Nicolas de Staël : la lumière de la Provence vue par une âme sombre, à l'Hôtel de Caumont, à Aix

Mille fois copié depuis des dizaines et des dizaines d’années, le style de Nicolas de Staël (1913-1955) a fait des émules dans le monde entier. Peintre abstrait inspiré par l’existant, il vécut, peu de temps avant de se donner la mort, entre juillet 1953 et juin 1954, une période de création et d’inspiration fulgurante en Provence dont il jugea qu’elle rassemblait « de quoi faire la plus belle exposition [qu’il ait] jamais faite ». Sur les 254 tableaux créés à cette période, 71 d'entre eux, complétés de 26 dessins, constituent l’exposition "Nicolas de Staël en Provence", à voir jusqu’au 23 septembre 2018 à l'Hôtel de Caumont, à Aix-en-Provence.

La période provençale de Nicolas de Staël est jugée, de l’avis général, comme une période charnière pour sa carrière, qui prit alors un vrai tournant international. C’est en effet dans ses ateliers de Lagnes et Ménerbes (Le Castelet) qu’il prépara une exposition pour son galeriste français Paul Rosenberg – elle se tint à New York en février 1954. Il y créa aussi des œuvres pour son autre galeriste, Jacques Dubourg, installé à Paris. Ce lieu abrita également son amour impossible pour sa chère Jeanne Polge, une femme mariée qui ne voulut pas quitter son époux pour lui. Il transforma ses rêves amoureux en création forcenée, et mit toutes ses forces dans sa peinture. La Provence donna un élan insoupçonné à Nicolas de Staël.

Un nouveau regard sur le paysage par la lumière et la couleur

Une fois installé en Provence, à Lagnes, en juillet 1953, Nicolas de Staël focalisa son attention sur les variations de la lumière, à chaque moment de la journée. Dès le mois d’août, il entreprit un voyage en Sicile. Les tableaux qu’il créa à son retour, imprégnés des paysages, des sites archéo­logiques et des musées siciliens, et de ses prises de notes dans ses carnets furent déterminants pour sa carrière. Fiesole, Agrigente, Selinonte, Syracuse…

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Nicolas de Staël, “Sicile”, 1954, huile sur toile, 60 x 81 cm, collection privée © Adagp, Paris, 2018, photo : © Jean Louis Losi

Beaucoup de critiques d’art, dont les commissaires de l’exposition, Marie Du Bouchet et Gustave de Staël, fils du peintre, voient dans les œuvres de cette époque un « souffle fondateur », « un élan de création renouvelé ». Selon eux, « Les tableaux peints en Provence conduisent vers une synthèse de la lumière et des formes »,  « La matière s’allège au profit de la lumière. L’aplat se fait minimal. On assiste à une montée de la couleur pure dans la peinture ».

La Méditerranée

Se rendant régulièrement à Marseille et Martigues, Nicolas de Staël représenta la mer, les bateaux, des barques… « Des ciels rouges ou noirs, des mers vertes ou bleu de Prusse, Staël dispose des couleurs avec de plus en plus de liberté maîtrisée. » Il pensa alors avoir atteint un idéal avec ses vues maritimes. Il écrivit à Jeanne Polge, en juin 1954 : « Les bateaux, jamais je n’ai peint comme cela. (…) La couleur claque, dure, juste, formidablement vibrante, simple, primaire (…). J’ai fait en une nuit de détresse une après-midi et au retour de Marseille  les plus beaux tableaux de ma vie ». Quel recul il eut alors sur sa création pour pouvoir la juger immédiatement comme excellente !

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Nicolas de Staël, “Marseille”, 1954, huile sur toile, 80,5 x 60 cm, collection privée/ Courtesy Applicat-Prazan, Paris © Adagp, Paris, 2018, photo : © Comité Nicolas de Staël

Une symbiose entre le paysage et le nu

A cette période, sa passion amoureuse pour Jeanne lui fit superposer mentalement le corps féminin avec les collines, les montagnes. Dans les tableaux de cette époque, que l’on peut voir aux cimaises de l’hôtel de Caumont, le nu féminin apparaît parfois dans un ciel orageux. Le paysage semble alors littéralement s’incarner.

La neige

Une section de l’exposition du centre d’art d’Aix-en-Provence atteste que la clarté et la pureté de la neige intéressèrent particulièrement Nicolas de Staël durant l’hiver 1954, et lui permirent « une palette d’une intensité hors du commun », selon les commissaires de l’exposition. La neige apporte une luminosité très particulière dans ses tableaux.

La nuit, le crépuscule

Les ciels nocturnes de Nicolas de Staël font ressortir les couleurs des collines ; l’espace ressort. L’œil cherche à distinguer les reliefs, les contours…

Natures mortes

Nicolas de Staël pratiqua aussi l’art de la nature morte, dans l’intimité de son atelier provençal, immortalisant tour à tour des bols, des carafes, des nappes, puis des fleurs et des bouquets… Parfois, dans ses tableaux, on remarque qu’une ligne d’horizon apparaît, et qu’un semblant de paysage veut intégrer le décor.

Bien que se trouvant dans une période très tourmentée de sa vie, Nicolas de Staël fut capable d’une vraie distanciation vis-à-vis de son œuvre créée en Provence. En effet, l’exposition à la Galerie Paul Rosenberg de New York organisée en février 1954 rencontra un franc succès, comme il l’avait pensé. Mais le peintre n’en tira pas longtemps la gloire méritée. Mélancolique, toujours en proie à son grand chagrin d’amour et au désespoir, il se suicida par défenestration en mars 1955.


Informations pratiques

Hôtel de Caumont – Centre d’Art
3, rue Joseph Cabassol –13100 Aix-en-Provence
Tél. : 04 42 20 70 01.

L’exposition Nicolas de Staël en Provence est visible tous les jours jusqu’au 23 septembre 2018, y compris les jours fériés.
> Pendant toute la durée de l’exposition, le Centre d’art est ouvert de 10h à 19h et le vendredi jusqu’à 20h30.
> Visite de l’Hôtel de Caumont-Centre d’Art + exposition Nicolas de Staël en Provence : 14 € en plein tarif / 10 € en tarif réduit. Gratuit pour les enfants de moins de 7 ans).


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Nicolas de Staël, “Arbres et maisons”, 1953, huile sur toile, 65 x 81 cm, collection privée/Courtesy Applicat-Prazan, Paris © Adagp, Paris, 2018, photo : © Applicat-Prazan.
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