L’interview : Christian-Jacques Berret, directeur régional délégué de la Banque de France Montpellier

La Banque de France délégation Montpellier vient de communiquer sur deux services dédiés à l'accompagnement des TPE et PME. Christian-Jacques Berret, son directeur évoque pour l'HJE les priorités de la Banque de France en région. Article publié dans notre édition HJE "Print" n°3161 du jeudi 27 juillet 2017

HJE : Quelles sont les priorités de la Banque de France en région ?

Christian-Jacques Berret : « En province, nous déclinons bien sûr tous les travaux du siège central à notre échelon territorial. Mais nous avons trois préoccupations principales en termes de gestion, de moyens employés et de centres d’intérêt ; et d’abord avec ce dont on ne parle jamais, le fiduciaire. Nous gérons toujours la distribution de la monnaie fiduciaire sur l’ensemble du territoire. La deuxième partie, la plus récente dans nos missions – vingt ans quand même – c’est de s’occuper du surendettement des particuliers. Mais également de tous les fichiers d’incidents de paiement sur chèque, sur crédit, les pertes de chéquiers… une mission de longue date. Notre troisième grande préoccupation, ce sont les entreprises. »

Pourquoi l’entreprise ?

« La BDF a cette particularité, parmi les banques centrales, d’avoir un ADN entreprise très marqué et depuis fort longtemps. Quand Bonaparte a fondé notre institution, on avait pour mission de faire de la macroéconomie et de renseigner le gouvernement sur l’activité économique du pays. Puis le refinancement, au départ direct et depuis indirect. Dès le départ et sans interruption, on s’est intéressé au refinancement du système bancaire et financier, via les créances que l’on a eues sur les entreprises, c’est-à-dire du « papier » privé. Et notamment auprès des petites entreprises. »

Et si l’on compare avec l’Allemagne ?

« La différence entre la Deutsche Bundesbank – qui nous ressemble beaucoup : nous sommes les deux gros contributeurs du système européen – et nous, c’est que la banque allemande évalue et note environ 30 000 entreprises par an. La Banque de France, c’est 300 000 ! Cela veut dire que, concrètement, nous nous intéressons aux petites entreprises et aux PME. Et ce, depuis fort longtemps. Les entreprises ne le savent pas toujours et sont parfois étonnées de recevoir un courrier de notre part leur précisant qu’elles ont été cotées par la BDF. Avec méfiance parfois aussi.

Pourtant, notre système de cotation est plutôt très favorable, parce qu’il facilite le travail des banques et l’obtention des crédits avec, au global, près de 70 % des entreprises qui sont éligibles au refinancement. Pour celles qui sont à la barre du seuil d’éligibilité, on n’interdit pas du tout l’obtention de prêts. Mais c’est un problème commercial qui n’est plus le nôtre. Par ce biais, près de 40 % du refinancement bancaire passe par le « privé », ce qui est une curiosité française. Cela ne se fait pas ailleurs. Le résultat est qu’aujourd’hui, les banques ont un gisement plus important ; il est donc plus facile de prêter aux PME. C’est une chance française. »

Christian Jacques Berret dr delegue BDF Montpellier2 ©HJE 2017 Daniel Croci

« La finance, un outil qu’il faut banaliser et faire comprendre… »

Avec des notations qui sont parfois mal acceptées…

« Contrairement aux agences de notation, nous ne sommes pas payés par les entreprises pour les établir, et on ne demande pas d’avis préalable de leur part. Elles sont notées mais peuvent ensuite demander des explications, expliquer leurs chiffres, nous rencontrer et donner des informations qui peuvent s’avérer très intéressantes. Comme cette cotation est rafraîchie toute l’année – et non tous les trois ou six mois, comme dans certaines bases de données internationales – elle n’est jamais figée et peut évoluer à n’importe quel moment dans l’année. Principalement au moment de la réception des comptes sociaux, mais pas seulement. »

Avec un financement des TPE parfois contesté dans l’acceptation des dossiers…

« Je conteste aussi cette rumeur. Et je confirme au travers de trois éléments : le premier est que le crédit est abondant et distribué de façon tout aussi abondante aux PME en France. Avec une progression de + 4,5 % par an, même en période de crise, ce qui est remarquable. Nos études montrent également qu’il est accordé assez libéralement par les banques – je mélange TPE et PME, même si par nature, le risque est moindre pour ces dernières. Mais même les TPE sont plutôt bien financées. Au-delà de 65 à 70 % de leurs demandes sont acceptées par les banques ; et jusqu’à 80 % pour les PME, voire 90 % lorsqu’il s’agit de crédits d’investissement.

On a une confrontation permanente avec le comportement des banques qui montre qu’en fait, malgré tout ce que l’on dit, les chiffres sont explicites. Dernier point, si l’on regarde les tarifs pratiqués en Europe, la France dispose des meilleurs tarifs et de loin. En France, les crédits aux PME se situent entre 0,5 et 1 % de moins que chez nos voisins. Des crédits abondants, bon marché et accordés assez libéralement, donc. »

Les Français sont-il bien informés sur les rouages économiques ?

« On s’intéresse de plus en plus aux fractions de la société qui sont moins versées dans les matières financières. On encourage le microcrédit, on s’intéresse à la protection du petit épargnant via l’AMF, la CPR et la structure de coordination établie entre les deux. On s’intéresse aussi aux personnes qui peuvent être fragilisées, surtout en période de crise, par le système financier. Ce dernier peut apparaître complexe, mais il ne l’est pas autant que cela. Nous avons dans ce sens une mission confiée par l’État qui va d’ailleurs se développer de plus en plus : celle de participer à l’élévation du niveau culturel « financier » du grand public. Nous allons y donner un coup d’accélérateur cette année. »

Sous quelle forme ?

« Des actions spécifiques s’adressent principalement aux enseignants des collèges et des lycées. Nous avons déjà mené une expérience à blanc, hors convention, en Languedoc-Roussillon, fin 2016. Nous sommes allés à la rencontre des enseignants pour leur parler de finance et de questions économiques, non pour leur donner des leçons mais parce que l’on compte beaucoup sur eux. Ce sont des professionnels qui font l’interface avec les jeunes, les élèves des lycées et des collèges. Nous leur donnons simplement des informations, des éléments de compréhension et des explications pédagogiques.

De nombreux outils pédagogiques ont été développés sur le plan national : des sites, des diaporamas explicatifs prêts à être utilisés, des explications simples sur des choses qui paraissent compliquées. L’idée est que ces jeunes arrivent dans la vie active en sachant ce que sont les questions financières européennes et autres. Cette action a débuté. Nous avons signé une convention avec le rectorat fin janvier 2017.

A la rentrée, des formations et des séances de partage sont prévues avec le monde de l’enseignement pour travailler ensemble à la diffusion de cette information financière. Le message économique doit aller partout, parce que la finance est indispensable à la vie de la société économique. C’est un outil qu’il faut banaliser et faire comprendre. »

Propos recueillis par Daniel CROCI

 

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