Questions à Thierry CONIL, président de La Compagnie du Vent

Thierry CONIL, président de La Compagnie du Vent (Groupe ENGIE) a présenté mardi 4 avril 2017 à Montpellier, le bilan 2016 et les perspectives 2017 pour la société spécialisée dans les installations ENR de grande puissance, en éolien et solaire photovoltaïque. A cette occasion, il a répondu aux questions de l'Hérault Juridique…

Pionnière en matière d’énergie renouvelable, La Compagnie du Vent (LCV) a installé la première éolienne raccordée au réseau électrique national français en 1991 à Port-la-Nouvelle (Aude), puis le premier parc éolien en 1993. Filiale d’Engie, qui en détient 60 %, La Compagnie du Vent disposait, à fin 2016, d’un parc de production de plus de 510 mégawatts installés (29 parcs éoliens et 10 centrales solaires). En neuf ans, l’entreprise montpelliéraine a quintuplé sa puissance  de production et de nouvelles installations éoliennes et photovoltaïques vont permettre d’augmenter cette puissance installée de 53 % d’ici fin 2018 ou début 2019, pour atteindre les 1 000 MW en production d’ici 2022. Lire l’article

 

Questions à Thierry Conil, président de La Compagnie du Vent, Groupe ENGIE

 

La transition énergétique est actuellement de tous les débats. Quelles sont les perspectives globales pour l’éolien et le photovoltaïque ?

Thierry Conil : Les objectifs du Grenelle de l’Environnement sont clairs. Ils fixent 23 % d’énergie renouvelable en 2020
et même 30 à 40 % de notre mix énergétique au-delà de l’horizon 2030. Ce sont des objectifs ambitieux, mais réalisables. Il est toutefois certain que si l’on ne va pas dans le sens d’une meilleure cohabitation et d’une simplification des autorisations administratives, nous n’y parviendrons pas, bien que la France soit un pays à fort potentiel, le deuxième potentiel éolien européen. Et si l’on évoque le solaire, le Sud et la région Occitanie sont en pole position et disposent d’atouts indéniables dont il faut profiter. Il faut toutefois s’affranchir pour cela d’un certain nombre de contraintes et renforcer la possibilité d’une meilleure intégration des ENR dans la vie de tous les jours.

Quelles formes prennent ces contraintes pour un opérateur comme La Compagnie du Vent ?

En France, nous évoluons sous un mode administratif complexe. Il existe beaucoup d’autorisations administratives à valider avant de lancer un projet. Cette multiplication ouvre la voie à autant de recours possibles. Il faudrait s’inspirer des modèles mis en place dans les pays scandinaves, qui se rapprochent de l’autorisation unique. Tous les éléments d’aménagement du territoire, ceux liés à l’environnement, à la gestion des risques… sont rassemblés dans un seul et même dossier. Réunir l’ensemble des éléments en une seule et unique demande d’autorisation administrative permettrait de raccourcir de beaucoup les délais de réalisation. Il faut bien entendu conserver la possibilité du recours, mais on constate aujourd’hui que ceux-ci se multiplient à peu près sur tout. Sur les aspects environnementaux, les aspects fonciers, la loi sur l’eau, la gestion de la forêt, sur les aspects paysagers… Cela induit des délais d’instruction qui peuvent aller jusqu’à dix ou douze ans, comme pour le projet de parc éolien du plateau de Cabalas que nous menons dans l’Hérault. Le deuxième volet d’amélioration porte sur une amélioration sensible de la cohabitation entre différents opérateurs sur le territoire. Je constate que chaque jour en France, chacun ouvre un peu plus son parapluie, si j’ose dire.

Quels sont ces opérateurs ?

Je pense notamment aux opérateurs de radars, qu’ils soient militaires, civils ou météo. Il est complexe d’implanter une éolienne près de leur périmètre d’intervention. Pourtant, si on regarde l’Espagne ou l’Allemagne, ces opérateurs cohabitent avec l’éolien. En France, il y a un début de prise de conscience, mais qui n’est pas encore aboutie comme elle peut l’être dans les pays voisins. Cela nécessite sans doute de participer davantage à des travaux de réflexion collaboratifs et concertés.

thierry conil president compagnie du vent

La région Occitanie se montre également ambitieuse dans ses projets d’autonomie énergétique…

C’est un projet réaliste. Non seulement réaliste, mais essentiel, parce qu’il apparaît comme une nécessité. D’abord parce que nous sommes dans une région privilégiée sur le plan climatique. Le soleil bien sûr. Et le Golfe du Lion est le plus venteux de France. Ce sont des ressources naturelles et des atouts importants pour les énergies renouvelables, dans une région peu
industrielle. Si l’on veut créer de l’emploi, si l’on veut alimenter en énergie renouvelable nos territoires et les secteurs touristiques et tertiaires, il faudra mettre en valeur ces atouts et les savoir-faire locaux dans ce domaine.

Vous travaillez sur de nos nouveaux modèles économiques et technologiques, comme le stockage ou la mobilité hydrogène. A quel horizon ?

A dix-quinze ans je pense, avec une industrialisation des process autour de 2030. Mais cela peut évoluer très rapidement. En 2010, lorsque La Compagnie du Vent s’est lancée sur le marché du photovoltaïque, nos objectifs prévisionnels étaient moitié
moindres par rapport à ceux que nous réalisons aujourd’hui, soit 20 % de notre production. Notre progression future se fera peut-être avec l’hydrogène ou via le stockage de l’énergie produite… Des opérateurs mondiaux investissent aujourd’hui dans la voiture électrique, un marché qui est en train d’exploser. Et, bien que nous ne soyons pas positionnés sur ce segment de marché, l’autoconsommation notamment en milieu urbain peut également apporter un complément aux installations ENR de
grande puissance. On peut imaginer que demain, toute construction d’habitation ne sera autorisée que si elle est réalisée en mode « consommation passive » et si elle produit l’énergie qu’elle consomme. Cela fait partie du paysage ENR contemporain
et des développements complémentaires aux installations éoliennes et photovoltaïques de grande puissance que nous allons poursuivre avec volontarisme et ambition. Car outre l’autonomie énergétique, ce sont les emplois locaux de demain qui s’inscrivent dans cette perspective.

Propos recueillis par Daniel CROCI

Article connexe

La Compagnie du Vent accélère son développement

 

Qu'en pensez-vous ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Jeux concours
Météo de l'Hérault
Hérault Tribune Pro Hérault Tribune Reportages

Depuis 1973, d’abord sous format magazine, puis via son site, Hérault Tribune informe le public des événements qui se produisent dans le grand Agathois, le Biterrois et le bassin de Thau.

logo hje

Depuis 1895, l’Hérault Juridique & Economique traite l’économie, le droit et la culture dans son hebdomadaire papier, puis via son site Internet. Il contribue au développement sécurisé de l’économie locale en publiant les annonces légales.