Portrait d'Héraultaise : Blandine Sagot, la parentalité en partage

Être parent n’est pas si simple en temps normal. Avec la pandémie, le challenge n’en devient que plus complexe. L’accompagnement à la parentalité est sans doute l’une des clés les plus solides pour répondre aux évolutions d’une société en perpétuel mouvement. Notamment lorsque cet accompagnement peut-être professionnel et gratuit. Blandine Sagot, psychologue de formation, directrice de l’Ecole des Parents et des Educateurs de l’Hérault – qu’elle a contribué à créer il y a trente ans – explique les nouveaux enjeux éducatifs et relationnels qui marquent notre temps.

Pour la directrice de l’Ecole des Parents et des Educateurs de l’Hérault (EPE) – qu’elle a contribué à créer à Montpellier en 1991 –, l’accompagnement à la parentalité répond aux besoins nés de cette pandémie de Covid-19, qui a détissé le lien social et imposé aux familles de nouvelles contraintes psychologiques. Interview*.

L’École des Parents et des Educateurs

L’EPE est une association loi 1901 qui a une couverture départementale. Elle est reliée à une quarantaine d’autres EPE en France, regroupées en fédération nationale. La fédération est reconnue d’utilité publique et l’histoire raconte que l’École des Parents a commencé sa première activité en 1929. Dans notre département, l’École des Parents est composée d’une équipe professionnelle de 25 personnes avec 14 psychologues, 3 médiatrices familiales, 3 animatrices d’un réseau départemental qui regroupe les acteurs du soutien à la parentalité de l’Hérault, en collaboration avec les services de la CAF.

Des points d’écoute dans tout le département

Des points écoute EPE ont été créés sur l’ensemble de l’Hérault pour les parents d’enfants de tous les âges, parfois plus spécifiques pour les jeunes et leurs parents, ou pour les médiatrices familiales, qui consultent aussi dans le département. Les points écoute et les permanences de l’École des Parents sont disséminés dans plusieurs villes de l’Hérault depuis Lunel, Lattes, Palavas, Montpellier où l’on est sur plusieurs quartiers différents, Saint-Mathieu, Ganges, dans le Cœur d’Hérault où l’EPE est présente à Lodève, Gignac, Clermont-l’Hérault, Paulhan, puis sur Béziers, Agde, Mèze, Villeneuve-lès-Maguelone, Pignan… Parents et jeunes peuvent solliciter une rencontre avec les professionnels de l’Ecole des Parents, sur rendez-vous, pour venir gratuitement aux points écoute et aux permanences de l’Ecole des Parents, afin d’échanger avec les professionnels.

L’interview

Comment fonctionne l’EPE ?

Blandine Sagot : « L’Ecole des Parents de l’Hérault, qui compte
25 collaborateurs (voir l’encadré page suivante), travaille avec les
parents toute l’année. Nous les recevons, ainsi que les enfants et
les jeunes, sur rendez-vous, gratuitement. Nos psychologues et
nos médiatrices se déplacent également, en allant vers eux grâce
à des points d’écoute disséminés sur l’ensemble du département,
tant en milieu urbain que rural. Nous réalisons aussi, avec nos
partenaires, de nombreuses animations collectives en direction
des familles et parfois des professionnels, comme les Cafés des
Parents, de petites conférences, des débats, des temps de présence qui peuvent être organisés dans les crèches ou les écoles.
Dans tous les lieux qui ont du sens pour les parents et où l’on va
débattre d’éducation et de l’exercice de la parentalité au quotidien. En ces temps mouvants où les parents sont sans cesse en
train d’ajuster leurs pratiques, de chercher à ce que leurs enfants
s’intègrent au mieux dans un monde en pleine évolution, nous
proposons des lieux d’échange et des temps de prévention.
Nous avons également un service de formation et d’analyse des
pratiques dédié aux professionnels, qui s’est développé au fil du
temps, afin de pouvoir transmettre notre expérience de travail
avec les parents. »

Quel a été votre parcours jusqu’ici ?

« Je me suis très tôt intéressée à la psychologie. Après des
études de psycho à Montpellier puis Toulouse, je me suis orientée
vers la psychologie de l’enfant et de l’adolescent. Et rapidement,
avec des collègues, nous avons constaté qu’ il n’existait pas,
à la fin des années 1980, sur le Montpelliérain, de lieu de prévention pour les difficultés familiales et pour les difficultés dans
la relation parents-enfants. Il était compliqué pour ces parents
de trouver des interlocuteurs sans aller tout de suite vers
la pédopsychiatrie ou un suivi assez lourd dont ils ne relevaient
pas. Et pourtant, au quotidien, nous percevions beaucoup
d’inquiétudes et des situations qui évoluaient difficilement,
notamment à l’école, mais pouvaient se dénouer, à condition de
prendre un peu le temps de parler avec eux, de leur transmettre
quelques repères sur la psychologie de l’enfant. Avec 3 psychologues, après quelques recherches, nous avons rencontré l’EPE
nationale et décidé de créer une délégation dans l’Hérault basée
à Montpellier. J’en suis la directrice depuis plusieurs années.
Avec l’arrivée des politiques publiques en direction de la parentalité, l’association s’est structurée autour de services proposés
aux parents ; toujours dans le cadre de la prévention la plus
généraliste. Si nous avons aujourd’hui quelques intervenants
bénévoles, toutes les actions proposées sont prises en charge
par des professionnels, tout au long de l’année et sous
des formes très différentes. Je suis toujours aussi passionnée et convaincue par cette aventure ; toujours très contente d’y accueillir de nouvelles recrues, et de voir combien ce projet intéresse les plus jeunes d’entre elles,
et paraît toujours d’actualité. La première École des Parents a eu
lieu en 1929. Je me dis que, finalement, ce beau projet dure. »

Comment analysez-vous l’impact de la crise Covid sur les parents, la famille ?

« Nous avons eu une année 2020 pour le moins compliquée.
Les parents ont fait preuve de beaucoup de sens d’adaptation.
Pendant le premier confinement, il a fallu qu’ils s’improvisent
enseignants à la maison ; bien souvent, et de surcroît, en télétravail. Le premier déconfinement a été également complexe,
parce que toute l’organisation parentale qui avait été trouvée
s’est finalement arrêtée d’un seul coup, dans un contexte où le
retour à l’école n’était pas compris par tous de la même manière,
avec des consignes floues de la part des pouvoirs publics. Beaucoup de parents avaient peur de renvoyer leurs enfants à l’école,
sur un plan purement sanitaire. Toutes ces questions se sont
ajoutées aux inquiétudes des parents pour leur emploi et
le manque de perspectives d’avenir. »

Vos pratiques ont-elles évolué sous l’effet de la Covid ?

« A l’EPE, le soutien à la parentalité est bien sûr maintenu. Toutes
nos permanences sont ouvertes, et nos psychologues travaillent
également à distance, par téléphone, ce qui, il faut le dire, est
assez nouveau pour notre profession. En présentiel, masques,
Plexiglas®, gel… font partie intégrante du nouveau protocole que
nous avons mis en place. Sur le plan professionnel, il y a plein de petits signes que l’on voit moins, mais on apprend, tout comme
nos interlocuteurs. Il leur faut apprendre à voir leur psychologue
ou le médiateur masqués. Du côté des jeunes enfants, il y a beaucoup de débats sur le port du masque. Là aussi, il faut de la
pédagogie, de l’adaptation au cas par cas. Y compris dans les
crèches. Ces enfants vivent dans un monde masqué. Quelles
traces cela peut-il laisser ? Les avis sont multiples ; le débat n’est
pas clos. Et si on remonte à la première période Covid, on a vu
des mamans accoucher sans que le papa puisse être là, avec
même des cas où on leur a demandé de rester masquées…
Vous voyez, ça a pu aller très loin. Aujourd’hui, nous sommes en
train de créer une culture commune autour de la problématique
de la pandémie de Covid. »

Dans ce contexte, qu’aimeriez-vous pouvoir
développer ou mettre en place à l’EPE ?

« J’aimerais que l’EPE soit vraiment présente partout sur le
département de l’Hérault. Il y a des lieux où l’on n’est pas encore
présents, comme le Piscénois par exemple, autour de Pézenas,
ou autour de Mauguio également, où nous n’avons pas de point
d’ancrage. Sur toutes nos permanences, nous avons des listes
d’attente. On peut souhaiter qu’elles se résorbent. Cela montre
qu’il y a de vrais besoins. Que les gens savent tout à fait se saisir
d’outils, de ressources, pour peu qu’ils soient informés. Et surtout
en prévention, pour qu’ils aillent mieux, pour construire leur
parentalité et leur carrière professionnelle en parallèle, afin de
garder le bon équilibre entre les deux. C’est particulièrement
important pour les femmes, qui développaient plutôt la parentalité, et dont la carrière suivait comme elle pouvait. Là, il y a plus
d’exigences de rééquilibrage, y compris chez les hommes.
Il y a des perspectives vraiment intéressantes.

Sur quelles thématiques les questions des parents portent-elles ?

« Actuellement, les préoccupations sont très souvent centrées sur
la question des écrans, quel que soit l’âge de l’enfant. Curieusement des bébés – oui, des bébés ! – jusqu’aux adolescents bien
sûr. Et ce sujet est lié à un second qui est présent depuis des
années : la question de l’autorité parentale. Les années post-1968
ont apporté un idéal d’autorité bienveillante, adaptative, avec
des enfants considérés comme des adultes, ayant une vraie
parole dans le cercle familial… Depuis, les parents sont parfois un
peu débordés, parce qu’à un moment, il faut poser un acte d’autorité, ce qui est mal vécu. D’autres sujets existent, comme la
fratrie par exemple, avec la montée en puissance des familles
recomposées. Comment refait-on une fratrie ? Est-ce que cela
fonctionne toujours ? »


Comment voyez-vous les prochains mois,
toujours sous couvert de pandémie ?

« Comment les familles vont-elles évoluer ? Comment allonsnous tous évoluer ? Ce que nous avons réalisé avec l’École
des Parents est que le lien social est vraiment important. Cette
pandémie l’a mis en exergue. Être coupé des autres a vraiment un
impact. Quand une difficulté majeure advient – comme celle que
l’on rencontre actuellement –, toutes nos fragilités ressortent et
nous mettent à mal. Le danger serait de perdre la confiance en
l’autre. On en voit d’ailleurs l’effet délétère chez les enfants,
quand ils perdent confiance en l’adulte. Sans être angélique, il
faut rester dans cette idée que ce qui nous relie à l’autre est précieux et qu’il faut en prendre soin. J’ai confiance et j’ai beaucoup
d’espoir dans le fait que notre société redonne de la valeur au
lien social, à la relation à l’autre, à ce qu’est un autre, à l’attention
qu’il faut porter aux bonnes relations ; je dirais à la bonne santé
de nos relations. »

Prendre contact avec l’Ecole des Parents de l’Hérault

« Il ne faut pas hésiter à nous solliciter », dit Blandine Sagot. La démarche est très simple. Il suffit d’appeler le secrétariat de l’Ecole des Parents et des Educateurs de l’Hérault (composez le 04 67 03 43 58). Il est ouvert toute la semaine. « Nous avons également un site Internet où l’on peut retrouver tous les lieux où l’EPE est présente et les actions proposées. Il n’y a pas de pré-enquête pour pouvoir venir nous rencontrer. C’est ouvert à tous et c’est gratuit » confirme la directrice de l’EPE Hérault. Le siège de l’EPE Hérault est situé 260, rue du Puech Radier à Lattes (à côté de la ZAC Tournezy, côté Montpellier).

L’intégralité de cette interview est à lire dans l’édition Print de l’Hérault Juridique & Economique du jeudi 4 mars 2021, n°3349

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