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Le Bâtonnier du Barreau de Montpellier Rémy Lévy : "Retraites… ça va vraiment finir par casser"

De plain-pied dans la contestation face à la réforme du système des retraites, les 1.200 avocats du barreau de Montpellier veulent décider de l’avenir de leur profession. Me Rémy Lévy, le bâtonnier en exercice, dresse un rapide bilan de l’année 2019 et s’inquiète de la tournure potentielle des événements à venir… Entretien. HJE : Quel bilan […]

De plain-pied dans la contestation face à la réforme du système des retraites, les 1.200 avocats du barreau de Montpellier veulent décider de l’avenir de leur profession. Me Rémy Lévy, le bâtonnier en exercice, dresse un rapide bilan de l’année 2019 et s’inquiète de la tournure potentielle des événements à venir… Entretien.

HJE : Quel bilan tirez-vous de l’année écoulée, marquée notamment par des mouvements d’ampleur de la part de la profession ?

Me Rémy Lévy : « L’Ordre des avocats de Montpellier, septième barreau de France, a un bilan un peu comparable à ceux de tous les barreaux français. J’échange beaucoup avec les représentants des grands et petits barreaux parce que les bâtonniers constituent véritablement une famille réunie dans la Conférence des Bâtonniers. Je peux dire qu’aujourd’hui, le bilan est très négatif sur plusieurs plans. Sur notre activité, avec des réformes qui interviennent dans le mépris le plus total de la profession. Ce fut le cas avec le projet de loi Justice l’an dernier. Il est passé en force mais avec quasiment personne pour le voter à l’Assemblée nationale. Cette année, on parle beaucoup des retraites, mais une nouvelle catastrophe arrive avec la réforme de la procédure civile instaurée depuis le 2 janvier, dont les décrets sont parus le 12 décembre. On n’a jamais vu ça ! En général les praticiens avaient a minima six mois à un an pour prendre connaissance du texte de loi et prendre le temps de l’étudier ».

HJE : Sur la question des retraites, les avocats seront à nouveau mobilisés…

« Ces mouvements s’ajoutent aux grèves du 15 septembre – avec 20.000 avocats mobilisés sur les 60.000 que compte la profession – des 5 et 17 décembre 2019. J’aurai personnellement totalisé plus de journées de grève en quatre mois qu’en quarante et un ans de carrière ! Concernant la réforme des retraites, nous avons eu comme interlocuteur M. Delevoye. On a pu avoir quelques raisons de s’interroger sur les fondements profonds de sa propre retraite. J’espère qu’il a préparé la réforme plus sérieusement que sa déclaration à la Haute Autorité de la Vie publique. On peut se poser des questions, non seulement vis-à-vis de notre profession, mais aussi sur le but de cette réforme désengageant totalement l’Etat au profit des assurances. C’est aussi le cas pour l’aide juridictionnelle, puisque le projet serait peut-être de la confier aux assureurs. Au-delà des premières lignes que l’on décèle, on peut suspecter une organisation future purement économique de l’activité judiciaire ».


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HJE : D’autant que le contexte place certains avocats en difficulté, notamment les plus jeunes…

« Nous avons pris connaissance du projet de réforme dès le mois de juillet, un peu en avance sur le grand public. L’Ordre s’est mobilisé pour informer les confrères et notamment les plus jeunes sur la problématique du doublement des cotisations retraite sur la tranche 0 – 40.000 euros, la baisse des pensions minimales de 1.400 à 1.000 euros, et la confiscation de nos avoirs puisque notre caisse de retraite est excédentaire. Je dis souvent d’une façon imagée : c’est un hold-up suivi d’une tentative d’assassinat de la profession. Le hold-up, c’est la captation des réserves et la suppression de notre caisse alors qu’au départ, personne ne voulait des avocats au sein du régime général. La tentative d’assassinat en règle, c’est sur les classes qui vont être les plus touchées, celles qui gagnent le moins. 50 % de la profession ne dépasse pas 40.000 euros de revenus par an. Le plus paradoxal, c’est que cette partie de la profession participe le plus au service public. Elle gère l’aide juridictionnelle, participe à la permanence pénale dans laquelle les Ordres mettent beaucoup d’argent pour que les rémunérations soient décentes ».

« Une sorte d’instinct de survie »

« Tout cela a peut-être un sens plus large que le simple calcul technique des retraites. Sur ce point, je crains un phénomène de radicalisation, notamment de la part des jeunes. Comment peut-on accepter une hausse des taux de cotisation retraite à 28 %, représentant 11.000 euros de cotisation sur 40.000 euros de revenus ? Et cela ne concerne que la partie retraite ! Jamais je n’aurais pensé en arriver à manifester pour défendre une profession considérée et perçue comme noble, utile et écoutée. Mais on va se battre. Notamment par des actions collectives avec le mouvement SOS Retraites, qui regroupe plusieurs professions indépendantes, et auquel le CNB a adhéré. La bataille va être longue. Le calendrier législatif n’est pas certain mais s’oriente vers une présentation du projet de réforme en février. Suivront les navettes entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Il nous faudra monter en puissance à ce moment-là, si rien ne change. Nous réfléchissons collectivement à tout cela, mus par une sorte d’instinct de survie.
Mon rôle de bâtonnier est de me battre, principalement pour nos jeunes qui font bien le métier, qui sont très présents dans le service public et qui méritent autre chose que cette absence de considération et ce mépris opposé à leur activité et leur survie économique.
Le métier est devenu difficile. Des articles, parus il y a quelque temps sur la profession en région parisienne, indiquaient que de nombreux jeunes avocats quittaient
la profession avant les dix premières années d’exercice. L’évolution numérique crée des situations de stress permanent, et certains s’orientent vers le privé. Mais la profession ne cesse de croître. En décembre dernier, 68 nouveaux confrères et consœurs ont prêté serment à Montpellier pour entrer dans la profession. 60 sur notre barreau et 8 dans les autres barreaux de la cour d’appel. Pour continuer sur les aspects positifs, Montpellier compte 1.200 avocats. C’est une lourde charge, mais le Conseil de l’Ordre et ses services administratifs assurent, sans faiblir, un excellent travail au service de l’ensemble de la profession et des justiciables.»

Propos recueillis par Daniel CROCI
Cette semaine, les avocats sont en grève, et le collectif SOS Retraites appelle à une marche le 11 janvier.

 

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