Lire "L’Enfant céleste", de Maud Simonnot, et s'émouvoir…

Il y a des livres qui vous happent et vous subjuguent par leur beauté. « L’Enfant céleste » de Maud Simonnot est de ceux-là…

Par Gautier Blazewicz.

En déambulant dans les rayons d’une librairie parisienne en cette fin d’été asphyxiant, mon œil fut de suite intrigué par ce livre. La couverture déjà m’évoquait l’idée du voyage, de se perdre loin de tout dans un ailleurs qui ne serait que sublime et où les problèmes humains disparaîtraient le temps de quelques heures. J’ai donc suivi mon instinct et acheté ce livre ; flânant dorénavant l’air béat et mélancolique sous un ciel de feu et essayant de me frayer un passage face au flot incessant d’humains regagnant peu à peu la grande ville en ce début de rentrée automnale, je finis par m’installer dans un parc, à l’arrache, de manière clandestine, un peu improvisée, pour m’atteler à la lecture de ce roman.

Page après page, je n’ai pu contenir mon émotion devant la beauté de ce livre. L’écriture poétique, ciselée et universelle de Maud Simonnot n’a cessé de m’enchanter. J’ai ri, vibré et même pleuré face aux récits de ces deux êtres borderline et légèrement paumés dans leur quotidien que sont Célian et Mary. L’histoire de ces deux âmes esseulées et évoluant en marge d’une société qui les indiffère suite à une rupture amoureuse pour l’une et parce que précoce pour l’autre saisit et interpelle.

Une fuite et une renaissance

Sur un coup de tête, pour parer à un quotidien devenu gris, Mary, mère du petit tigre qu’est Célian, décide de passer le reste de l’année sur l’île de Ven, située entre la Suède et le Danemark, dans l’espoir d’un renouveau et de fuir une vie dans une capitale devenue insupportable. L’île de Ven est aussi célèbre pour y avoir accueilli l’astronome Tycho Brahe, personnage conducteur du roman, puisque Mary raconte à son fils, par bribes, l’histoire de cet astronaute à la vie mouvementée.

C’est le récit de ce tandem mère-fils que va nous conter Maud Simonnot. Accueillis par Solveig, ils vont passer des jours exquis sur cette île, baignés dans des paysages remarquables et une beauté environnante à couper le souffle. Peu à peu, c’est avec des personnages secondaires hauts en couleurs que nous allons faire connaissance. Il y a d’abord Des Esseintes, l’unique résident de la pension de Solveig, qui est persuadé que Tycho Brahe n’est pas inconnu à Shakespeare et qu’il aurait même inspiré la tragédie d’Hamlet. Vaste programme pour la culture et la connaissance de Célian et Mary ! Mais il a surtout un certain Bjorn (le cousin de Solveig), dont la beauté nordique ne va pas laisser indifférente notre héroïne parisienne.

enfant celeste

Ce merveilleux roman, porté d’une délicate poésie, transporte notre imaginaire dans un monde sublimé où seul le bonheur aurait sa place et nous permet, en cette période incertaine, d’oublier et de nous déconnecter totalement du réel.

Un roman qui nous laisse enchantés, comme si l’on retrouvait notre âme d’enfant, entre innocence et naïveté. Le roman est habité par une langue somptueuse et habillement menée, toujours teinté d’un optimiste certain qui permet, comme Edith Piaf, de voir la vie en rose.

Cette histoire de voyage entre une mère et son fils à l’autre bout du monde sur les traces d’un astronaute mort depuis des lustres résonne en nous, invitant à s’oublier et à apprécier le monde qui nous entoure à sa juste valeur.

Comme un oiseau sauvage en provenance du continent européen, le lecteur vole encore et encore et explore cette île de Ven à travers ses paysages paradisiaques et époustouflants et se retrouve loin d’un quotidien banal. Parce que quoi de mieux que la littérature et la puissance des mots pour aller mieux et se remettre d’aplomb ? Fédérateur et enthousiasmant, ce roman devrait être lu par un grand nombre d’entre nous, parce qu’il possède la vertu de l’optimisme, nécessaire au développement du bonheur.

En partant vers l’inconnu et le lointain, Mary essaie d’amnistier le souvenir d’un amour déchu à des kilomètres de la ville dans laquelle elle travaille et a ses points d’attache.

C’est un texte également féministe et profondément humaniste sur la quête d’une femme à la recherche de son bonheur et de jours meilleurs, une femme également mère et qui n’oublie en rien son fils, qui, prunelle de ses yeux, accapare son attention, mais ne l’empêche en rien d’aller de l’avant et de panser les nombreuses plaies qui l’emprisonnent dans sa vie de tous les jours.

Les scènes d’amour entre Mary et Bjorn sont enthousiasmantes. On apprécie d’assister à la renaissance de cette femme et de la découvrir sous une autre nature, celle d’une femme plus apaisée, qui petit à petit anesthésie ses blessures pour s’émanciper de la dépendance qu’elle portait à son ancien amour. Voir évoluer cette femme et être témoin en parallèle de l’épanouissement de son fils à un âge ou l’on se construit et forge un tempérament et un caractère pour sa vie de futur adolescent est si beau et précieux !

Ce qui convainc définitivement dans ce roman est le côté légèrement didactique sur la vie de Tycho Brahe, développé par l’imagination et la soif d’apprendre insatiable du petit Célian, pour lequel on s’éprend de tendresse.

Ce dépaysement littéraire nous laisse une légère amertume une fois la dernière page passée, celle de porter un adieu définitif à Célian et Mary et de les laisser pour toujours revenir tranquillement à une vie plus réelle et moins utopique. C’est comme si l’on revenait nous aussi, en tant que lecteur, sur la Terre ferme, l’air nostalgique comme ces fins d’étés qui nous laissent comme seules traces des souvenirs d’aventures, de défis et de premières amours qui, peu à peu, finiront par s’espacer dans le temps.

Pour conclure, ces mots : « On ne revient jamais d’aucun voyage, car celui qui revient n’est plus le même. Ce dépaysement que nous allons chercher sur d’autres territoires, d’autres lumières, d’autres parfums, est un subtil et nécessaire exil intérieur ».

Informations pratiques

L’Enfant Céleste, de Maud Simonnot
Editions de l’Observatoire
14 cm x 20 cm
17 euros.

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