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Montpellier : les acteurs de la construction s’interrogent sur l’avenir de la filière du bâtiment

Invités à participer à la présentation en visioconférence des chiffres de l’immobilier neuf dans l’ex-région Languedoc-Roussillon par le président de la FPI OM Laurent Villaret, les acteurs de l’acte de construire ont évoqué leurs attentes et leur perception de l’avenir de la filière du bâtiment dans la métropole de Montpellier et l’Hérault. Extraits…

La visioconférence du mardi 24 novembre a réuni plusieurs acteurs de l’acte de bâtir. A l’invitation de Laurent Villaret, président de la fédération des Promoteurs Immobiliers d’Occitanie Méditerranée (FPI-OM), Nathalie Portal, présidente de la Maison d’Architecture Occitanie-Méditerranée (MAOM), Me Gilles Gayraud, président de la Chambre des Notaires de l’Hérault, Thierry Ducros, président de la FFB 34, et Norbert Bachevalier, président de la Fnaim 34, ont fait part de leurs inquiétudes sur l’actuelle crise du marché immobilier régional (lire notre analyse).


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© HJE, D. Croci

• Thierry Ducros, président de la FFB 34
“5 000 emplois sont en jeu !”

Thierry Ducros : « Si rien n’est fait, la filière va connaître beaucoup de difficultés en 2021». Le bâtiment représente 30 000 emplois dans le département de l’Hérault, soit « une manne importante d’emplois. Depuis la sortie de crise, les entreprises se battent pour être exemplaires : on n’observe aucun licenciement lié à la crise sanitaire, et notre secteur continue même à former ». Pour la rentrée 2020, 5 % d’apprentis de plus sont formés par les entreprises héraultaises du bâtiment par rapport à 2019. « Nos entreprises ont la niaque, elles veulent s’en sortir ! » Le président de la FFB 34 constate une suractivité pour compenser le retard pris pendant le confinement, et les chantiers signés « durant la période que l’on traverse ».

Thierry Ducros analyse : « Les mesures barrières sont difficiles à mettre en place sur nos chantiers. Elles sont coûteuses en financement et en organisation, avec des plannings décalés, et dans certains cas l’absence de salariés liée aux cas contacts. Dix salariés d’une même entreprise ont été testés positifs, causant une problématique importante dans les délais de réalisation ». Le président confirme également : « Nos entreprises perdent beaucoup de rentabilité sur ces chantiers. En perfusion de trésorerie, elles voient leurs marges s’éroder régulièrement ». Le PGE a pu pallier momentanément et maintenir la trésorerie. Mais les entreprises devront rembourser ces prêts garantis par l’Etat.

Autre constat : « Après le pic des commandes fin 2019 – qui n’avaient jamais été aussi importantes, avec jusqu’à huit mois de visibilité pour nos carnets de commandes – nos entreprises pompent aujourd’hui dans leur stock de commandes et peinent à le reconstituer » explique-t-il. En cause, la chute cumulée des attributions de permis de construire et des appels d’offres, et surtout une baisse drastique des prix. « La marge moyenne de nos entreprises se situe entre 2 et 3 %, mais nous constatons une chute des prix allant de 10 à 15 % ! Je ne vous fais pas un dessin sur le nombre d’entreprises qui vont chuter dans les mois à venir. »

MaPrimRénov’ doit être étendue aux résidences secondaires”

Thierry Ducros s’est dit inquiet aussi pour la commande publique : « Cette année, la construction privée représente 70 % de l’activité de la filière bâtiment dans l’Hérault. Auparavant, c’était 50 / 50 avec la commande publique. Une étude montre qu’au 2e semestre 2021, nous pourrions connaître une perte de 20 % des emplois du bâtiment dans l’Hérault, soit 5 000 salariés, uniquement dans le secteur du bâtiment. Avec les effets de la crise, les entreprises n’auront plus les moyens d’assurer les salaires ».

La FFB 34 compte beaucoup sur le plan de relance et notamment sur son volet rénovation énergétique, sur le prolongement du dispositif Pinel, le PTZ. La fédération a adressé un courrier aux parlementaires qui planchent actuellement sur la loi de finances 2021. Elle aimerait que MaPrimRénov’ soit étendue aux résidences secondaires, « un marché important et une manne de travail immédiatement réalisable » souligne son président.

Il a également annoncé qu’une rencontre avec l’association des maires du département pour sensibiliser aux facilitations financières accordées dans ce contexte par l’état et une réunion « bâtiment » avec le préfet de l’Hérault lundi prochain étaient également des actions encourageantes pour trouver collectivement des solutions à la problématique de la filière construction. « Si les villes ne délivrent plus de permis de construire, on va vers la catastrophe » a-t-il indiqué. « Et si nos entreprises sont actuellement en suractivité, leurs carnets de commandes se réduisent comme peau de chagrin. Il n’y a plus d’appels d’offres. Ceux qui avaient un carnet de commandes bien rempli résistent, mais pour combien de temps ? ».


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© HJE, D. Croci

• Me Gilles Gayraud, président de la Chambre des Notaires de l’Hérault

Gilles Gayraud : « Je ne veux pas revenir sur le pessimisme ambiant ; il faut avancer. La profession avait constaté un ralentissement sur les signatures des promesses de vente  (lire l’interview publiée dans notre édition n° 3326, NDLR). Pour rester positif, il faut limiter l’année blanche qui se profile. Il y a dans nos placards des promesses de vente faisant l’objet de recours ou en attente de décisions administratives. Il est temps de les relancer. Même si on ne rattrapera pas les promesses de 2019, il est temps de se mettre autour d’une table pour comprendre pourquoi ces promesses de vente traînent.

Avec le premier confinement, il était impossible pour la profession de recevoir le public, mais aujourd’hui la plupart des études notariales de l’Hérault sont équipées pour les visioconférences ; 100 % d’entre elles le seront d’ici la fin de l’année. Bonne nouvelle, le décret portant sur la signature des procurations à distance vient d’être publié (lire page 5, NDLR). Si, en 2021, l’année blanche se confirme, certaines de nos études seront en réelle difficulté. Mais je veux rester optimiste : des projets existent, il faut mettre l’accent dessus ».


• Nathalie Portal, présidente de la Maison d’Architecture Occitanie-Méditerranée

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© Ordre des Architectes Occitanie

Egalement conseillère à l’ordre régional des architectes depuis huit ans, Nathalie Portal évoque un sondage récent, révélateur du premier confinement : les architectes sont un maillon essentiel de la filière qui se situe très en amont, mais plus de 60 % des agences d’architecture ont connu une baisse de leur chiffre d’affaires de 20 à 50 %, avec une visibilité de plus en plus restreinte sur les commandes. Parlant d’une situation critique pour les agences d’architecture, elle analyse : « On sait construire ensemble, et la transition écologique ne doit pas être un frein. Il faut se concerter davantage.

La création d’une agence d’urbanisme par la Métropole de Montpellier doit permettre de définir des règles claires d’urbanisme pour que les permis ne soient plus aussi systématiquement attaqués. Il faut arrêter de bloquer des permis pour des causes arbitraires ». Pour Nathalie Portal, une balance doit être trouvée entre les exigences urbanistiques, l’environnement et la création de logements afin de favoriser l’émergence rapide de permis de construire validés juridiquement.


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© Fnaim 34

• Norbert Bachevalier, président de la FNAIM 34
Le parcours résidentiel est bloqué

« Nous sommes vraiment en situation de pénurie. S’il n’y a pas de logement neuf, il n’y a pas de rotation dans le parcours résidentiel. Les ménages sont dans un attentisme total et n’envisagent pas d’évolution. Ils retirent les mandats de vente de nos agences, parce qu’ils ne savent pas s’ils pourront trouver un nouveau logement correspondant à leurs attentes. Avec le fait de ne pas avoir le droit de faire visiter, je ne sais pas où l’on va économiquement (NDLR : c’était avant les annonces du chef de l’Etat – Lire notre article).

La baisse d’activité est très marquée, avec des craintes pour la survie des agences qui n’assurent que la transaction. Autre point, avec la cherté des prix de l’immobilier aujourd’hui, il y a un vrai problème de rentabilité locative. Sur ce plan, des villes comme Béziers, Narbonne, Nîmes, Alès ou Lunel ont une place à jouer. Nîmes est dans le Top 5 des villes ayant la meilleure rentabilité, alors qu’à Montpellier, on constate une rentabilité de 2,75 à 3,5 maximum !”

“Et dix-huit mois pour sortir un permis de construire, c’est inacceptable », a ajouté le président de la FNAIM Hérault. Il faut que la nouvelle présidence de la Métropole montpelliéraine en prenne conscience (lire l’interview de Coralie Mantion, élue urbanisme à la Métropole). Autre point chaud, les plus-values opportunistes des ménages primo-accédants qui ont bénéficié de conditions avantageuses dans les années passées. Des appartements ayant bénéficié de l’aide publique sont passés en quelques années de 140 000 euros à l’achat à plus de 220 000 euros à la revente. C’est scandaleux. Il devrait y avoir une plus-value maximum de 20 à 30 % pour les primo-accédants ou les propriétaires qui ont bénéficié de l’aide publique. »

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