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Entreprises

Le risque routier en entreprise - Un enjeu majeur de formation

Alors que la route est la première cause de mortalité au travail (44% des décès), la formation au risque routier est théoriquement obligatoire. La nouvelle charte en 7 points #routeplussure vient d’être publiée, ainsi qu’une nouvelle norme Afnor sur la prévention du risque routier…

Conduire est une activité prenante dans la vie des salariés : plus de dix heures en moyenne par semaine. Si les ambulanciers, commerciaux, facteurs et chauffeurs routiers se déplacent tous les jours en véhicule pour travailler, beaucoup de salariés roulent également vers leur lieu de travail. Le risque routier a longtemps été ignoré des pouvoirs publics, mais Emmanuel Barbe a le souci de mettre en place un certain nombre de mesures pour faire baisser l’accidentologie française, qui n’est pas un cas unique en Europe. La France comptait 5,4 décès pour 100.000 habitants en 2015, versus 3,6 en Espagne, 4,3 en Allemagne, 2,7 en Suède, 9,5 en Roumanie et 9,8 en Bulgarie.

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La législation du travail oblige les chefs d’entreprise à évaluer et consigner les risques liés aux déplacements de leurs salariés dans un document unique, à mettre en place, « des mesures de prévention ciblées sur les déplacements, véhicules, communications et compétences » (articles L. 4121-1 et -2 du Code du travail).

Une épée de Damoclès pour les employeurs

S’il n’existe pas de sanction au sens littéral du terme dans les textes, en cas d’accident, « des poursuites pénales pourront être engagées contre l’employeur pour homicide ou blessures involontaires (articles 121-3, 221-6, 222-19, R. 625-2 et R. 622-1 du Code pénal) si, par ses manquements, il a créé ou laissé créer une situation dangereuse conduisant à l’accident ». Quelques principes de base doivent éveiller les consciences pour protéger des salariés, en contrôlant les véhicules (entretien, état), l’environnement (météo, revêtements, trafic), le conducteur (conduite sous psychotropes, médicaments, vision, fatigue), le déplacement (organisation du parcours, points GPS préalablement enregistrés, planification des temps de pause) et la réglementation (obligations des salariés et de l’employeur, respect du Code de la route, limites de chargement et des temps de conduite).

Sur la voie publique, le salarié est considéré comme tout conducteur : l’obligation de respecter le Code de la route lui incombe. Comme le précise l’article L.121-1, « le conducteur du véhicule (sauf exception) est responsable pénalement des infractions commises au volant ».

Une nouvelle charte en 7 points vient d’être publiée : #routeplussure de la Sécurité routière, déjà signée par plus de 1.000 entreprises françaises, qui s’engagent à inscrire le risque routier dans leur culture d’entreprise en y invitant leurs collaborateurs (3.099 281 salariés impliqués). Même si ce n’est que déclaratif, cette évolution des mentalités est nécessaire pour tenter d’éviter les presque 500 décès de salariés, qui meurent chaque année sur la route en travaillant.

L’apprentissage pourrait commencer dès le permis de conduire et lors de révisions ultérieures : on estime à plus de 150.000 personnes le nombre de conducteurs titulaires d’un permis de conduire, inaptes à la conduite pour mauvaise vue selon snof.org !

La détection de l’illettrisme pose également question. D’après l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, 7 % des personnes de 18 à 65 ans en France seraient illettrées. Combien parmi elles conduisent ? Question subsidiaire : comprennent-elles les panneaux ? Et sur 3.722 personnes interrogées, 39 % des conducteurs ont déclaré avoir des problèmes de vue en conduite nocturne (Klein 1999). Une nouvelle norme Afnor Prévention du risque routier vient d’être publiée par le groupement des préventeurs du risque routier (GP2R) dans le but de contribuer à une meilleure sécurité des déplacements professionnels. À ce titre, de nombreux outils ont été développés à destination des entreprises.

LE RISQUE ROUTIER EN CHIFFRE
• 1re cause de mortalité au travail : la route
• 44 % des décès au travail sont liés à la route
• 1 accident sur 7 a lieu sur un trajet professionnel.
• il y a 50.000 accidents professionnels sur la route par an, dont 400 mortels.
•  80 % des chefs d’entreprise de moins de 50 salariés ne font pas d’action de prévention du risque routier.
• 75 % n’ont pas conscience de la réalité des chiffres.
• 1 salarié sur 2 déclare devoir répondre au téléphone en conduisant, pour son travail et/ou pour atteindre ses objectifs mensuels.
(Sources : ministère du Travail 2017 et enquête Ifop 2017)

Le précurseur Jean-Pierre Beltoise

Précurseur en la matière, le pilote des années 1970-1980 Jean-Pierre Beltoise, décédé en 2015, a laissé un indéniable savoir-faire et une méthode, Conduire juste, née en 1986 de sa volonté d’éduquer les salariés des entreprises au risque routier. Directeur général de Beltoise Évolution, Marc Bodson a repris le flambeau sur les trois circuits français de l’entité, dont celui du Laquais à Champier (Rhône-Alpes). « Tout repose sur l’anticipation, au sens large du terme, avec apprentissage du comportement au volant, sensibilisation aux revêtements, le regard le plus loin possible, le pied sur le frein, prêt à intervenir, l’adaptation de la vitesse en fonction du trafic et du contexte. Tout est étudié pour prévenir les risques plutôt que les corriger dans des situations rendues délicates. Sans entraînement, une personne qui passe dans une école de pilotage une fois en cinq ans n’est pas sûre de reproduire les bons gestes si elle glisse à 80 km/h ». Une diminution de la sinistralité est observée dans 90 % des cas. Moins de casse matérielle, de dégâts corporels, moins de rendez-vous loupés et peut-être de marchés perdus, moins d’absentéisme, pas de hausse des primes d’assurance… L’efficacité est démontrée. Conduire juste est aujourd’hui leader sur le marché.

Les nouvelles technologies donnent accès aux simulateurs de conduite lors de stages de prévention du risque routier avec des casques de réalité virtuelle. L’instructeur de pilotage d’Eddy Brisson prône les termes d’écoconduite et d’écomobilité au sein des entreprises : « Nos formations sont souvent mandatées par les assurances : le groupe Arval oblige ses clients à suivre nos stages. C’est ludique, certes, mais on promeut la conduite responsable : faire la différence entre voir et regarder, se concentrer sur sa conduite comme une activité à part entière ». Outre l’aspect sécuritaire, Eddy Brisson prône l’écologie et enseigne l’art de conduire à l’économie, pour diminuer les consommations et préserver l’environnement, sur des parcours routiers. Et les stagiaires découvrent avec surprise un temps moyen de parcours réduit en conduisant ainsi, leur laissant quelques minutes pour s’arrêter et enfin pouvoir… téléphoner à un client.

Cette expérience est facilitée par l’emploi d’un boîtier qui se connecte sur une prise OBD, en vue d’analyser les comportements dans la circulation : nombre de vitesses passées, coupures d’accélération, distances de freinage et temps total réalisé sur chaque parcours. Une mine d’informations qui place le stagiaire face à ses lacunes. À ce titre, chaque flotte automobile des entreprises est étudiée sous tous les angles, justement pour leur entretien, donc pour en améliorer le niveau de sécurité. Ce sont d’ailleurs souvent les constructeurs qui s’en chargent dans leurs packs d’offres budgétaires tout compris.

PSYCHOTROPES, ALCOOL, DROGUES…
• Alcool au volant : 30% des accidents mortels
• 10 à 12 cl de vin ou 25 cl de bière ou 3 cl de whisky = 0,2 g/l d’alcool dans le sang
• Le risque d’accident mortel augmente en fonction du taux d’alcool : à 0,5 g/l, il est multiplié par deux ; à 0,8 g/l : par dix ; à 1,2 g/l par trente-cinq.
• Les médicaments de niveau 2 ou 3 entraînent une incapacité temporaire à la conduite.
• 22 % des accidents mortels sont dus à la présence de stupéfiants.
• 960 000 points ont été retirés pour l’usage du téléphone au volant. (Chiffres 2015)

Chez Toyota et Lexus, l’accent est mis sur les nouveaux modèles hybrides. Arnaud Martinet, directeur adjoint ventes sociétés et véhicules d’occasion, détaille : « En achetant une de nos voitures, chaque société peut souscrire à l’offre Hybride Académie, une option de 240 euros TTC à intégrer dans la facture d’achat, qui dispense 4 heures de formation au système hybride et à la sécurité, sur 20 circuits en France, et lors d’un parcours routier. Cette initiation est assurée par Actua depuis juillet 2018 ». Ces stages répondent à une attente des sociétés clientes des marques Toyota et Lexus : « Le système hybride nécessite un petit apprentissage pour en tirer la quintessence et parvenir à rouler plus de 50 % d’un parcours en tout électrique ».

Start and Go
Le jeu Start and Go © Georges Louette.

Génial créateur du jeu Start and Go, Georges Louette a repris le principe du Trivial Pursuit, version gestion du risque routier, et vient jouer avec ses clients. L’apprentissage du jeu et les plantages aux questions ludiques marquent les esprits dans l’entreprise. Les mises en situation, les challenges, utiles et amusants, tout ça fait un bien fou. Directeur santé et sécurité dans un grand groupe avant de créer sa propre entité en 2015, Georges Louette encadre depuis les formations au risque routier en entreprise, parti du constat que le permis de conduire français n’est qu’un examen qui autorise à faire usage d’un véhicule. Deux circuits (Saint-Jean-de-Mûre et Saint-Jean-de-Surigneux) pour la pratique, et sa méthode agit sur les comportements au volant : « Je mets en avant des valeurs chiffrées. Si je dis que 76% des conducteurs utilisent leur portable au volant et qu’il est prouvé qu’on ne peut pas être attentif aux deux actions en même temps, c’est du concret. J’annonce aussi que rouler en ville à 60km/h au lieu de 50 est lourd de conséquences s’il faut freiner d’urgence : on mettra 10 mètres de plus à freiner à 60 km/h. C’est la longueur d’un bus ! Si on veut agir sur la sécurité routière, il faut agir sur les comportements des conducteurs, leur faire comprendre la conséquence des comportements inadaptés. Analyser un accident est un bon biais pour débuter. On y trouve généralement plusieurs facteurs de risques, et lorsqu’on interroge les personnes, on découvre que ces situations “ n’étaient pas prévues ”, genre “ le chat a traversé la route ”. Je mets aussi l’accent sur les “ distracteurs ” : on croise une Porsche, on lève les yeux de notre route ». Autres fléaux : l’alcool, les drogues, mais aussi la fatigue, les médicaments et antidépresseurs largement consommés en France, avec les somnolences induites, peu prises en compte et inavouées, par impératif de rentabilité.

Anne-Chantal PAUWELS
pour RésoHebdoEco
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