Lettre ouverte de France JAMET au sujet des agriculteurs et des accords de libre-échange

Lettre ouverte à Monsieur le Premier ministre Pour la défense de nos agriculteurs Monsieur le…

Lettre ouverte à Monsieur le Premier ministre Pour la défense de nos agriculteurs

 

Monsieur le Premier Ministre,

La Commission européenne accélère les négociations en vue d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et la communauté économique du Marché Commun du Sud, plus connue sous l’acronyme MERCOSUR, qui regroupe plusieurs Etats d’Amérique du Sud. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie commerciale européenne basée sur une libéralisation débridée des marchés à l’origine d’importantes déconvenues économiques et sociales pour l’agriculture française.

Les projections réalisées par les professionnels de la filière bovine s’avèrent désastreuses pour l’élevage français. En effet, selon le président de la Fédération bovine, le MERCOSUR et le CETA cumulés provoqueraient la suppression de 50 000 emplois sur la filière et de 30 000 éleveurs ainsi qu’une chute, sur le plan national, de 30 à 60 % du résultat courant des exploitations spécialisées. Au vu de l’importance primordiale de l’agriculture en Occitanie, seconde région agricole de France, nous tenons à exprimer nos vives inquiétudes. En effet, la filière viande bovine occitane représente 12% du cheptel national et plus de 8 200 exploitations essentiellement concentrées dans des départements en zone de revitalisation rurale comme la Lozère et l’Aveyron où l’agriculture joue un rôle économique essentiel. De même, l’élevage ovin d’Occitanie, premier cheptel du pays, pâtirait de ces accords commerciaux, au risque de déstabiliser un peu plus une filière ayant déjà subi une baisse de 22% de sa production sur les dix dernières années.

Nos filières de qualité, telle que la Race Aubrac, vitrine de notre Région à l’actuel Salon international de l’Agriculture, seront victimes de la concurrence déloyale de viandes étrangères produites avec des normes sanitaires et environnementales bien moins contraignantes que celles appliquées dans l’Union européenne. Ainsi, jusqu’à 100 000 tonnes de viande sud-américaine à prix très attractif pourraient être déversées sur le marché européen.

Dans le cadre du CETA, il en est de même pour certaines pièces de boucherie comme l’aloyau dont le contingent canadien pourrait représenter 17 % de la production européenne, alors que les producteurs nord-américains le vendent en moyenne 40% moins cher.

Au regard de la crise conjoncturelle et structurelle touchant le monde agricole, il est urgent de redonner à l’élevage français les moyens de valoriser sa production. C’est pourquoi, le Gouvernement doit réviser sa position et doit s’opposer aux accords avec le MERCOSUR.

Les déclarations du Chef de l’Etat, lors de ses vœux au monde agricole le 25 janvier dernier, laisse clairement entendre la volonté de la France d’accélérer dans la mise en place de cet accord commercial dangereux.

Alors que vous prétendez attacher une attention toute particulière à la ruralité, pourquoi n’imposez-vous pas une exception agricole incontournable à tout accord commercial ? Il en va de la protection des sociétés rurales, des filières d’élevage et de la biodiversité.

Alors que vous avez élevé la sécurité alimentaire en cause nationale lors des Etats généraux de l’alimentation et que Monsieur le Président s’est engagé à ne pas fléchir sur les normes sanitaires, vous savez pertinemment que de tels engagements sont impossibles à tenir avec les méthodes de productions des viandes sud-américaines, utilisant des procédés qui risquent d’être préjudiciables à la santé des Français.

Monsieur le Premier Ministre, engagez-vous à surseoir les implications de la France au sujet du MERCOSUR tant que les intérêts de l’agriculture française ne seront pas assurés. À défaut, sous les effets combinés de ce traité et du CETA, les campagnes de notre région Occitanie se transformeront en champ de ruine et tout un mode de vie enraciné, indispensable à l’équilibre territorial de notre Nation et concourant à la souveraineté alimentaire de la France, disparaitra.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma très haute considération.

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