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«Le sens de la vie» d’après un conte de Tolstoi

«Le sens de la vie» d’après un conte de Tolstoi ibreLe temps de Noël est propice aux contes. Les lignes qui suivent sont un conte d’après Tolstoi : «Le roi d’un petit royaume se posait de nombreuses questions concernant le sens de sa vie.Ces questions le tracassaient et l’empêchaient de goûter à un sommeil réparateur.Son […]

«Le sens de la vie» d’après un conte de Tolstoi ibre
Le temps de Noël est propice aux contes.
Les lignes qui suivent sont un conte d’après Tolstoi :

«Le roi d’un petit royaume se posait de nombreuses questions concernant le sens de sa vie.
Ces questions le tracassaient et l’empêchaient de goûter à un sommeil réparateur.
Son grand chambellan s’inquiétait :
– «Sire, vous avez l’air fatigué. Qu’est-ce qui vous inquiète à ce point?
-Tu vois, chambellan, je voudrais connaître le sens de la vie, ce qui est important à vivre tous les jours.
-C’est une question bien complexe, répondit le chambellan. Pourriez-vous, Sire, la diviser en trois questions plus simples et à ce moment-là, je ferai chercher tous les sages du royaume et ils vous donneront une réponse?
Le roi se mit à réfléchir et formula trois questions :

1 – quel est le meilleur moment pour chaque chose?
2 – quelles sont les personnes les plus importantes dans ta mission?
3 – quelle est la chose la plus importante à faire à tout moment?

Comme il l’avait suggéré, le grand chambellan fit annoncer dans tout le royaume que ceux qui pourraient répondre aux questions du roi seraient récompensés.
Tous les sages du royaume se dirigèrent vers le palais et chacun y alla de ses réponses.
Mais aucune ne satisfit le roi dont les insomnies reprirent de plus belle.

Ne sachant comment soulager son Souverain bien-aimé, le chambellan tenta de se souvenir de tout ce qu’on lui avait dit à propos des sages du royaume. Il prit conscience que l’un d’entre eux n’était pas venu. Il s’agissait d’un ermite très âgé et pieux qui vivait dans la montagne. Il n’était pas intéressé par les riches et les puissants, mais il recevait volontiers les pauvres et les paysans du royaume qui venaient le consulter.  

Alors le chambellan conseilla au roi d’aller trouver l’ermite, déguisé en pauvre paysan.
Amusé à cette idée, le roi s’en alla voir le saint homme. Il laissa son escorte à l’orée de la forêt et continua seul son chemin jusqu’à l’ermitage, ordonnant à ses hommes de l’attendre.

Arrivé à l’ermitage, le roi vit l’ermite qui labourait son jardin en suant à grosses gouttes.
Il était très vieux et ce travail lui était pénible. Voyant son visiteur, l’ermite interrompit son travail. Le roi le salua et posa immédiatement ses trois questions : quel est le meilleur moment pour chaque chose, quelles sont les personnes les plus importantes à considérer, quelle est la chose la plus importante à faire à tout moment.  L’ermite l’écouta, lui sourit, resta silencieux et se mit à bécher.

Etonné, le roi dit alors au vieil homme : le travail que vous faites est pénible, laissez-moi vous remplacer pour un moment. L’ermite lui tendit la bèche et s’assit à l’ombre. Après avoir travaillé un certain temps, le roi s’arrêta, se tourna vers l’ermite et lui répéta ses trois questions. Celui-ci ne répondit pas, se leva et dit au roi : «reposez-vous donc un moment, je vais reprendre le travail, mais le roi refusa et continua à bécher. Cela devait faire deux bonnes heures qu’il labourait le sol, et lui-même suait à grosses gouttes étant bien peu habitué à ce type d’exercice. Finalement, il posa la bèche et dit à l’ermite : je suis venu vous poser trois questions, si vous ne pouvez pas me répondre, dites-le moi que je puisse rentrer chez moi».

A ce moment là, un homme qui semblait blessé courait avec des yeux hagards dans la direction du roi ; juste avant d’arriver prés de lui, il perdit conscience et tomba. Ouvrant sa tunique, le roi vit une grande plaie qui saignait. Il alla chercher de l’eau, la nettoya, arrêta le saignement et revêtit l’homme de sa propre chemise. Puis, aidé de l’ermite, il étendit l’étranger sur le lit dans le petit ermitage. La nuit était tombée. Fatigué, le roi s’assoupit, assis par terre dans la cabane. Lorsqu4il se réveilla, le soleil était déjà haut dans le ciel. Il vit l’ermite donner à boire au blessé qui avait repris connaissance. Lorsqu4il vit le roi s’approcher, l’étranger dit :
Sire, pardonnez-moi, je vous en supplie !
Mais pourquoi donc avez-vous besoin de mon  pardon? demanda le roi.

Alors l’étranger raconta l’étrange histoire suivante :
Votre Majesté, vous ne me connaissez pas, moi je vous connais. Vous n’aviez pas pire ennemi que moi, dans l’une de vos batailles, vous avez tué mon frère et pris tous mes biens. Quand j’ai su que vous veniez voir l’ermite sans votre escorte, j’ai décidé de venir vous tuer. J’ai attendu des heures que vous redescendiez de l’ermitage, mais ne vous voyant pas arriver, j’ai décidé de monter moi-même à l’ermitage. Vos soldats m’ont reconnu et m’ont blessé à la poitrine. J‘ai réussi à monter jusqu’ici. Si vous n’aviez pas pris soin de moi, je serais probablement mort à l’heure actuelle. Je vous suis reconnaissant que moi et ma maison, nous vous servirons pour toujours.
Majesté, accordez-moi votre pardon !

Le roi était émerveillé de la facilité avec laquelle il était prêt à pardonner à cet ancien ennemi.
Non seulement il lui pardonnait, mais il lui promit de lui restituer ses biens. Il promit aussi de lui envoyer son propre médecin. Appelant son escorte, il fit transporter l’étranger dans son palais pour qu’il puisse être soigné.

Le roi, avant de partir, décida de poser une dernière fois ses trois questions à l’ermite. Il s’approcha du vieil homme qui nourrissait les oiseaux. L’entendant, l’ermite lui dit :
«Mais vous avez déjà la réponse à vos trois questions! »
«Comment cela?» s’enquit le roi.

« Hier, si vous n’aviez pas eu la compassion pour la faiblesse due à mon âge et si vous n’aviez pas commencé à bécher, vous auriez été attaqué par votre ennemi.
Ainsi, le moment le plus important était le temps passé à labourer mon jardin, la personne la plus importante était moi et la chose la plus importante était de m’aider.

Lorsque l’étranger blessé est arrivé, le moment le plus important était celui que vous avez passé à soigner sa blessure, si vous ne l’aviez pas fait, il aurait saigné toute la nuit et il serait mort, vous auriez manqué l’occasion de vous réconcilier avec un ennemi. La personne la plus importante était cet étranger et soigner la blessure était la chose à faire. Souvenez-vous, Majesté, de ceci :
–    le seul moment important, c’est maintenant.  
–    la personne la plus importante est celle avec qui vous êtes
–    la tâche la plus importante, c’est de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour permettre à cette personne qui est à vos côtés d’être heureuse.
C’est dans la réponse à ces trois questions que réside le sens de la vie.
Subjugué par ces réponses, le ri retourna dans son palais, apprit à mettre en pratique ce que l’ermite lui avait enseigné et lui-même et tous les sujets de son royaume vécurent dans l’harmonie les jours de leur vie».  

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