Exclusif / Numa Hambursin : "Je veux inscrire le Mo.Co dans le temps"

Reportage

Numa Hambursin a été élu directeur du Mo.Co la semaine dernière. Il préside désormais pour trois ans la destinée de cette institution composée de trois entités : l'Hôtel des Collections, la Panacée et l'Ecole des Beaux-Arts. Interview…

Comment voyez-vous vos débuts à la tête du Mo.Co ?

Numa Hambursin : “ Je veux montrer la diversité de l’art contemporain et travailler avec les équipes. Il n’est pas question d’arriver avec mon esthétique ; le programme des expositions sera élaboré avec les équipes du Mo.Co. Après les discussions viendra l’apaisement… On verra que je ne viens pas au Mo.Co pour couper des têtes ; ce n’est pas mon caractère ni ma volonté. Je rencontre Nicolas Bourriaud le mardi 30 mars. Nous verrons ensemble comment faire en sorte que cette institution passe au mieux la tempête. Je veux inscrire le Mo.Co dans le temps pour qu’il soit inattaquable par la suite”.

Comment espérez-vous restaurer la confiance avec les étudiants, qui se sont opposés à votre élection ?

Numa Hambursin : Je viens dans un esprit complètement apaisé. Je l’ai dit et écrit : je suis et serai le garant de la structure tripartite entre l’Ecole des Beaux-Arts et les deux centres d’art. La formule du Mo.Co actuelle bénéficie aux étudiants. Je propose d’organiser plus de masterclasses encore. Des personnalités importantes du monde de l’art se sont déjà proposées à moi pour le faire. Nicolas Bourriaud a exposé des travaux d’étudiants en fin de cycle, et les a intégrés à des expositions de La Panacée. Il est hors de question que cela s’arrête. Au contraire, je cherche des solutions pour que cela se développe dans la ville et ailleurs”.

Quels seront les axes forts de votre direction ?

Numa Hambursin : “Je souhaite tout d’abord rompre avec l’idée d’exposer uniquement des collections privées au Mo.Co. Je ne souhaite pas pour autant supprimer cette possibilité. J’ai un grand attachement aux collectionneurs et aux collections, ayant moi-même réalisé deux expositions autour des collections lorsque j’étais directeur artistique du Carré Sainte-Anne. J’avais intitulé ces expos “L’œil et le cœur”. 
Mais selon moi, on ne peut pas consacrer un établissement si important uniquement aux collections. Lors des expositions de collections privées, on ajoute des filtres entre l’artiste et le visiteur : il y a d’abord le filtre du collectionneur qui réunit les œuvres selon ses propres affinités, puis celui du curateur qui choisit des œuvres parmi la collection, puis celui du médiateur qui aide à la visite.

Les expositions monographiques (consacrées à un seul artiste à chaque fois, NDLR) permettent de supprimer l’intermédiaire entre l’artiste et le public. Raconter l’histoire d’un artiste international, son parcours, me semble passionnant ; c’est un récit sur lui, sur sa vie, sa façon de créer une œuvre d’art qui perdure dans le temps, comment il évolue… Mon projet ne supprime pas les expositions de curateurs, mais consiste à introduire un peu de diversité”.

Et concernant le street art ?

Numa Hambursin :Contrairement à ce que j’ai lu dans la presse, je ne veux pas faire un festival de street art récurrent, mais un événement unique au cours duquel on pourra s’interroger sur le street art : ses origines (Basquiat, Kijno, Ernest Pignon Ernest) ; son lien avec l’art contemporain (Rosson Crow), car il y a des passerelles ; mais aussi les street artistes femmes. On remarque que le street art s’inscrit sur la scène internationale, et notamment aux endroits où il y a des enjeux politiques, comme Israël, la Palestine…
Si on s’interroge sur le passage du street art de la rue au musée, on peut se demander comment faire pour que les artistes « traditionnels » s’emparent de la rue… Cela pourrait être intéressant. Que les choses soient claires : je ne veux pas faire du Mo.Co un musée du graffiti”.

Numa Hambursin, directeur du Mo.Co. © Virginie Moreau.

Comment allez-vous inscrire le Mo.Co dans le territoire ? Rappelons que c’est l’un des axes de votre projet.

Numa Hambursin : “L’un des axes forts de mon action sera d’inscrire le Mo.Co dans le territoire. Sur le papier, dans la théorie, mon prédécesseur Nicolas Bourriaud voulait développer l’écosystème. Il avait eu l’idée judicieuse de ne pas créer une institution verticale comme le Mamac à Nice, mais plus horizontale, composée des 3 entités Hôtel des collections, Panacée, Ecole des Beaux-Arts ; les trois se nourrissant mutuellement.
Créer un écosystème suppose de faire naître un ferment dans la ville. Il sera formidable de le mettre complètement en pratique. Je propose de créer des expositions ayant une capacité à englober la totalité des lieux, au moins une fois dans l’année, faisant travailler main dans la main La Panacée et l’Hôtel des Collections. Je propose aussi d’intensifier les relations avec le musée Fabre. 

Je souhaite également créer un bus Mo.Co / Musée Fabre, comme au Mucem de Marseille. Car actuellement, qu’on le veuille ou non, le Mo.Co est considéré comme une institution de centre-ville. Pour changer cette image-là, il sera bien d’impulser un mouvement du Mo.Co vers la périphérie (des quartiers comme la Paillade, les villes et villages de la métropole) et inversement. Car il y a une incohérence : la Métropole finance quasiment la moitié du Mo.Co. Or le Mo.Co est juste une institution du centre-ville de Montpellier. J’ai la volonté qu’un bus soit mis en place pour faire venir les classes au Mo.Co. En un ou deux ans, mon objectif est que la quasi totalité des classes de la métropole soient venues au moins une fois au Mo.Co. Concernant le mouvement du Mo.Co vers la périphérie (quartiers, villes et villages de la Métropole), il devrait selon moi y avoir plus de conférences du Mo.Co à l’extérieur, données par des artistes, des curateurs, comme le fait le Musée Fabre.

Autre idée, je souhaite multiplier les petites expositions faites par les curateurs du Mo.Co dans les villes et villages de la métropole et dans les quartiers. Cela ne coûterait pas très cher et cela assurerait une présence du Mo.Co hors les murs. Il pourrait y avoir des expositions estampillées Mo.Co avec, par exemple, des artistes ou des étudiants des Beaux-Arts, mais pas seulement. Il y a plein de jeunes qui voudraient être commissaires d’expositions. Le Mo.Co pourrait aider de jeunes commissaires à monter des expos de jeunes artistes sur le territoire, en lien avec le Frac.

L'entrée du Mo.Co © Virginie Moreau.

De quelle nature sera le lien du Mo.Co avec le Frac OM ?

Numa Hambursin : “Je souhaite établir un partenariat avec des établissements de la région Occitanie et notamment avec le Frac. J’ai eu sa présidente au téléphone et j’ai insisté pour enclencher très vite ce partenariat avec le Frac, auquel Emmanuel Latreille, son directeur, semble favorable. Le Mo.Co a une très grande visibilité. De son côté, le Frac fait un travail de fond depuis longtemps sur le terrain. Exposer les collections du Frac au Mo.Co pourrait être une solution. Je vais en parler avec Emmanuel Latreille. Attention, il ne s’agit absolument pas de piller le Frac, mais de travailler ensemble, de mettre les deux institutions en synergie.”

La notion de partenariat est importante pour vous ?

Numa Hambursin :“Il est crucial de mettre en place des partenariats avec les acteurs publics, mais aussi avec les acteurs privés, c’est-à-dire toutes les galeries (privées et associatives, sans ostracisme) et les associations. Mais aussi du mécénat : je veux rapprocher le Mo.Co des entreprises du territoire, que j’ai la chance de connaître intimement, du fait de mon implantation dans ce territoire. Je veux aller chercher du mécénat. Il n’a pas du tout été assez développé, son niveau est beaucoup trop faible. Cela s’explique en partie par la pandémie, la crise des Gilets jaunes et l’aspect récent de l’ouverture du Mo.Co.

Il faut diversifier les sources de financement, c’est impératif. Cela nous permettra d’arriver avec un projet fort et de développer le Mo.Co et son lien avec le territoire sans dépendre intégralement de la générosité de la Ville, de la Métropole et de l’État. C’est fondamental pour nous rendre crédibles et pour restaurer le lien de confiance avec les élus, qui doivent pouvoir constater que l’on ne se repose pas entièrement sur l’argent du contribuable.

Je compte aussi développer la Société des Amis du Mo.Co. Rapprocher le Mo.Co des forces économiques permettra que les entreprises parlent du Mo.Co, d’avoir un cercle vertueux qui donnera envie à plus de personnes d’y aller. Le Mo.Co a un potentiel foncier (Hôtel des Collections, Panacée) qui peut être utilisé sans handicaper le projet artistique. Je m’explique : sans livrer l’institution aux mains du privé, on peut imaginer louer le Mo.Co pour des soirées, des cocktails. Le Palais de Tokyo est financé à moitié par le privé. Il n’y a pas de raison qu’un endroit aussi formidable que le Mo.Co n’y parvienne pas”.

Quel est votre état d’esprit depuis votre élection ?

Numa Hambursin : “J’ai souffert et je souffre d’un certain nombre d’attaques que je trouve particulièrement injustes et chaotiques. Dans cette histoire, on a l’impression que tout élément, même le plus caricatural, est bon à prendre.
Mais à côté de cela, j’ai reçu un nombre considérable de messages de sympathie, de soutien et de félicitations d’artistes et de personnalités depuis mon élection. C’est inouï de recevoir autant d’encouragements de toutes parts… Cela me fait énormément de bien, car je fais ce métier par amour des artistes. Leurs encouragements sont un honneur pour moi”.

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