La guerre des métaux rares est déclarée

Une catastrophe écologique et des bouleversements géopolitiques majeurs : c'est l'envers du décor de la belle image d'une société de partage, plus écologique. A l'origine de ce décalage se trouve la guerre aux métaux rares, nécessaires aux technologies élaborées, sur lesquelles se base cette nouvelle société, décrypte une enquête minutieuse.

La révolution verte, une illusion aux conséquences dramatiques ? C’est ce que montre, pas à pas, La guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique, ouvrage du journaliste Guillaume Pitron (Ed. Les liens qui libèrent). A la base du problème : si les éoliennes tournent, les voitures électriques roulent et les ordinateurs existent, c’est en utilisant des métaux rares, qualifiés de « pétrole du XXIe siècle » par l’auteur. « La prétendue marche heureuse vers l’âge de la dématérialisation n’est donc qu’une vaste tromperie puisqu’elle génère, en réalité, un impact physique toujours plus considérable », pointe Guillaume Pitron.

Les divers vanadium, germanium, platinoïde, terres rares… sont employés, notamment, pour produire les énergies renouvelables, qui représentent déjà 19 % de la consommation d’énergie finale dans le monde. Et les objectifs des Accords de Paris, qui visent à contenir le réchauffement climatique, devraient en accroître encore l’utilisation. En effet, ces métaux, – qualifiés de rares, car il n’existent qu’en petite quantité, mêlés à d’autres –, ne génèrent pas de CO2. En revanche, leur extraction provoque « des impacts environnementaux encore plus importants que ceux générés par l’extraction pétrolière », dénonce Guillaume Pitron. L’opération nécessite l’utilisation de réactifs chimiques toxiques et de grandes quantités d’eau que les pays ne se soucient pas toujours de retraiter.

Comme en Chine, à Baotou, où est située la plus grosse zone de production de métaux rares de la planète. Dans les villages à proximité du lac artificiel où sont stockées ces eaux sales, les enfants grandissent sans dents et les cancers sont légion. Quant aux conditions de travail, elles relèvent du Moyen-Age, comme dans les mines de la République démocratique du Congo : les ouvriers, équipés de simples pelles et pioches, extraient le cobalt ensuite intégré dans les batteries lithium-ion des voitures électriques.

La Chine monopolise les métaux rares

Les voitures électriques roulent sur les routes d’un Occident qui se garde bien d’extraire ces métaux. Mais en préservant ses territoires de dégâts écologiques, il se met à la merci des ambitions économiques et géopolitiques de la Chine. Ainsi, en France, les mines ont été fermées depuis les années 80. Et en 1994, le groupe Rhône-Poulenc, qui purifiait jusqu’à 8 000 tonnes de terres rares dans son usine de la Rochelle, a délocalisé une partie importante de cette activité en Chine.

Là-bas, sur la base des plans quinquennaux du gouvernement, une stratégie très élaborée mise sur la richesse de ses sols en métaux rares pour développer une filière entière allant jusqu’aux armements. Déjà premier producteur au monde de plusieurs métaux rares, comme l’antimoine (77 % de la production mondiale), la Chine travaille à s’assurer le contrôle de mines partout dans le monde, notamment en Afrique. Elle est devenue une sorte d’OPEP des métaux rares, capable d’en dicter les prix, et n’hésitant pas à assécher le marché mondial en limitant ses exportations. Le but est de contraindre les entreprises occidentales – et leurs technologies – à s’installer dans sa zone franche de 120 km2 à Baotou, qui compte déjà 3 000 entreprises, dont 50 sociétés à capitaux étrangers. C’est ainsi que le Japonais Hitachi a laissé échapper son monopole sur la technologie des électroaimants. Et aujourd’hui, la Chine concentre les trois quarts de la production mondiale de ces composants indispensables, par exemple, aux moteurs électriques. La Chine est également devenue le premier fabricant d’équipements photovoltaïques, le premier investisseur dans l’éolien… Elle « veut, sur le terrain économique, être la grande gagnante de la transition énergétique et numérique », synthétise Guillaume Pitron. Sur le plan militaire, elle s’est procuré les technologies nécessaires pour perfectionner les missiles longue portée qui servent ses ambitions dans la mer de Chine méridionale, où elle se confronte aux Etats-Unis.

Un astéroïde évalué à 5 000 milliards d’euros

L’opération a été menée à bien en profitant d’une faiblesse américaine : sous le voile de sociétés-écrans, les Chinois ont racheté Magnequench, société américaine fournissant les aimants pour les chars et radars nationaux, avant de la rapatrier chez eux, en 2006. Mais le manque de vigilance américaine sur cette ressource stratégique, dont dépendent la sécurité du pays et son activité économique, n’est pas unique. Il a fallu attendre 2011 pour que la France crée le Comité pour les métaux stratégiques (COMES). Et lorsqu’Arnaud Montebourg, alors ministre de l’Industrie, a parlé de rouvrir les mines, il a déclenché un tollé. « Le débat sur les mines nous invite à prendre conscience de ce que les Chinois ont compris depuis des lustres : notre modèle de développement recèle d’indébrouillables contradictions », analyse l’auteur, qui plaide en faveur de la réouverture des mines. Ce serait « la meilleure décision écologique qui soit (…) Nous prendrions immédiatement conscience, effarés, de ce qu’il en coûte réellement de nous proclamer modernes, connectés et écolos », écrit-il. Une prise de conscience d’autant plus indispensable que les chercheurs alertent sur la raréfaction de ces ressources. Pour une quinzaine d’entre eux, leurs réserves rentables seront épuisées en moins de cinquante ans.

Alors, « la bataille des terres rares (…) est bel et bien en train de gagner le fond des mers. Une nouvelle ruée minière se profile », écrit encore Guillaume Pitron. Là aussi, la Chine est à la pointe, avec ses nouveaux submersibles qui explorent le plancher des océans à des profondeurs records. Et les hommes lorgnent déjà sur les ressources de l’espace. En 2015, un astéroïde a été évalué à 5 000 milliards d’euros…

Anne DAUBREE

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