Montpellier : le premier habitant de la ville retrouvé sous le futur collège de Port Marianne

Les fouilles archéologiques sur le chantier du futur collège de Port Marianne ont mis au jour des vestiges de la période néolithique et du Moyen-âge à l’époque de la naissance de la ville.

Sépulture médiévale en cours d’étude par une archéo-anthropologue. © Charlotte Gleize, Inrap

Un voix couvre soudain le bruit des pelleteuses : “On a trouvé quelque chose à l’instant !”. On est au milieu de la visite des fouilles archéologiques sur le site de Port Marianne, ce mercredi 1er décembre. Un groupe compact se déplace, attiré par cette découverte en direct. Accroupis dans un trou creusé à la pelleteuse, deux archéologues de l’Inrap retirent minutieusement la terre autour du morceau lisse et légèrement incurvé. Un vase ressurgit des entrailles de la terre après un long sommeil de 5 000 ans. “Une fois l’extraction complète de la pièce, les morceaux vont être lavés, éventuellement recollés puis étudiés par les spécialistes de la céramique néolithique”, explique Mathieu Ott, responsable scientifique à l’Inrap.

Un urbanisme au galop

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Vue aérienne des vestiges. Ici, il s’agit de fosses et de fossés du Moyen Âge. © Inrap

Comme le veut la loi, tout chantier est précédé d’une fouille préventive. Celle du site de Port Marianne est menée par l’Inrap sur prescription de l’Etat via la Drac Occitanie. Ici, rue Mas rouge, le futur collège de Port Marianne va bientôt sortir de terre. Il doit ouvrir ses portes aux élèves de 6e et 5e pour la rentrée 2022. Ceux de 4e et 3e seront accueillis l’année suivante. “Ce nouveau collège va permettre le désengorgement de 6 établissements”, précise Renaud Calvat, vice-président du Département de l’Hérault, délégué à l’éducation et aux collèges.

Le temps est compté

Mais là, à quelques semaines de la fin des fouilles, le futur collège n’est qu’un vaste terrain de 4 500 mètres carrés parsemé de trous où s’activent 7 archéologues de l’Inrap. Les fouilles de la partie Nord du site s’achèvent dans 8 jours. Celles de la partie Sud ont jusqu’au 22 décembre pour explorer et enrichir les trouvailles réalisées depuis le premier coup de pioche, le 11 octobre 2021.

Nos ancêtres agriculteurs

Les fouilles ont mis au jour des sociétés organisées datant de la fin de la préhistoire. Sociétés composées de paysans, dont on sait qu’ils construisaient leurs habitats avec de la terre. C’est la raison pour laquelle il est très difficile d’en trouver une trace. Mais les archéologues sont en mesure de voir que la terre a été travaillée. Des masses compactes de terre sont un témoignage de ce procédé préhistorique de construction. Des silos, réservoirs servant à conserver les récoltes ou des denrées au frais, ont été découverts. Des excavations ont été identifiées comme des fosses où les habitants enfouissaient leurs déchets. Des os brisés provenant de bœufs et de moutons nous renseignent sur l’alimentation et l’élevage de ces lointains cousins. Les équipes de l’Inrap ont également mis au jour des sépultures.

Les traces du commerce méditerranéen

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Mathieu Ott, responsable scientifique de l’Inrap. © Mathieu Weisbuch

Les découvertes couvrent une chronologie qui nous amène à l’époque de l’Antiquité tardive, vers -500 avant J-C. Les pratiques agricoles dominent. En témoignent, les fossés de drainage pour les champs et les puisards bien entretenus. Le blé et la vigne ont nourri et abreuvé nos ancêtres qui pratiquaient déjà le commerce autour de la Méditerranée. Des plats proviennent d’Afrique du Nord, certains aliments sont importés de Tunisie et la présence d’amphores attestent des échanges avec d’autres pays.

A la naissance de Montpellier

Certains fossés, des traces de chemins creux avec leur trame dense et orthogonale, sont la preuve d’une organisation plus élaborée, et que les premières interprétations attribuent à des actions de tris, de comptage et de tonte des cheptels d’animaux d’élevage. Ces traces laissent envisager la découverte prochaine d’un corps de ferme. Un futur chantier à proximité permettra sans doute d’y répondre. On se situe autour de l’an mil, la ville de Montpellier est en train de prendre forme. Les tombes découvertes montrent des funérailles familiales, une tradition qui va disparaître en devenant progressivement l’affaire de l’Eglise.

Le premier habitant de Montpellier

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© Mathieu Weisbuch

Le Département est en train de réfléchir à la façon de garder une trace de ces fouilles au cœur même du futur collège de Port Marianne. Mais ce qui a été trouvé “n’appartient pas au Département, mais à la France” rappelle Renaud Calvat. Cet historien de formation, sensible aux traces retrouvées “du premier habitant de Montpellier”, espère que le futur établissement implanté dans le quartier de “l’audace architecturale” pourra conserver une trace de ce patrimoine et le transmettre aux élèves.

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Commentaires

  1. Bonjour,
    Évidemment, il faut conserver et protéger les fouilles absolument dans sa totalité.
    Il faut édifier le collège au dessus des fouilles, en laissant une partie découvertes pour la visite du publicer des collégiens du côté de la cour pour organiser et travailler sur des ateliers pédagogiques sur la céramique et outils, comme les denrées, vêtements, poteries…etc, utilisées et pour en faire un étude historique de l’archéologie de cette époque à l’aide des intervenants extérieurs comme les archéologues, historiens accompagnés par leurs professeurs, pour les encourager à poursuivre des études supérieures et professionnels dans ces matières.
    Et une partie couverte accessible par l’extérieur pour les visites du public en fin de semaine et les jours fériés et par le collège, accessible en semaine, pour les élèves, sur un plafond en verre pour que les collègiens puissent marcher et voir sur les fouilles directement.
    Leur engagement sera quotidien et responsable pour respecter le passé historique de Montpellier et justement pouvoir faire des pièces de théâtre històriques en reproduisant les scènes costumées de l’histoire de ces deux époques néolithiques et médiévales.
    J’espère pouvoir travailler avec eux un jour comme professeur de lettres-histoire- espagnol pour les aider à réaliser leur rêve sur les premières traces de notre ville et en faire une festivité traditionnelle historique pour rassembler les habitantes.ts de toutes origines, car l’histoire de Montpellier n’a pas fini de dire son dernier mot…!
    Merci d’avance

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