Philippe LAMOUROUX, experts-comptables : « Il faut réaffirmer notre autorité professionnelle »

Le nouveau président du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables de Montpellier, élu à l’unanimité par ses pairs le 14 décembre 2016, se veut combatif, dans un contexte de réformes territoriale et professionnelle. L’Alésien de 62 ans* précise pour l’HJE les défis qu’il souhaite gagner pour maintenir l’intégrité et la performance de l’expertise comptable languedocienne. Entretien avec Philippe Lamouroux…



HJE : Votre discours lors du passage de témoin avec votre prédécesseur a été plutôt combatif…

« Je sais qu’il sera difficile de faire mieux que Philippe Sauveplane ; j’ai donc décidé de faire autrement [rires]. Ce qui me rassure, c’est que mon prédécesseur a promis de nous accompagner encore un petit peu, notamment sur la réforme territoriale de la profession. Nous aurons besoin de son expérience en la matière. »

 

Vous avez confié vos inquiétudes professionnelles avec beaucoup de force. Pourquoi ?

« J’ai des convictions bien arrêtées sur les fondements de la profession et la réforme territoriale en cours. C’est mon caractère. Je suis un compétiteur. Vous savez, la cérémonie de passation de présidence du 14 décembre 2016 est une première pour notre conseil. J’espère que ce ne sera pas la dernière. Je suis très inquiet pour mes successeurs, notamment dans le cadre d’un futur conseil de l’Ordre élargi à la grande région Occitanie. »

 

Vous avez dit que les maîtres-mots de votre mandat de deux ans seraient déontologie et compétence…

« La déontologie est le ciment de la cohésion professionnelle. Il faut la respecter et l’amplifier, parce qu’elle est souvent mise à mal par les nouvelles technologies et Internet. Notre compétence se retrouve dans la qualité de nos travaux. Elle est unanimement reconnue par nos clients. Il convient de la développer comme facteur d’homogénéisation et de cohésion professionnelle. Pour moi, ces deux valeurs ne sont pas négociables. C’est sur ces valeurs que nous pourrons nous atteler à tous les challenges qui nous attendent. Il vaut mieux que l’on soit solidaires plutôt que solitaires. »

 

Quels sont ces challenges ?

« D’abord la réforme territoriale de la profession que l’on nous impose et qui est – je le dis fort – une ineptie professionnelle avec laquelle, malheureusement, il va nous falloir composer. Le bénévolat des élus et la proximité avec nos consœurs et nos confrères sont les fondements de notre institution. Autant d’éléments qui sont mis à mal avec cette éventuelle nouvelle centralisation de l’institution à Toulouse. »

 

Toulouse est la capitale économique de la région Occitanie…

« Il y a Toulouse, mais aussi Montpellier. Notre conseil régional est plus important en nombre de confrères que celui de Toulouse. Nous sommes à 995 inscrits contre 800. Nous avons un institut de formation, à l’inverse de la Ville Rose. Nous sommes certifiés ISO, eux non. Nous avons huit permanents et eux six… Pourquoi ne pas maintenir un Conseil régional dans chacune des deux métropoles de la région ? Et comment peut-on gérer efficacement une profession entre Lourdes et Pont-Saint-Esprit ? Ce combat va nous prendre pas mal de temps. Nous l’avons commencé il y a un an jour pour jour avec Philippe Sauveplane, qui a su par ailleurs porter haut notre marque « expert-comptable ». Nous avons obtenu de haute lutte un délai supplémentaire de deux ans – le temps de mon mandat – alors qu’il avait été décidé de basculer dès ces élections régionales vers le conseil grande région Occitanie. Il faut se battre. Je suis sportif : lorsque j’entre sur le terrain, c’est pour gagner. On décide du sort d’une partie à la fin, pas pendant. J’ai d’ailleurs entendu qu’un candidat à la présidentielle pourrait revenir aux deux régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées… Mais nous ne sommes pas maîtres de cette décision. Cela dépendra aussi du président national qui sera élu par notre profession au mois de mars prochain. Les deux grands syndicats de la profession ont sur ce sujet des divergences de vues. »

 

Vous avez également évoqué les rapports de la profession avec votre ministère de tutelle…

« C’est l’autre grand challenge. Il est vrai que le ministère des Finances demande toujours plus à notre profession, dont il semble par ailleurs satisfait. Les paroles d’amour c’est bien, mais nous voudrions aussi des actes d’amour. En nous aidant par exemple plus efficacement dans la lutte contre l’exercice illégal. Il y a aussi la prise en compte des contraintes de nos métiers, à l’instar de nos homologues des autres pays européens, qui disposent de délais spéciaux parce qu’ils sont reconnus comme de vrais tiers de confiance. Les délais pour les rendus de comptes y sont plus étalés dans le temps. En France, au contraire, nos délais se réduisent. Je pense à la fameuse période fiscale. Nos collaborateurs sont soumis à un travail délirant pendant trois mois. Des délais plus longs marqueraient une certaine reconnaissance et seraient légitimes, me semble-t-il. Mais je crois qu’il faut dire les choses. Il y a un véritable ras-le-bol de la base, quelle que soit la couleur syndicale. C’est ce que je ressens sur le terrain. »

 

« Nous ne voulons pas devenir des commissaires à la fiscalité »

 

L’EPS ne semble pas passer auprès de la profession…

« Il faut comprendre. On nous impose davantage de nouvelles contraintes dans nos cabinets. Des contraintes qui vont nous prendre du temps et que l’on ne pourra jamais facturer au client. Ce sont de nouvelles contraintes supportées par les cabinets et les entreprises au profit de l’administration fiscale. L’examen périodique de sincérité (EPS) mené par les organismes de gestion agréés, applicable au 1er janvier 2017, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Nous ne voulons pas devenir des commissaires à la fiscalité. Nous portons une expertise fiscale, mais pour accompagner les entreprises. Je note que les organismes de gestion agréés commencent à être de plus en plus utilisés par l’administration comme son bras armé, comme commissaires à la fiscalité. C’est ce qui pourrait nous arriver si l’on délocalise trop nos conseils régionaux. La profession risque d’être dessaisie de la gouvernance de son métier. Il nous faut être vigilants et réaffirmer notre autorité professionnelle, qui est d’ailleurs légitimée par nos clients. Les dernières enquêtes montrent que 93 % de la clientèle est satisfaite de nos prestations. Faut-il que l’on soit plus virulents pour se faire respecter ? »

 

Quelles sont les autres priorités de votre mandat  ?

« D’autres challenges sont à conduire dans la vie quotidienne de nos cabinets, comme l’incontournable transition numérique. La profession est déjà bien armée pour cela, plus que pour les deux premiers challenges évoqués, que l’on ne maîtrise pas vraiment. Nous avons d’ailleurs aidé l’administration fiscale à se moderniser, comme avec les procédures TDFC, devenues aujourd’hui monnaie courante. Notre objectif est de ne laisser aucune consœur et aucun confrère sur le bord du chemin du numérique. Ce beau challenge est aussi pour la profession l’occasion d’opportunités qui vont obliger l’expert-comptable à réinventer sa relation avec son client. C’est le moment où jamais de renforcer notre rôle de conseillers de confiance et d’aider nos clients à être dans la transition numérique. »

 

Propos recueillis par Daniel CROCI le 14 décembre 2016

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