Lise Damelet : «Nous avons de nombreux projets pour le futur réseau national des incubateurs des Barreaux»

Sans Lise Damelet, les incubateurs de barreaux n’existeraient peut-être pas. L’avocate, qui a cofondé en pionnière celui de Paris en 2014, devenu depuis un incubateur physique, poursuit son oeuvre en développant le réseau national des incubateurs des barreaux (RNIB). Elle projette de créer un IdB national. Lise Damelet livre pour l’HJE sa vision prospective et les perspectives de ces structures d’un nouveau type.

Lise Damelet fait figure de pionnière et de référente dans la mise en place de ces accélérateurs. Avocate inscrite au Barreau de Paris depuis 2007, spécialisée en droit de la concurrence et droit des affaires, c’est presque par hasard qu’elle a enclenché ce mouvement qui prend aujourd’hui une ampleur significative. A l’origine, une étude menée à l’international a révélé l’urgence de comprendre et d’intégrer les Legal Tech dans la démarche collective d’un incubateur de barreau.

« J’ai été d’emblée intéressée par cette réflexion sur l’émergence de ces nouveaux acteurs sur le marché du droit » précise Lise Damelet. Une problématique qui peut faire peur sous certains aspects, déranger, bousculer les habitudes… « Mais comme je l’ai déjà dit, nous sommes quand même passés du silex au silicium en l’espace de très peu de temps ». Depuis Lise Damelet a développé une réelle expertise sur les Legal Tech « mais essentiellement sous un modèle d’accompagnement, de réflexion et d’aide aux confrères, et de service donné au client ». Face à cette mutation de la profession, « je trouve que l’on est extrêmement chanceux d’être contemporains de cette évolution » dit-elle.

« Nous sommes passés du silex au silicium en l’espace de très peu de temps »

En 2012-2013, dans le cadre d’une campagne au bâtonnat, 4 jeunes avocats, dont Lise, ont proposé aux candidatsd’organiser un organe de réflexion itinérant pour aller au contact de la profession. L’idée était de recueillir la vision des jeunes avocats…

…sur leur métier et sur l’évolution de celui-ci. « Nous pensions fortement que l’évolution de notre métier ne suivait pas tout à fait celle de la société civile ». Ou tout du moins, était disjointe des mutations de la société, et plus particulièrement dans la manière de communiquer, d’échanger et de faire du droit. Avec un décalage temporel. « Il nous semblait que notre profession ne travaillait pas vraiment comme les nouvelles technologies nous permettaient de le faire ; et nous souhaitions faire remonter les avis terrain des jeunes avocats – zéro à dix ans d’exercice » confie l’avocate.

La justice prédictive anglo-saxonne

lise damelet incubateurEn parallèle du lancement de ce groupe de réflexion, plusieurs visites de cabinets d’avocats en Angleterre et aux Etats-Unis sont réalisées pour prendre la mesure de ce qui se fait à l’étranger. « Nous nous sommes aperçus notamment aux USA que la justice dite prédictive – un terme inapproprié selon moi – était déjà présente depuis plus de dix ans ; et que les Legal Tech portées par des entreprises créées par d’anciens avocats, mais pas seulement, étaient installées depuis plus d’une décennie » poursuit Lise. Comme Rocketlawyer ou Legalzoom, deux sociétés américaines qui dégagent aujourd’hui plusieurs millions de dollars de chiffre d’affaires. « Nous avons aussi demandé à des magistrats de nous préciser leur façon de travailler avec les logiciels de justice prédictive notamment appliquée à la matière pénale ». Le groupe de réflexion découvre en Angleterre les fameuses ABS – Alternative Business Structures – qui permettent à des avocats et non avocats de cohabiter, « avec une ouverture des cabinets d’avocats que nous n’avions pas encore en France, et que nous n’avons toujours pas, du moins pas dans la mesure où l’Angleterre l’a fait ».

Dans la foulée, un livre blanc est remis au bâtonnier de Paris nouvellement élu *. Il présente les résultats de l’étude et des propositions concrètes pour faire évoluer la profession vers ce nouveau monde du droit, « sans perdre ce qui fait l’essence même de l’avocat, mais en la modernisant » ajoute Lise Damelet. Il est demandé au groupe de réflexion de réfléchir à une structure qui pourrait porter ces idées. « Il est apparu que si nous pensions à un accélérateur à la fois d’idées et de projets, il fallait retenir le mot d’incubateur. Notamment parce qu’il est connoté commercialement, alors que nous ne sommes pas une profession commerciale ». Mais surtout parce que l’association qui allait faire germer des projets innovants se lançait dans l’accompagnement à l’émergence de nouveaux services sur le marché du droit. « Parler du marché du droit n’était d’ailleurs pas très bien vu » souligne Lise Damelet. Le projet d’incubateur du Barreau de Paris est présenté en juillet 2014 et sera accepté après quelques résistances. « Pour certains confrères, la société ne pouvait pas évoluer dans ce sens ; ils pensaient que le justiciable n’irait pas régler ses litiges en ligne sur des plateformes numériques, ni chercher des documents sur le Net ; que le juge n’utiliserait pas les outils de dématérialisation, que le justiciable français était profondément différent des justiciables anglo-saxons et américains, etc. Nous avons répondu que cette vision n’allait pas dans le sens  de l’histoire parce que nous repérions des signes inverses très forts ». Le projet est finalement validé et institué en tant qu’incubateur rattaché hiérarchiquement au Conseil de l’Ordre du Barreau de Paris, en tant qu’émanation du Conseil. « Nous n’avons pas de personnalité morale juridique distincte. L’incubateur compte une vingtaine de membres aujourd’hui » analyse l’avocate.

Un Think-Tank / Do-Tank

L’incubateur du Barreau de Paris est donc lancé en 2014, avec dès le départ l’idée d’incuber physiquement les projets. Deux types d’actions sont mis en place : un volet think-tank pour des conférences et la sensibilisation des avocats ; et un volet do-tank via des prix de l’innovation juridique, les premiers de ce type décernés en France. Les prix englobent une dotation financière et des dotations d’accompagnement par des membres associés et des personnalités du monde économique. Ils sont décernés à un avocat, à un non-avocat et à un étudiant, parce que « Les étudiants phosphorent beaucoup à partir du numérique et sur les nouveaux services ». Lise Damelet confirme : « Le prix de l’innovation a terriblement bien marché. La première conférence a été donnée à l’incubateur Numa à Paris avec 300 personnes présentes et du monde refusé par manque de place. Nous avons également publié une étude sur le marché du droit en collaboration avec Sciences Po, organisé des conférences avec des invités internationaux pour mesurer les évolutions en Allemagne, en Espagne, en Italie… Nous avons aussi entrepris un travail de publication d‘articles ».

Propos recueillis par Daniel Croci

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