Revitalisation commerciale des centres-villes : à chacun sa recette

Etre optimiste ? Ce n’est pas facile, de nos jours, lorsqu’on est responsable d’un centre-ville à l’abandon. Au cours d’un colloque à Paris, des maires, managers, chambres consulaires et représentants de commerçants ont livré leurs « bonnes pratiques ».

Po-si-tif. « Il faut être positif ! » répétait, comme un automate, l’animateur enjoué de cette grand-messe consacrée à la « Ville commerçante d’aujourd’hui et de demain ». Le 24 septembre, à Paris, l’association « Vitrines de France » voulait faire oublier les boutiques vides qui parsèment les rues commerçantes des villes moyennes, les logements anciens abandonnés par leurs habitants et la concurrence impitoyable des grandes surfaces périphériques. On ne parlait donc que de ce qui fonctionne. « Souriez, soyez heureux », a lancé Jean-Pierre Lehmann, président de cette structure de conseil, aux quelque 300 participants.

La scène, dans une salle de cinéma, avait été soigneusement aménagée ; un grand canapé en cuir était disposé au milieu, entouré d’étagères design, de tables vintage et de lampes tamisées comme on pourrait en voir dans une boutique tendance. Sur l’écran, des clips de quelques minutes se succédaient, vantant les atouts de Cherbourg, Mulhouse ou Vannes : images rythmées, commerçants souriants, clients extatiques se promenant à pied ou à vélo, soleil resplendissant et musique qui battait la chamade.

Et comme nous étions dans un centre commercial, en l’espèce Italie Deux, dans le 13e arrondissement de la capitale, la première personne qui s’est exprimée était un promoteur, Stéphane Girard, directeur de l’exploitation du groupe Hammerson, « spécialisé en centres commerciaux de centre-ville ». Dans un centre-ville, a-t-il affirmé, on trouve « les flux, le patrimoine, l’histoire, toutes les valeurs qui résistent aux modes ». Les commerçants traditionnels, a-t-il admis, sont un peu perdus. Voici pourquoi le promoteur leur propose de « gérer un projet commun », comprenant « un règlement intérieur, des mêmes horaires d’ouverture, un seul propriétaire ». La formule fonctionne déjà dans plusieurs villes, où des boutiques ont été réunies sous l’égide du même bailleur. A Pau, aux halles centrales, qui ont rouvert à la mi-septembre, après des années d’abandon, les bouchers, fromagers et autres poissonniers, ainsi que les restaurateurs, partagent le même espace, obligatoirement ouvert jusqu’à 15 heures tous les jours, dimanche inclus. Les municipalités seraient d’ailleurs bien inspirées de suivre ces recettes, a assuré Stéphane Girard.

La hantise de la « friche commerciale »

Dans cette atmosphère délibérément optimiste, chacun a tenté d’apporter sa solution. Magali Vergnet-Covo, de la Société d’économie mixte parisienne Semaest, a estimé que « le commerce est un service au public comme les transports, la sécurité ou l’animation ». A Paris, la Semaest est bien moins confrontée à la vacance commerciale que dans les préfectures et sous-préfectures de départements. L’ennemi, c’est plutôt « la monoactivité », en d’autres termes les boutiques d’import- export de textiles qui remplacent les commerces de bouche. L’un des outils développés par la société consiste à « acquérir ou préempter les murs des commerces », avant de les rénover et de les revendre.

A Dax (Landes), la ville taxe les boutiques abandonnées, vides depuis des années, parce que le propriétaire refuse de louer au prix du marché, ou de louer tout court. La taxation est efficace, a assuré Axelle Verdière-Bergaoui, adjointe (PS) en charge du commerce, « parce que les propriétaires n’apprécient pas du tout de voir leur bien qualifié de ‘friche commerciale’ » ! A Châteauroux, la municipalité invite les enseignes à visiter la ville, jugeant que son image ne peut que s’améliorer. La collectivité a aussi entrepris de faire fusionner les deux associations de commerçants, rebaptisées « Boutiques de Châteauroux ».

Les élus et représentants des unions commerçantes, venus de la France entière, ont écouté avec intérêt André Poulin, directeur de Destination Centre-ville Montréal, expliquer le fonctionnement des sociétés de développement commercial (SDC), propres au Canada. « Lorsque la création d’une SDC est actée par une majorité de professionnels, commerçants mais aussi artisans et professionnels libéraux, tous sont tenus d’y adhérer », a-t-il indiqué. L’organisme dispose alors d’une surface financière lui permettant de salarier des chargés de mission ou d’intervenir dans le débat public. « Si nous n’avions que du commerce dans le centre-ville de Montréal, ça ne fonctionnerait pas. Nous avons aussi des bureaux, des start-up et leurs salariés, et beaucoup de passage », a rappelé André Poulin.

Toutes les solutions sont les bienvenues. A Mulhouse, Frédéric Marquet, manager de centre-ville depuis 2010, se définit comme un « prospecteur d’enseignes » : il n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il parvient à convaincre un grand nom de la distribution de s’installer à Mulhouse, de préférence avant les autres villes de même taille. Et cela n’empêche pas la ville alsacienne de compter « 75 % de commerçants indépendants », a-t-il affirmé.

Saint-Lô, préfecture de la Manche, a lancé une initiative originale. Comme dans les autres villes de cette taille, la plupart des commerçants rechignent à conserver leur boutique ouverte à l’heure du déjeuner. La municipalité leur a proposé d’ouvrir entre 12h et 14h, de concert, un seul jour de la semaine, le vendredi. L’opération convainc le chaland.

L’e-commerce déstabilise

Mais, même en restant positif, personne ne peut ignorer que le commerce subit la concurrence des ventes en ligne. Certains commerçants continuent de croire qu’il vaut mieux se passer d’Internet. « La moitié des indépendants ne sont pas présents sur la Toile », a déploré Jonathan Chelet, cofondateur de la société de conseil « Petits commerces ». En Normandie, la Chambre de commerce et d’industrie accompagne ces récalcitrants. Au cœur de Marseille, la maison Empereur, qui propose, depuis des lustres, des ustensiles de cuisine et de quincaillerie, cherche à développer sa clientèle dans le monde entier, grâce à son site Internet sur mesure.

Par ailleurs, la ville ne se limite pas au commerce. La plupart des élus veulent faire de leur quartier central un lieu agréable à parcourir. Vannes (Morbihan) consacre ainsi 700 000 euros, chaque année, à la rénovation des façades, sous forme d’aides aux propriétaires, a expliqué son maire, David Robo (divers droite). A Chartres, l’équipe élue depuis 2001 a entrepris « la piétonnisation de 70 % des rues du centre-ville, tandis que des parkings étaient construits en souterrain », a expliqué Juliette Pichot, présidente des Vitrines de Chartres. Au début, selon elle, « les commerçants étaient affolés, mais aujourd’hui, en 2018, on peut se promener en ville en laissant ses enfants courir sans risque, et c’est très bien ».

Olivier RAZEMON

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