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Tarik Essalhi, la souffrance baignée d’une lumière mystique à la Galerie Samira-Cambie, à Montpellier

Samira Cambie montre actuellement des dessins à l’encre de Chine, un bas-relief et des sculptures en plâtre, béton et terre cuite de Tarik Essalhi, à l’occasion de son exposition personnelle. Ils l’ont intitulée Amor Fati, « l’acceptation du destin » chère au philosophe Friedrich Nietzsche.

Parcours

Tarik Essalhi a passé ses dix premières années à écumer la bibliothèque universitaire de Saint-Denis de la Réunion, sa mère étant alors la bibliothécaire des lieux. Celle-ci ayant été mutée en métropole, c’est en banlieue qu’il a poursuivi son adolescence. Il avait une prédilection pour les bandes dessinées, les mangas, les comics. Il dessinait énormément, mais était gêné par le système de cases des BD. Lorsqu’il a découvert une reproduction en noir et blanc du Jugement dernier par Michel-Ange, il a ressenti un vrai choc, « une épiphanie ». Il a découvert que l’on pouvait illustrer le corps, se concentrer sur sa matérialité, effectuer des repentirs… Très tôt, il a nourri le projet de suivre le cursus des Beaux-Arts de Paris pour faire de la peinture ; il s’est voué tout entier à cet objectif. 

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“Lamentation”

De la peinture au modelage

Entré aux Beaux-Arts, son but était de suivre un enseignement tel qu’on le dispensait au XIXe siècle. Il a suivi des cours d’anatomie, de modelage, morphologie, et filait au Louvre dès qu’il le pouvait pour réaliser des copies. Au milieu des Beaux-Arts, il a arrêté la peinture pour le modelage, la sculpture et le moulage. Sa véritable vocation était née. Il voulait se concentrer sur le corps. Pour le diplôme des Beaux-Arts, il a présenté des gisants prisonniers ; « C’étaient de grands corps très musclés », se souvient-il.

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Vue de l’exposition “Amor fati” © Virginie Moreau.

Dessin : méthode et allégorie

« Au début, le dessin n’était qu’un médium utilisé pour l’apprentissage, puis, vers 2010-2011, sont apparus mes premiers dessins en tant qu’œuvres », rappelle Tarik Essalhi. Pour ses dessins à la plume et encre de Chine, réalisés dans un esprit Renaissance, Tarik Essalhi compulse des milliers de photographies de guerre et d’images de l’histoire de l’art. L’artiste traite des sujets très actuels et triviaux dans ses dessins : un SDF qui fait la manche dans la rue, des personnes qui « squattent » au pied d’un escalier dans une HLM, des prisonniers…

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Un contraste intéressant naît du parti pris de traiter ces sujets à l’ancienne, d’autant qu’une lumière mystique nimbe souvent les sujets… « Il serait selon moi redondant de traiter ces sujets de façon expressionniste. Ils sont suffisamment violents par eux-mêmes. Je préfère rendre beau ce qui ne l’est pas, à l’image de Rembrandt. Et je cite  souvent comme exemple Francis Ford Coppola et son film Apocalypse Now. Il a abordé un thème aussi terrible que la guerre avec des images baroques et la Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner. » L’artiste donne souvent un semblant de dignité à ses personnages.

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“Mise au tombeau”.

Tarik Essalhi dit s’être interrogé sur la différence entre le dessin de presse et l’allégorie. « Le dessin de presse tel que le pratique Charlie Hebdo peut être identifié à un moment précis, alors que mes dessins se rapprochent des allégories que l’on retrouve dans les beaux-arts », affirme-t-il.

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Corps attachés et réflexion sur la vie

En dessin comme en sculpture, Tarik Essalhi représente régulièrement des prisonniers, mains attachées derrière le dos. Des hommes uniquement, pour ne pas érotiser les scènes. « Dans les sculptures, il me semble qu’ils sont plus protégés car plus ramassés, plus massifs. Après une enfance passée en pointillés auprès d’un père porté sur l’alcool et l’usage de la force, je ressens la fragilité du corps humain. Par la sculpture, j’ai la volonté de pallier cette fragilité. »

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Une sculpture de béton à voir à l’exposition “Amor fati” © Virginie Moreau.

« Dans mes sculptures, je joue tous les rôles : celui de metteur en scène, de victime puisque je me sers de modèle, et de bourreau puisque j’attache moi-même les cordes. Ces sculptures ont un vrai rôle psychanalytique », s’amuse à dire l’artiste.

« C’est aussi pour moi une façon de dire que suivant les situations, on peut être soit bourreau, soit victime dans la vie. Et que l’on peut passer sa journée à donner pour des œuvres caritatives depuis son téléphone portable, dont le lithium a été extrait par des enfants esclaves dans des mines. Notre société est faite de paradoxes. »

Amor Fati

Plusieurs personnages semblent en prière ou méditatifs dans les dessins de Tarik Essalhi. « La vocation artistique et la vocation monacale peuvent être mises en parallèle, affirme l’artiste. Il y a la même volonté de rester en retrait du monde, de se cacher, de vivre en ermite, selon moi. »

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« J’ai été élevé par une mère athée trotskiste et un père musulman quand ça l’arrangeait. J’ai acquis une culture religieuse par l’art et mené une réflexion sur le conditionnement de la cité et de nos rapports par le monde religieux ». « Amor Fati, l’acceptation du destin, me semble la seule solution par rapport aux souffrances et au bonheur. C’est très libérateur par rapport à la culpabilisation ambiante » conclut-il.

Informations pratiques

Galerie Samira Cambie
16, rue Saint-Firmin 
34000 Montpellier.
Tel. : 04 99 65 46 74.

Exposition visible du mardi au samedi, de 10h à 12h et de 14h à 19h, jusqu’au 11 février 2019.

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Vue de l’exposition “Amor Fati” © Virginie Moreau.

 

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