Jean-Louis Frechin, dirigeant de Nodesign : « L’intelligence artificielle doit servir la créativité »

Le dirigeant de Nodesign, agence… de design et d’innovation, analyse la révolution, en cours, de l’intelligence artificielle.

De quand le concept d’intelligence artificielle date-t-il ?

« Des débuts de l’informatique. Très tôt, les chercheurs se sont demandé comment distinguer l’intelligence humaine de celle de la machine. Dès 1950, Alan Turing imaginait un test pour cela. Bien sûr, au cours des années suivantes, une mythologie débordante s’est développée sur le sujet, notamment en science-fiction. »

Le terme d’intelligence est-il approprié ?

« Il faut le comprendre dans son acception anglo-saxonne d’information. L’intelligence artificielle, c’est d’abord une machine en capacité de s’informer toute seule, un système autonome d’information et de traitement des données. »

Où en est aujourd’hui l’intelligence artificielle ?

« Big data, machine learning, réseaux neuronaux… les avancées sont nombreuses, pour des applications parfois utiles, parfois ridicules. En matière de santé, d’enquêtes policières, la capacité de traitement des machines peut se révéler une aide précieuse pour travailler sur des volumes de données qu’un humain seul ne peut appréhender. D’autres applications n’ont aucun sens, à l’exemple…

… de cette profusion de chatbots de gestion de la relation client ou de services sans intérêt. »

Comment faire le tri ?

« Il me semble urgent de réfléchir aux enjeux, aux évolutions qu’apporte l’intelligence artificielle dans nos vies. Prenons la voiture autonome : le produit lui-même est pratiquement au point, mais s’est-on posé la question de savoir si les gens ont réellement envie d’une voiture qui conduit toute seule, et celle de son utilité sociale ? Conducteur d’engin automobile, c’est le métier le plus représenté sur la planète. C’est caractéristique du risque actuel : on a exclu les gens de l’objet technique, on réduit leur capacité à dominer la machine. Il faut réinjecter du sens, et sans doute de l’émotion. En 1900, l’avion nouvellement inventé… ne servait à rien ! Les industriels ont lancé les meetings d’aviation pour faire connaître le produit et faire rêver ! Aujourd’hui, c’est encore le secret de Tesla : apporter du rêve. »

frechin

Il manque un débat éthique autour de l’intelligence artificielle ?

« Il faut mettre de la conscience sur ces révolutions, et aborder les bonnes questions. Le progrès doit apporter de nouvelles facilités, pas l’inverse… Pour autant, soyons conscients de notre chance de vivre cette mutation ; elle est formidable… si les gens n’en sont pas exclus. Il me semble que nous, Français, enfants des Lumières, devons remettre l’Homme au centre de ces débats. »

Comment faut-il prendre ce sujet ?

« L’intelligence artificielle change les produits et les services. Comment conserver l’homme au centre ? Restons sur l’exemple de l’aviation. Il y avait un pilote dans les Caravelles, il y a un pilote dans un A 320. Son rôle a changé. On a déporté la chaîne de commandes, mais il y a toujours un homme. Nous ne sommes plus en 1900, où un seul homme pouvait prétendre maîtriser l’ensemble des techniques de l’aviation. Les systèmes actuels ont une part d’autonomie. Mais le pilote doit rester l’homme. Cela veut dire travailler tout particulièrement l’interface. C’est mon métier, puisque je me définis d’abord comme un designer. À Nodesign, nous avons travaillé sur un projet de drone suivant et filmant des sportifs. Cela nous a amenés à apprendre au drone à bien cadrer et à produire de « belles images », à utiliser un langage cinématographique, etc. Mais l’homme reste aux commandes. Simplement, au lieu de piloter la machine avec deux mains, il le fait avec un doigt… et les automatismes proposés ont permis de créer d’autres usages. L’intelligence artificielle doit servir la créativité humaine ! »

Propos recueillis par Philippe CLARET pour RésoHebdoEco
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