peut les former, les informer et financer leur projet. Qui peut refuser cela ? C’est une recette universelle.

• L’action de l’AFE après la présidentielle, y pensez-vous ? Et quel temps donnez-vous à cette structure ?

L’AFE n’est pas une démarche politique, mais une démarche économique. Personnellement, je ne cherche pas de job. Je n’ai pas vocation à faire carrière à l’AFE, mais je veux m’investir pleinement dans cette démarche. Cela prendra du temps, et je veux mettre en marche les fondamentaux. Il me faut parallèlement développer le groupe Altrad. Le rugby est aussi chronophage… Mais je vais consacrer un tiers de mon temps à l’AFE, c’est-à-dire un jour et demi par semaine.

Plus largement, quel est votre avis sur l’économie internationale ?

On dit qu’il y a la crise. Je dis que nous sommes dans un pays, la France, dont le PIB augmente chaque année, certes avec une progression limitée, mais qui évolue à la hausse. Cela signifie que l’on crée des richesses. Cela veut dire aussi que l’on ne doit pas vivre au-dessus de ses moyens ni gaspiller ces moyens. Ce que nous essayons de faire avec l’AFE est de définir une nouvelle approche pour l’utilisation des crédits publics contre le chômage et la précarité et pour accompagner la création d’entreprises et d’emplois. Je pense que cette vision pourra s’appliquer à d’autres secteurs de la vie économique et politique.

Propos recueillis par Daniel CROCI, de l’Hérault Juridique & Economique,
pour Réso Hebdo Eco www.facebook.com/resohebdoeco

Mohed Altrad, CV express : De la Syrie à la présidence de l’AFE…

MàJ 18 septembre 2017. Originaire de Syrie, arrivé en France très jeune dans les années soixante-dix, il réalise une carrière d’ingénieur après l’obtention d’un doctorat en informatique puis crée sa première entreprise en 1984. L’année suivante, il rachète dans l’Hérault un groupe d’échafaudages en faillite. En trente ans, Mohed Altrad procède à plus de 60 acquisitions, fusions et créations d’entreprises en Europe et dans le monde. Premier Français à remporter en 2015 le Prix mondial de l’Entrepreneur de l’année décerné par le Cabinet EY, il préside l’entreprise éponyme (Altrad), qu’il a fondée. Aujourd’hui, le groupe Altrad, leader européen des échafaudages, est présent dans plus de 120 pays, déploie 180 filiales. L’acquisition du groupe britannique CAPE annoncée en juillet 2017, porte l’effectif du groupe Altrad de 21 000 à 39 000 salariés et le chiffre d’affaires combiné de 2,3 Md€ à 3,1 Md€. Mohed Altrad, son fondateur est classé 36e fortune française au classement du magazine Challenges (2,7 Md€). Mohed Altrad affirme : « ce multiculturalisme représente la véritable richesse de l’entreprise ». Mohed Altrad est également auteur d’ouvrages de management (Stratège de groupe, 1990 – Ecouter, harmoniser, diriger, 1992) et de romans à caractère biographique (dont Badawi, 2002 – L’Hypothèse de Dieu, 2006 – La Promesse d’Annah, 2012). Il est également président du Montpellier Hérault Rugby Club. (Source : AFE)

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