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Entreprises

Michel GUILBAUD, directeur général du MEDEF national / L'interview HJE

Propos et photo recueillis par Daniel CROCI le 22 juin 2012. “ Il faut aborder la conférence sociale en ayant pleinement conscience des réalités économiques qui pèsent sur l’entreprise française… ” HJE : Dans la perspective de la tenue de la conférence sociale de juillet prochain, Laurence PARISOT a lancé une demande préalable lors d’un […]

Propos et photo recueillis par Daniel CROCI le 22 juin 2012.

“ Il faut aborder la conférence sociale en ayant pleinement conscience des réalités économiques qui pèsent sur l’entreprise française… ”

HJE : Dans la perspective de la tenue de la conférence sociale de juillet prochain, Laurence PARISOT a lancé une demande préalable lors d’un point presse…
Michel GUILBAUD : “ Le Medef a effectivement une exigence préalable pour cette conférence sociale : celle de pouvoir l’aborder en étant bien conscient des réalités économiques, avec la nécessité d’établir un lien entre l’économique et le social. Nous demandons très clairement un cadrage économique. Que les aspects structurels et conjoncturels de la réalité économique de nos entreprises et de la France soient clairement visibles et partagés par chacun des participants. Cela donnera une idée des marges de manoeuvre possibles et du contexte dans lequel les entreprises opèrent. ”

HJE : Qu’attend le Medef de ce sommet social ?

Michel GUILBAUD : “ Le gouvernement a proposé une grande conférence sociale, non pas pour prendre des décisions immédiates, mais au contraire pour lancer des processus de concertation et de négociation. Le Medef y est très favorable. Nous avons tout de suite indiqué au Premier ministre, le 29 mai puis le 5 juin, que nous étions tout à fait disponibles dans un esprit de coconstruction avec le gouvernement, avec les syndicats… Le gouvernement a entendu l’ensemble des partenaires sociaux ; il a décidé d’organiser cette conférence autour de 7 thèmes. On va brasser très large : cela va de l’emploi à la protection sociale, en passant par le redressement productif, les salaires, la formation professionnelle, l’égalité professionnelle… Le Medef va faire des propositions dans tous ces domaines. Propositions qui, pour beaucoup, sont déjà contenues dans notre action « Besoin d’Aire » et travaillées avec l’ensemble de nos adhérents, des entreprises, des branches professionnelles. S’il est vrai que la compétitivité, ce sont les coûts qui pèsent sur les entreprises, ce sont aussi les rigidités par lesquelles elles sont contraintes, et nous voulons ouvrir avec les syndicats le sujet de la flexibilité du marché du travail, qui doit aussi s’accompagner en parallèle de la sécurité pour les salariés. C’est le fameux thème de la flexi-sécurité, qui fait partie intégrante de la compétitivité. Et on doit pouvoir le faire sans que cela pénalise la situation des salariés. On pense même que ce sujet doit permettre d’améliorer l’accompagnement et la mobilité de salariés qui, de plus en plus, doivent changer d’emploi. La flexi-sécurité peut aussi apporter des solutions pour que l’on ne soit pas dans une vision trop rigide du salariat, y compris quand, malheureusement, les personnes se trouvent sans emploi. ”

HJE : Il existe des points de rapprochement entre le Medef et le gouvernement. Laurence PARISOT a indiqué être “ d’accord avec le contrat de génération ”…

Michel GUILBAUD : “ Nous sommes d’accord pour y travailler. Mais il faut encore en définir les modalités. L’idée de ce lien entre senior-junior dans l’entreprise, de tutorat, nous semble intéressante. Il faut bien sûr y corréler la question du financement et des charges sociales liées à ce dispositif. Nous souhaitons également avancer sur les accords activité-emploi. C’est la possibilité pour l’entreprise de moduler le temps et l’organisation du travail et des salaires pour s’adapter à des contextes parfois difficiles. Nous allons aussi faire des propositions sur l’égalité hommes-femmes. Nous mènerons d’ailleurs en septembre prochain une négociation avec les syndicats dans ce domaine. ”

HJE : Le féminisme est-il un humanisme ?

Michel GUILBAUD : “ Vous faites allusion à un thème fameux de notre université d’été. Nous pensons qu’il ne faut pas le réduire à ce seul sujet. On a souvent tendance à regarder les choses de façon très formelle. On établit des lois, on met des sanctions et parfois on regrette que ça n’avance pas suffisamment. Nous avons eu une phase de délibération sociale de trois à quatre mois avec les syndicats, et un diagnostic partagé. Nous avons décidé d’aborder ce sujet de manière globale en regardant l’ensemble des enjeux de carrière des femmes. Elles connaissent souvent des carrières hachées, avec plusieurs arrêts – les fameux congés parentaux – qui créent des ruptures de carrière. Nous voulons dire aussi sur ce sujet que l’entrepreneur n’est pas responsable de tous les problèmes d’écarts observés entre l’homme et la femme. C’est un sujet beaucoup plus vaste, lié à notre société. Il faut le traiter globalement, accepter ce lien entre l’entreprise et la société et voir s’il y a des réponses qui peuvent aussi venir de l’extérieur de nos entreprises. ”

HJE : L’export est un autre mal français endémique…

Michel GUILBAUD : “ Il est globalement lié à la question de la compétitivité. Il y a corrélation entre les taux de marge, la capacité à innover, la capacité à développer une démarche commerciale à l’export. Mais il y a aussi une dimension qui n’est pas de l’ordre du coût. C’est la capacité culturelle
à aller à l’étranger, à atteindre certains marchés… Notre balance commerciale est aujourd’hui dans une situation catastrophique. Nous avons terminé 2011 avec une balance déficitaire de – 70 milliards d’euros, alors que l’Allemagne était à + 150 milliards d’euros. C’est en fait le grand indicateur qui montre que notre compétitivité est aujourd’hui en danger. Les réponses sur ce point seront débattues lors de la conférence sociale, sur le volet redressement productif. ”

HJE : L’économie allemande est souvent citée en exemple…

Michel GUILBAUD : “ Il y a, à mon sens, trois chiffres très préoccupants dans ce miroir franco-allemand. D’abord, le taux de marge des entreprises françaises qui, au premier trimestre 2012, a encore baissé par rapport à l’an dernier. Nous sommes en moyenne à un taux de marge – c’est-à-dire l’excédent brut d’exploitation sur la valeur ajoutée – qui s’établit à 28,6 %. C’est un chiffre qui ne dit peut-être pas grand-chose, mais ce taux est en Allemagne de plus de 40 %. Soit une différence de plus de 10 % en moyenne pour les entreprises françaises. Et c’est sans doute pire pour les PME. Le deuxième chiffre concerne le poids des prélèvements obligatoires pesant sur les entreprises : 25 % en France contre 15 % en Allemagne. Une différence de 10 % encore. C’est sans doute le reflet d’une autre très grande différence, celle des dépenses publiques ramenées au produit intérieur brut : 56 % en France contre 46 % en Allemagne. Avec une nouvelle fois un différentiel de 10 %. On ne peut pas tout régler d’un seul coup. Mais cela montre aujourd’hui qu’il y a des efforts à faire, qui passent aussi par une meilleure gestion publique à mener par l’Etat, par les collectivités, par la protection sociale. Au vu de ces trois chiffres, il est certain que les entreprises françaises portent un sac à dos plus lourd que leurs concurrentes allemandes ou britanniques. Si l’on rajoute à cela les projets fiscaux tels qu’on peut les craindre, sur les entreprises, sur les revenus du capital et financiers, sur les personnes et les patrimoines, on peut légitimement se demander si cela ne va pas dissuader les entrepreneurs de venir en France, de rester en France, d’investir en France… Je crois que cet enjeu d’attractivité et d’esprit entrepreneurial, qui concerne d’ailleurs autant les grandes sociétés que les PME, doit se traduire par un contexte permettant d’investir. C’est vrai, le Medef a quelques craintes… ”

HJE :On parle d’un moral en nette baisse pour les entrepreneurs français…

Michel GUILBAUD : La situation des entreprises nous préoccupe beaucoup, notamment sur le plan structurel : les dernières statistiques ont montré que leur taux de marge était encore affaibli par rapport à l’an dernier. La tendance n’est pas bonne. La compétitivité des entreprises est dégradée. Le gouvernement va devoir prendre des décisions très difficiles en matière de finances publiques. Le Medef soutient d’ailleurs l’objectif de réduction du déficit public. Faut-il le faire en réduisant les dépenses publiques, en augmentant les recettes ? Il faut trouver le bon équilibre, mais on ne peut le faire en dégradant la capacité des entreprises à créer de la richesse dont va avoir besoin la croissance à court terme, c’est-à-dire tout de suite. Nous faisons vraiment un appel pour que le gouvernement fasse très attention et n’alourdisse pas les charges des entreprises. Ce n’est pas acquis. Il est certain que des efforts vont être demandés. Il faut bien les cibler, éviter de charger les PME et de charger le coût du travail. Je ne dis pas que nous serons entendus sur tout, mais ce que nous voulons, c’est que les ministres n’ignorent pas la situation économique des entreprises françaises. Il y a la situation macroéconomique et il y a aussi la réalité au quotidien de nos entreprises. Cela se mesure : c’est l’ensemble des prélèvements, l’ensemble des rigidités dans lesquelles elles sont. Il faut leur donner de l’air…

HJE : Le MEDEF a fait une campagne dans ce sens…

Michel GUILBAUD : Le Medef a réalisé une plate-forme de propositions pour l’élection présidentielle que nous avons appelée « Besoin d’Aire », avec un jeu de mots : besoin d’air, l’oxygène et besoin d’aire, parce que c’est aussi le besoin d’espace, l’Europe, le fait que l’on puisse aller à la conquête de la mondialisation, alors qu’aujourd’hui c’est bien l’Europe qui est affaiblie face au reste du monde. Cette plate-forme de proposition est d’ailleurs pour nous la feuille de route de notre action et de nos échanges vis-à-vis du gouvernement. On trouve à l’intérieur des propositions sur les sujets économiques qui restent toujours d’actualité.

HJE : Quelles sont  les propositions priorités ?

Michel GUILBAUD : En matière d’emploi et de marché du travail, nous allons proposer l’ouverture d’une négociation. En 2008 un grand accord sur le marché du travail a permis d’instaurer la rupture conventionnelle. Celle-ci permet de gérer l’emploi avec beaucoup moins de conflits dans l’entreprise. C’est un grand succès pour les entreprises. Cet accord avait été signé par plusieurs syndicats qui soutiennent aussi ce dispositif, mais il y a encore certainement des choses à faire. Dans cette négociation, nous proposons de parler des contrats de génération inscrits dans le programme de François HOLLANDE… Une autre proposition très importante du Medef pour cette conférence sociale sera d’aborder le financement de la protection sociale. Bien avant l’élection présidentielle, en novembre 2011, nous avions proposé de travailler à des baisses de cotisations patronales mais aussi à des baisses de cotisations salariales, pour permettre un effet sur le salaire net du salarié, en les remplaçant par d’autres bases fiscales : la TVA et la CSG. C’était une contribution à un débat qui peut s’ouvrir. Il peut y avoir d’autres bases fiscales, mais la baisse du coût du travail est un enjeu absolument crucial qui sera majeur pour le Medef à l’occasion de cette conférence sociale.

HJE : La question du financement des retraites est à nouveau d’actualité…

Michel GUILBAUD : Les retraites seront évidemment un autre grand enjeu. Nous prenons acte du décret qui va être pris dans les prochains jours, permettant à certaines catégories de partir à 60 ans. C’est pour l’instant un mouvement un peu en arrière par rapport à la réforme de 2010 ; ça ne résoudra pas à long terme l’équilibre des régimes de retraite. Le gouvernement veut s’en saisir, c’est très bien. Le Medef fera des propositions. C’est le fameux sujet de la réforme systémique des retraites qui devrait normalement développer une concertation dans l’année 2013.

HJE : Rémunération, vous souhaitez faire évoluer le code AFEP-Medef ?

Michel GUILBAUD : Plusieurs sujets dans la conférence sociale traiteront des salaires. Il y a le sujet des salaires en général, le sujet du Smic et son indexation, sur lequel nous acceptons bien sûr de travailler, et puis il y a à l’autre bout de l’échelle, si je puis dire, la question de la rémunération des dirigeants et des mandataires sociaux en fait. Le code AFEP-MEDEF est un code de gouvernance des sociétés cotées qui existe depuis plusieurs années et dans lequel il y a ont été introduites des conditions de rémunérations, avec des principes qui doivent être appliqués par les sociétés cotées ; des principes de modération, de justification, de lien avec la performance de l’entreprise. Certaines situations récentes ont montré que le code devait évoluer parce que des modes de rémunérations se sont développés et ne sont pas suffisamment pris en compte dans le code. Notamment les clauses de non-concurrence qui peuvent être imposées à un dirigeant qui part. La compensation est une rémunération parce qu’elle lui interdit d’aller travailler avec certaines entreprises. Ce sont aussi les modes de rémunérations différés à long terme, les modes variables – pas un variable annuel mais un variable qui sera perçu plusieurs années après. Ce n’était pas suffisamment bien décrit dans le code. Il y a aussi débat sur le rôle de l’assemblée générale vis-à-vis des rémunérations, puisque pour l’instant c’est le conseil d ‘administration qui est compétent. C’est le débat que l’on appelle le « say-on-pay », et ce qui tourne autour des votes et des délibérations de l’assemblée générale sur les rémunérations. Cela ne relève pas forcément du code mais de la législation. C’est là que l’on définit les compétences respectives d’un conseil et d’une AG. C’est un débat que le gouvernement souhaite également aborder.

HJE : A l’autre bout de l’échelle, il y a la revalorisation du SMIC…

Michel GUILBAUD : Le thème du coup de pouce ne sera pas dans la conférence sociale. La décision sera prise ces jours-ci (NDLR : l’interview a été réalisée le 22 juin 2012 avant l’annonce gouvernementale sur la revalorisation du SMIC). Nous serons consultés dans la commission nationale de négociation collective. Nous avons souligné le fait que toute hausse du Smic à un impact négatif sur le nombre d’emplois. C’est reconnu par tous les économistes. Le Smic a déjà une certaine dynamique puisque, chaque année, il est revalorisé et pas seulement sur l’inflation. A l’inflation on ajoute une part du pouvoir d’achat du salaire moyen. Nous avons également regardé comment les salariés payés au Smic évoluent. On constate par exemple qu’une majorité, dont les jeunes, ne reste pas longtemps au Smic. Il faut savoir l’examiner et le dire. Le coup de pouce lui-même peut avoir un effet négatif sur l’emploi. Cela impacte les entreprises dont les salariés n’ont pas un haut niveau de salaire avec souvent une répercussion sur la grille des salaires, et l’ensemble des salaires de l’entreprise. Par ailleurs, les 2 % pré-annoncés par la Presse, inclueraient le mécanisme d’indexation. C’est une approche relativement prudente du coup de pouce. Il faut également avoir en tête que certains projets du gouvernement pourraient impacter le coût du travail. Les cotisations sur les retraites vont augmenter. On parle d’une augmentation sur la branche « accidents du travail ». Et on parle également d’une réduction des allègements de charges sur les bas salaires. Ces mouvements sur les charges sociales plus le Smic vont s’additionner avec un renchérissement qui peut mettre en péril certaines entreprises.

HJE : Le terme « Redressement productif » appelle-t-il un commentaire ?

Michel GUILBAUD : Ce qui compte, c’est l’action du gouvernement. La production industrielle a beaucoup trop baissé dans ce pays. Il faut d’ailleurs regarder globalement l’ensemble des entreprises industrielles mais aussi de services et l’ensemble des secteurs, pour permettre d’améliorer les conditions d’une croissance globale. Après, tout dépendra des réponses qui seront apportées. Sur l’exigence d’un redressement productif, tout le monde est d’accord. L’intitulé d’un ministère, ça c’est l’affaire du gouvernement.
Propos et photo recueillis par Daniel CROCI le 22 juin 2012
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