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Montpellier : Délivrue livre des déjeuners aux sans abri, et crée du lien social

A Montpellier, le mouvement citoyen Délivrue cuisine et livre des repas aux sans abri. Questions à Lila Ruiz de Somocurcio et Johanna Pocobene, deux de ses administratrices.

Quel est le principe de Délivrue ?

Lila Ruiz de Somocurcio et Johanna Pocobene : « Il s’agit de mettre en relation des gens qui cuisinent (les « Cuistots ») avec des personnes qui acheminent les repas (souvent à vélo, d’où leur surnom de « Cuissots ») jusqu’aux personnes sans domicile fixe… »

Comment et quand est né Délivrue ? S’agit-il d’une association ?

Lila Ruiz de Somocurcio et Johanna Pocobene : « Le mouvement citoyen Délivrue est né le 2 novembre 2020, il y a presque six mois. Tout a commencé lors du premier confinement, en mars 2020. Raphaël Auternaud, Gilles Lasseigne, Antoine Marc, Côme Rutlant et nous-mêmes avons ressenti une recherche de sens et avons rejoint le mouvement de citoyens Pour Eux. Une antenne a été créée à Montpellier. Puis, à partir du déconfinement, les personnes étaient moins disponibles pour livrer les repas. Lors du deuxième confinement, en novembre 2020, nous nous sommes réunis tous les six avec d’autres bénévoles, et nous avons décidé de créer un mouvement propre à Montpellier, sur le même principe que Pour Eux, mais vraiment adapté à la ville de Montpellier. Nous l’avons appelé Délivrue. »

Johanna Pocobene et Lila Ruiz de Somocurcio, administratrices de Délivrue.
Johanna Pocobene et Lila Ruiz de Somocurcio, administratrices de Délivrue © photo : Virginie Moreau.

Cela nécessite une organisation très pointue pour Délivrue…

Lila Ruiz de Somocurcio et Johana Pocobene : « Notre mouvement a connu plusieurs évolutions. Nous avons commencé avec un groupe Facebook et deux formulaires en ligne, un pour la cuisine, et un pour le transport, avec une inscription des participants dans une boucle What’s App. Mais c’était un système très chronophage pour les organisateurs. Cela nous prenait 6 à 7 heures par jour, tout le temps de la tournée, c’est-à-dire autour du repas de midi, sans compter la communication sur les réseaux. Mais nous étions très satisfaits d’avoir créé une communauté au travers de rencontres réelles entre les participants et les personnes à la rue.

A la fin du deuxième confinement, il y avait moins de livreurs, retournés travailler, ce qui a créé un déséquilibre : il y avait « trop » de repas à livrer par rapport au nombre de livreurs. Nous avons dû changer de fonctionnement. On a sectorisé le territoire montpelliérain et créé des boucles What’s App par secteur avec une personne coordinatrice.

Après la mi-janvier 2021, nous avons développé le site Internet, qui sert de plate-forme logistique, et les boucles Whats’App territoriales. Hors confinement, nous avions besoin de nous dégager du temps pour pouvoir concilier notre emploi et ce mouvement citoyen.”

De quels milieux sont issus les Cuissots et Cuistots ?

« La plupart des gens n’ont pas d’expérience dans le bénévolat. Il y a des jeunes, des très jeunes comme des personnes à la retraite. Nous notons une très forte proportion de femmes (80 %) par rapport aux hommes (20%). »

Quel est le background des fondateurs de Délivrue ?

« Raphaël et Antoine étaient présidents d’Entraide SDF à Montpellier, Antoine est bénévole dans d’autres associations. Lila est bénévole et administratrice de la Table d’Anouk et secrétaire de l’association Entraide SDF. Côme était à l’Association Humanitaire de Montpellier. Johanna a voulu s’engager dès le premier confinement ; elle avait envie d’aider depuis longtemps. Parmi nous, il y a des gens en reconversion professionnelle, une chargée de projets événementiels et rédactrice culturelle, un graphiste, une personne issue d’une école de commerce, un casteur de cinéma en reconversion, une personne en formation pour devenir éducateur spécialisé, une autre exerçant dans l’aéronautique… »

Au-delà des repas, vous menez d’autres actions ponctuelles…

« Oui ! Par exemple L’Instant Lecture, le dernier vendredi de chaque mois, pour lequel nous invitons les gens à ajouter un livre, et éventuellement à écrire un petit mot au sujet du livre pour les SDF. Nous insistons sur le lien social. Nous ne livrons pas que des repas mais aussi du lien social. On a de bons retours. L’un de nos bénéficiaires, David, attend toujours avec impatience ce jour-là car il adore la lecture. Nous avons aussi ponctuellement donné des tentes, des vêtements. Le repas est le premier contact… »

“Les Cuissots ont créé un lien de considération avec les bénéficiaires. C’est moins institutionnel que dans le cadre associatif ; il s’agit d’un lien de citoyens à citoyens. Les sans-abri nous voient comme de simples citoyens et nous parlent d’égal à égal.”

Comment réagissent les passants ? Et les pouvoirs publics ?

« Les passants sont souvent curieux ; ils s’informent sur notre mouvement. Depuis la création de Délivrue, les gens s’intéressent plus aux SDF. Ça a été très bénéfique pour les personnes qui sont à la rue. Car n’importe qui peut perdre son toit et finir à la rue. Nous sommes de mieux en mieux considérés par les pouvoirs publics ; nous sommes invités aux réunions sur les maraudes. Il y a trois semaines, nous avons participé aux Etats généraux de la solidarité en mairie de Montpellier. Nous avons une connaissance importante du terrain et sommes reconnus en tant que tels. Notre mouvement est apprécié des pouvoirs publics et intégré dans le tissu local de la veille sociale. Mais nous souhaitons garder notre indépendance. Délivrue n’est pas voué à devenir institutionnel. »

Travaillez-vous en lien avec d’autres associations ?

« Nous avons déjà fait plusieurs distributions de kits d’hygiène, mais en complémentarité avec les autres associations. Nous ne prenons la place de personne. Quand il y a un signalement concernant une femme à la rue qui se trouve particulièrement en difficulté, nous basculons le témoignage aux Femmes Invisibles, qui prennent le relais. Idem avec Les Gamelles Pleines, si un de nos bénéficiaires a un problème avec son chien. »

Comment voyez-vous Délivrue dans dix ans ? Je pense aux Restos du Cœur, qui existent encore…

« On vit au jour le jour depuis le début, on s’est adaptés. Nous en sommes à la troisième version de Délivrue. Notre maître mot est l’agilité. On ne se projette pas, on s’adapte au terrain en permanence. Tout dépendra de la situation dans dix ans. On est au début de quelque chose. C’est motivant de créer des choses différentes en commun. Nous souhaitons être comme au début tout le temps. C’est la force de notre mouvement. Nous ne nous fixons ni objectif ni date limite. Tant que nous en aurons l’énergie et que les gens voudront continuer, nous continuerons. Et nous n’avons pas envie de laisser tomber nos bénéficiaires habitués. On risque d’être là encore un bon moment… »

Pensez-vous que les pouvoirs publics devraient nourrir ces personnes et mieux les héberger ?

« Les pouvoirs publics ne peuvent malheureusement pas tout faire. L’idéal serait que chaque citoyen prenne soin des personnes qui l’ entourent. Et que les pouvoirs publics rétablissent les droits communs et trouvent un logement à chacun. Car le problème de base est le manque de logement, malgré la promesse présidentielle. Notre responsabilité de citoyens est d’être ouverts aux autres ; cela nous convient. Parmi les besoins élémentaire, sentir que l’on fait partie d’une nation, d’un pays, que l’on est inclus dans la société est primordial. Cela donne du sens à la vie. »

Comment participer à Délivrue ?

« Le mieux est de nous contacter via le groupe Facebook #Délivrue Montpellier et sur Instagram à @Deliv_rue_montpellier. On peut aussi nous joindre par mail à delivrue.montpellier@gmail.com ou via le site internet delivrue.fr où se trouve un formulaire de contact. »

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