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L'ortografe et les licéens par Michel Sabatery

 Des lecteurs d'Hérault-Tribune interviennent régulièrement pour montrer du doigt les lacunes en français, et…

 Des lecteurs d’Hérault-Tribune interviennent régulièrement pour montrer du doigt les lacunes en français, et en particulier en orthographe, de certains intervenants. Les articles écrits par des lycéens d’Agde à l’occasion des manifestations d’octobre 2010, ont révélé un nombre important de fautes d’orthographe qui ont été largement soulignées. Les raisons de ces fautes sont nombreuses. Je vous soumets quelques unes de mes réflexions. A charge pour vous de réagir, si vous le souhaitez.

Le temps perdu :

1950. Le Maître parle. Les élèves écoutent un cours magistral, bras croisés et silencieux. Très peu de temps perdu à faire de la discipline (en moyenne 5%). Les coups de règle sur les doigts et les punitions à répétition dissuadent même les plus téméraires. La distribution de bonpoints, les classements mensuels et la distribution de prix en fin d’année tirent vers le haut. C’est le bâton et la carotte. Un maximum de connaissances souvent apprises par coeur, parfois sans comprendre, pas toujours utiles. Des élèves qui s’ennuient souvent, qui somnolent dans les rangs du fond, et qui n’aiment pas toujours l’école.       

2010. L’enseignant dirige un débat auquel les élèves participent sans complexe. Cela se traduit par moins d’ennui et plus d’intérêt pour le sujet traité. Le problème pour l’enseignant :  maintenir les élèves dans des limites acceptables pour lui. C’est là qu’interviennent savoir-faire et autorité. En leur absence, c’est le brouhaha permanant qui s’installe ; Les uns essayant de parler du sujet traité pendant que les autres discutent de ce qu’ils feront après la classe. 

Le problème majeur de cette méthode, c’est évidemment la montée cyclique du brouhaha, et les temps perdus à ramener le calme. Pour comprendre, il suffit d’observer les adultes lors de réunions publiques. Ils écoutent attentivement l’orateur pendant la première demi-heure, se lassent s’il le discours est trop long, commencent à remuer les chaises pour signifier à l’orateur qu’il est temps d’arrêter. Ceux qui ont l’intention d’intervenir piaffent d’impatience, et s’expriment anarchiquement si l’organisateur ne fait pas preuve d’autorité. Pour finir, il arrive fréquemment que les échanges se terminent par des apartés.

Autre différence entre les deux méthodes : Le temps perdu à s’évader par le rêve, lors des cours magistraux, ne pénalise guère que les rêveurs. Le temps perdu à essayer de ramener le calme dans une méthode vivante où l’élève participe, réfléchit, exerce son esprit critique, pénalise la classe entière. Si ce temps perdu est trop important (dans certaines classes plus de 50%), il va être difficile de le rattrapper. L’enseignant va prendre, entre autre, sur le temps de correction de la dictée et sur le temps consacré à la lecture, qui vont s’en trouver raccourcis ; D’où l’augmentation du nombre de fautes. 

Chaque méthode, nous pouvons le voir, a ses avantages et ses inconvénients. Pour moi, la solution consiste à trouver le bon équilibre entre le cours magistral des années cinquante et la discussion à tout rompre de l’après soixante-huit. Et c’est là toute la difficulté, les classes ne se ressemblant jamais.

De bons et de mauvais enseignants :

J’entends parfois dire que les enseignants du Privé sont meilleurs que ceux du Laïque, et qu’il faut voir là, la raison de certains échecs. Il va falloir chercher ailleurs. Pendant des générations, les prétendants instituteurs ont présenté le concours de l’Ecole Normale donnant droit, après bac, à enseigner dans le Laïque ; Une partie des recalés se rabattaient alors sur le Privé.

S’il y a de meilleurs résultats dans certaines écoles privées, on le doit donc à d’autres raisons (renvois d’élèves en situation d’échec ou perturbateurs, exigences des parents envers leur enfant du fait qu’ils payent, etc).   
 
De la même façon, les enseignants d’aujourd’hui n’ont aucune raison d’être moins bons que ceux d’hier. Ils sont simplement différents. C’est à dire meilleurs dans certains domaines et moins bons dans d’autres.

Moins de lecture, c’est plus de fautes :

Il y a une cinquantaine d’années, il était impensable qu’un élève ne lise pas sa lecture à la maison. Les choses ont bien changé. Raisons de cette défection : Les occupations qui attendent les parents de retour à la maison (courses, repas, jardin, télé, ordi, activités associatives…). Des occupations qui limitent forcément la disponibilité des parents pour leurs enfants ; Et donc le temps de lecture. Et moins de lecture, c’est obligatoirement plus de fautes.

Il y a évidemment des solutions. Ecouter, en classe, le CD d’un professionnel lisant un conte pour enfant ou  tout autre document, en donnant la possibilité à l’élève de suivre sur un livre, une photocopie ou un écran d’ordinateur, me semble une bonne solution. Mais cela implique des moyens.

Dictée ou apprentissage des règles :

Les dictées écrites au tableau noir puis cachées quelques minutes après, et les auto-dictées à apprendre à la maison, ne servent à mon avis à rien. La raison : La plupart des élèves essaient de retenir par coeur certaines difficultés sans en comprendre le pourquoi.

Mes progrès personnels en orthographe, je les dois à la lecture et à l’apprentissage systématique des règles d’orthographe, de grammaire et de conjugaison. C’est dans ce sens que j’ai orienté mon enseignement, en donnant à mes élèves des exercices d’application de telle ou telle règle. Les dictées, qui sont des concentrés de dizaines de règles imbriquées les unes dans les autres, ne venant qu’en fin d’apprentissage.

Cette méthode est malheureusement mise à mal par une mauvaise habitude qui consiste à ne donner que trois minutes aux élèves pour relire la dictée et corriger. Je peux vous assurer que si on laisse le temps aux élèves de se réciter les règles dans leur tête, les résultats sont bons. Et on peut même obtenir des résultats excellents si, dans les petites classes, on aide les élèves en leur donnant des consignes : Je lis la première phrase, je cherche le verbe, je cherche le sujet, je fais accorder… Je cherche les noms, je regarde leurs déterminants ou articles, je fais accorder… Je cherche les adjectifs qualificatifs, je regarde à quels mots ils se rapportent, je fais accorder… etc.

Relire pour éviter des fautes :

J’ai lu avec attention les articles des lycéens. De nombreuses fautes sont, me semble-t-il, dues à la simple inattention. Plusieurs relectures sont nécessaires pour trouver toutes les fautes. Il en est de même dans le monde du travail, où il est toujours bon de se retourner sur son ouvrage. Le coiffeur cherche la mèche qui dépasse, le maçon vérifie que la mur est vertical, la vendangeuse regarde si elle n’a pas oublié un raisin, etc.  C’est à ce prix que l’on fait les bons ouvriers.   

Divers :

Nous pourrions invoquer d’autres raisons pour expliquer la baisse du niveau en orthographe des lycéens : Envoie, en collège puis lycée, d’élèves en difficulté qui, en 1950, auraient quitté l’école en fin de  primaire ; Diminution du nombre d’heures consacrées au français, pour laisser la place à de nouvelles matières ; Utilisation d’une ortograf fonétic pour les textos ; Changements des priorités (On est moins bon en orthographe, mais on sait utiliser parfaitement un ordinateur et ouvrir des portes vers la connaissance), etc.

Simplifier l’orthographe :

La codification de l’orthographe est relativement récente. Elle s’est souvent faite en dehors de toute logique, en perpétuant une erreur de copiste. Ne serait-il pas judicieux de s’atteler sérieusement à la simplification de l’orthographe. Franchement, pourquoi écrire « taPer » avec P et « fraPPer » avec PP.

Les élèves choisissent souvent une langue étrangère en fonction de sa facilité. Simplifier l’orthographe française, c’est dans un avenir proche, avoir plus d’étrangers francophones. Et cela me parrait plus important que d’écrire « accoLer » avec L, et « coLLer » avec LL.     
   

Michel Sabatéry
Enseignant retraité

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