Le patrimoine, indispensable attrape-touristes ?

Les touristes étrangers sont friands de l’art de vivre à la française, et le patrimoine contribue à les attirer. Mais sa mise en valeur peut s’avérer très complexe. Un débat portant sur ce sujet était organisé le 25 octobre dernier, à Paris, dans le cadre du Salon international du patrimoine culturel.

Atout majeur ou gouffre sans fond ? Lors du Salon international du patrimoine culturel, une table ronde était intitulée « Patrimoine au service du développement économique, quelles stratégies et quels outils de valorisation touristique des sites patrimoniaux ? ». L’enjeu est majeur, a rappelé Martin Malvy, président de Sites et Cités Remarquables de France, une association qui regroupe environ 1.300 communes bénéficiant d’un label patrimonial. « On estime qu’un touriste sur deux a pour motivation le patrimoine. Mais il ne s’agit pas seulement du château ou du musée. Cela comprend aussi les grands espaces, la gastronomie, la culture », a-t-il précisé. De plus, le patrimoine seul ne suffit pas. « Il faut construire des projets touristiques », a ajouté Martin Malvy. En clair, en plus de la visite du château, il faut être en mesure de proposer des activités pour les enfants, du shopping…

Les analyses d’Atout France, service public chargé de promouvoir cette destination touristique à l’étranger, vont dans le même sens. D’après Philippe Maud’hui, directeur ingénierie et développement des territoires d’Atout France, aujourd’hui, les Européens, avec les Belges, les Néerlandais, les Allemands, les Italiens et les Anglais, constituent les premières clientèles étrangères en France. Toutefois, a-t-il dévoilé, « les perspectives de croissance sont à chercher dans des clientèles extra-européennes » comme la Chine, la Russie et les Etats-Unis. Seul souci, « ces clientèles ont tendance à aller vers les destinations les plus connues comme Paris ou le Mont- Saint-Michel. Le risque est qu’avec le numérique, cette concentration que l’on observe déjà s’accélère. (…) L’enjeu est de maîtriser la fréquentation sur ces sites déjà saturés et de permettre un meilleur flux sur le territoire », a-t-il ajouté.

Toutefois, les villes petites et moyennes représentent déjà 28 % des flux internationaux, avec des durées moyennes de séjour de 4,9 jours, supérieures à celles des métropoles. Et pour Philippe Maud’hui, ces communes disposent d’atouts qui correspondent aux attentes des clients étrangers. Ces derniers recherchent des villes à taille humaine, où ils peuvent prendre leur temps en se sentant en sécurité et sans complications logistiques, pour profiter de la qualité du patrimoine et du contact avec les habitants. D’après Atout France, huit touristes étrangers sur dix souhaitent d’abord faire des promenades en s’immergeant dans le patrimoine. En deuxième lieu, ils recherchent des bars et des restaurants. Les visites de châteaux et de musées viennent en troisième position ; elles sont citées par 40 % d’entre eux, au même niveau que le shopping.

Des projets complexes et sur mesure

Si la visite du château ne suffit pas, le patrimoine local peut représenter un atout de taille pour les collectivités. Reste que sa mise en valeur peut se révéler très complexe. C’est ce que montre l’étude consacrée à la « Valorisation touristique de monuments historiques », réalisée à la demande de Bercy, de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) et du ministère de la Culture en 2017 et 2018. L’essentiel ? « Il faut trouver un modèle économique viable », selon Catherine Bonamy, gérante du cabinet CBC XII, culture tourisme, auteure de l’étude. De nombreuses configurations sont possibles : le patrimoine peut être ouvert à la visite, proposer de l’hébergement ou de la restauration, ou offrir des formules mixtes. Dans la mise en œuvre, « à chaque fois, c’est du sur-mesure », a-t-elle prévenu. Par exemple, si le patrimoine propose de l’hébergement, son propriétaire peut en confier l’exploitation à un groupe spécialisé, comme Chateauform. Autre possibilité, le propriétaire, exploitant, peut s’intégrer dans un réseau tel Relais et Châteaux. Si le projet n’inclut pas d’hébergement, le propriétaire peut en confier la gestion à des professionnels, comme Kleber Roussillon ou Tous au Château.

D’autres propriétaires gèrent directement leur patrimoine, à l’image de la famille de Vogüé, pour le château de Vaux-le-Vicomte. Autre cas de figure encore, un site peut proposer plusieurs types d’activités et l’activité marchande, dégager une partie seulement des ressources nécessaires à l’entretien. « Il y a une complexité dans la mise en œuvre », a toutefois prévenu Catherine Bonamy. « Cela demande beaucoup de ténacité », a confirmé Elisabeth Bonjean, maire de Dax (Landes). En mars, elle a inauguré l’hôtel Splendid, joyau art déco de la fin des années 20, rouvert après de longues années de fermeture. L’édifice est à présent destiné au tourisme d’affaires et senior, et sa gestion a été confiée au groupe Vacances Bleues. A l’origine, la ville thermale, qui accueille 60.000 curistes par an dans le Grand Dax, a voulu « s’ouvrir vers le tourisme », a expliqué la maire. Historiquement, la commune était propriétaire d’une compagnie thermale et de plusieurs hôtels vendus en 2008, à l’exception du Splendid, dont les 16 000 m2 ont vu défiler des célébrités comme Ernest Hemingway ou Sacha Guitry. « Nous avons tenu à garder ce patrimoine municipal et à décider de sa destination économique. Il a fallu faire preuve de résistance. C’était compliqué à gérer au moment où les dotations [de l’Etat] baissaient. Nous aurions pu céder aux sirènes de la vente facile », a témoigné Elisabeth Bonjean, qui a décrit une « opération très compliquée » à mettre en œuvre. Avec l’aide de la Caisse des Dépôts, un montage juridique complexe a été mis en place pour permettre à la ville de demeurer propriétaire. Les 17 millions d’euros de travaux ont été financés par plusieurs collectivités locales, la CDC et un investisseur privé.

Anne DAUBREE


Hausse des recettes touristiques en France
Les recettes touristiques dues aux dépenses des étrangers sur le territoire ont augmenté entre 2016 et 2018, pour atteindre un solde de près de 17,5 milliards d’euros, selon les chiffres de la Banque de France publiés en octobre. C’est le plus haut niveau atteint depuis 2013, mais il reste inférieur aux chiffres affichés par les Etats-Unis et l’Espagne.

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