Le marché de l’eau vu par Sylvain Boucher, président du Pôle Eau à vocation mondiale

L’eau représente un marché de plusieurs milliards d’euros de par le monde. Une filière spécialisée s’est constituée en France autour d’un pôle de compétitivité, pour anticiper et répondre aux attentes d’un secteur en forte évolution. A l’occasion du salon international de l’eau Hydrogaïa, organisé les 25 et 26 mai à Montpellier, rencontre avec le président du Pôle Eau à vocation mondiale. Il précise ici les missions de son institution et ses actions, notamment à l’international.

Quelles sont les missions du Pôle de l’Eau ?

Sylvain Boucher : “La première est d’identifier des idées d’innovations partagées entre un laboratoire académique, une PME et/ou une grande entreprise ou l’un des groupements de PME qui composent le Pôle. Cette idée doit devenir un projet construit et trouver son financement. Il existe un ensemble de guichets, FUI, ANR, Ademe ou Régions, qui viennent souvent abonder les fonds européens… Le Pôle a vocation à aiguiller l’entreprise vers ces financements pour que ses projets se réalisent. Il y a aussi la nécessité d’un pilote qui permette de franchir l’étape industrielle. La finalité est de créer un marché à partir de ce potentiel, donc des emplois. La deuxième mission du Pôle concerne l’aide à l’exportation. La troisième est l’identification des évolutions des besoins des filières en termes de compétences, donc de formations et de veille.”

Quelles sont les actions menées à l’international ?

“Nous invitons des délégations d’entreprises adhérentes à participer aux salons internationaux pour la promotion de leurs produits et la rencontre de prospects. Hydrogaïa Montpellier est un de ces événements. Notre implication dans cette manifestation vise à démontrer à l’international qu’ici, en France, il y a des compétences scientifiques et technologiques à même de traiter efficacement le grand sujet de l’eau. Dans ce cadre, nous avons accueilli plusieurs délégations. Nous travaillons également à la création de partenariats avec d’autres clusters étrangers. C’est ce que nous venons de faire avec le cluster britannique British Water, avec lequel nous avons signé un accord de réciprocité. Il va nous permettre de mieux connaître le marché britannique et ses besoins. De même, une délégation de la Corée du Sud était présente à Montpellier. Ce pays réfléchit à la constitution d’un cluster national équivalent au Pôle Eau français. C’est-à-dire réunissant les académiques et les entreprises autour d’une même logique : comment construire une école coréenne de l’eau ? Et dans le cadre de l’eurorégion Catalogne-Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, une réflexion de type Horizon 2020 est menée. Une lettre d’intention a été signée, qui pourrait conduire l’an prochain à un partenariat avec les Catalans et ouvrir une voie supplémentaire vers l’Espagne par la Catalogne. Ce sont quelques-unes des actions récentes du Pôle…”

Quelles sont les attentes des filières en matière de nouvelles compétences ?

“Notre rôle est d’identifier les chaînons manquants, en lien notamment avec les CCI et les universités. Le processus de formation doit évoluer pour faire face aux demandes émanant des entreprises. Il faut faire se rencontrer les académiques et les entreprises, avec une logique de travail en réseau ; ce qui nous amène, entre autres, à organiser des rencontres thématiques. Il y a six mois, nous avons proposé à Toulouse une journée « Eau et Défense ». Des responsables du ministère de la Défense et de la DGA sont venus exposer leurs problématiques en rapport avec l’eau. Nos adhérents ont pu présenter des solutions pouvant répondre à ces attentes. De cette rencontre sont nés des groupes de travail et des réflexions bilatérales mettant en relation les idées et les besoins afin de créer de nouveaux produits « tests », susceptibles par la suite d’être utilisés par les armées ou dans le cadre de missions humanitaires à l’international.”

Peut-on chiffrer le marché mondial de l’eau ?

“Ce sont des centaines de milliards d’euros de par le monde. Les métiers de l’eau recouvrent en fait une définition très large, qui va bien au-delà de la production d’eau potable ou de l’assainissement. Cela inclut par exemple l’ensemble des process de chimie de l’eau. Le marché français est, lui, évalué à 12 milliards d’euros, soit moins que le chiffre d’affaires de la Française des Jeux ! Mais il faut aussi remettre en perspective d’où nous venons. Il y a un siècle, en France, des gens mouraient en buvant de l’eau souillée. Aujourd’hui, fort heureusement, ce genre de situation n’existe plus. Dans notre pays, le niveau d’exigence en termes de qualité de l’eau est très élevé et peut être présenté comme un modèle pour d’autres pays.”

Justement, le Pôle Eau a vocation à agir à l’international…

“L’Europe commence à être bien équipée. Il y a donc une réelle nécessité à regarder ce qui se passe dans d’autres parties du monde, parce que les entreprises françaises ont aussi beaucoup de choses à apporter à ces marchés. Le Moyen-Orient a par exemple, objectivement, un besoin d’ingénierie pour la ressource eau. Et notamment en matière de technologie de dessalement et de « re-use » (réutilisation des eaux sortant de station d’épuration). Une entreprise adhérente du Pôle Eau, basée à Narbonne dans l’Aude, propose une innovation technologique permettant de transformer les boues de station d’épuration en fertilisants utilisables dans le cadre d’une agriculture durable. Cette opportunité, ainsi que de nombreuses autres, peuvent se déployer également en Australie et en Chine, au vu de leur croissance démographique et de leurs besoins considérables en eau, ou encore pour le traitement des polluants issus des entités industrielles… On peut également évoquer les Etats-Unis, où le ministère de l’Environnement vient d’évaluer ses besoins internes en « solutions eau » à 300 milliards de dollars. Il y a aussi l’Amérique du Sud…”

Ces pays sont-ils prêts à anticiper cette demande ?

“De par le monde, 78 % des productions industrielles dépendent de l’eau. Si cette ressource n’était pas renouvelée, ces industries n’existeraient plus. Des emplois disparaîtraient. On voit bien ici une des incidences de l’eau sur le cycle de vie à l’échelon planétaire. D’où la nécessité d’anticiper des logiques de gestion à la fois des ressources et des risques, notamment ceux liés aux changements climatiques. Là aussi, les métiers de l’eau peuvent apporter des solutions durables. Je pense aussi au marché français en disant cela.”

Daniel CROCI

Sylvain Boucher, CV express. Sylvain Boucher, 52 ans, préside le Pôle de compétitivité Eau depuis janvier 2015. Il débute sa carrière en 1988 chez Matra Transports, sur le projet de métro VAL. Il intègre ensuite de 1990 à 1994 le ministère de l’Équipement dans le secteur routier et l’aménagement, avant de prendre des fonctions de direction générale dans deux grandes collectivités publiques jusqu’en 2004. Il rejoint ensuite les services centraux de l’État dans les domaines du logement, de l’aménagement du territoire et de la construction. Puis il entre chez Veolia Environnement en 2007, d’abord dans la division eau, puis au siège fin 2009 comme directeur auprès du PDG de Veolia Environnement et secrétaire du comité exécutif. Il est actuellement directeur de la délégation France et des collectivités publiques du groupe Veolia. Sylvain Boucher est ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et diplômé de l’École nationale des ponts et chaussées, des Universités de Paris VI et d’Orsay.
Le Pôle Eau à vocation mondiale a été labellisé par le Comité Interministériel d’Aménagement et de Développement du Territoire (CIADT) le 11 mai 2010. Il couvre les régions Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et PACA, et travaille en étroite collaboration avec le Pôle DREAM de la Région Centre (Orléans) et l’HYDREOS de Nancy, en Alsace-Lorraine. Les groupes de travail du Pôle basés à Montpellier interviennent sur 4 axes stratégiques : l’identification et la mobilisation des ressources, la gestion concertée des ressources et des usages, la réutilisation des eaux de toute origine, et les approches institutionnelles et sociétales. France Water Team est la « marque » référence portée par le Pôle à l’international. Elle regroupe 450 entreprises, institutions de recherche et de formation, membres du réseau. Ses objectifs : collaborer sur des actions communes de développement international pour les entreprises de la filière de l’eau ; favoriser l’accompagnement et le développement de leurs entreprises membres à l’export grâce à une offre intégrée ; et améliorer la visibilité de ses membres à l’international.

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