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VIAS : Une commémoration du 11 novembre empreinte d’émotion

VIAS : Une commémoration du 11 novembre empreinte d’émotion   Comme à l’accoutumée, la commémoration…

VIAS : Une commémoration du 11 novembre empreinte d’émotion

 

Comme à l’accoutumée, la commémoration de l’armistice de 1918 a réuni au monument aux morts, une nombreuse assistance, toutes générations confondues autour des élus, des anciens combattants et leurs porte-drapeaux. Cette année, cette manifestation patriotique fut d’autant plus empreinte d’émotion qu’elle fut marquée, avant les interventions des associations d’anciens combattants et du Maire Richard Monedero, par la lecture d’une lettre écrite par un « Poilu » Viassois, dans une tranchée sur la ligne de front en Moselle quelques jours avant son décès. A cette occasion, Sandra Bartoli, aux côtés d’André Blanc, prêta sa voix à Cyprien Cabanel, parent de Daniel Dussutour qui a découvert cet émouvant témoignage dans ses archives familiales.

Voici la lettre de Cyprien Cabanel :

 

« Le 29 mai 1915,

Chère mère, chères cousines,

C’est encore sous l’impression des combats de la nuit dernière que je vous donne de mes nouvelles.

On a beau avoir du courage, il y a des moments où l’on perd la tête ; mais visiblement la protection divine s’est manifestée sur moi. Oui, priez, priez pour moi, car, de mon côté je ne cesse d’invoquer Dieu et la Sainte Vierge. Je vous envoie une page de mon carnet de tranchées qui vous relatera l’action de la nuit dernière et que vous voudrez bien communiquer à Rosa.

Vous me demandez ma mère, si l’appétit va bien. Hélas !… Il ne va pas trop mal, mais la violence de l’éclatement des obus vous met l’estomac sur la poitrine. Allez manger dans ces conditions. Et puis, il y a cette insupportable odeur de poudre. Heureusement que nous ne restons pas continuellement dans les tranchées : Alors, l’on s’en donne à plein ventre, c’est le mot. Je ne sais pas quand finira la guerre car rien ici ne nous en fait prévoir l’issue.

N’allez surtout pas croire les racontars des journaux concernant le manque de munitions dans l’armée allemande. Ils en ont à revendre et en consomment le double que nous, heureusement inutilement. Surtout, lorsque je songe que le 28, ils nous ont envoyé tout l’après-midi en deuxième ligne, un nombre incalculable de marmites qui faisaient un bruit effroyable creusant d’énormes trous et aucune n’a pénétré dans nos tranchées. Il n’en est pas de même de nos 75 qui leur mettent les leurs sens dessus dessous.

Espérant vous en dire plus long un autre moment, je vous quitte en vous embrassant à tous de bon cœur et me recommande à vos bons souvenirs. Votre tout dévoué fils et cousin pour la vie qui vient d’être certainement cité à l’ordre du jour pour avoir avec ses camarades du 353e , arrêté l’offensive allemande dans la matinée du 26 mai 1915 qui a permis de conserver la majeure partie des tranchées boches conquises dans la nuit du 27.

Cabanel Cyprien, 353e/ 21e Cie / 5e Escouade / Secteur Castrel / N°84.

Je compte faire demain dimanche 30 mai, la sainte communion en union de prières avec ma chère Marguerite. ».

 

Page du carnet de tranchées :

« 27 jeudi.

Nous n’avons pu aller trinquer avec Tarbouriech et pour cause, partis à 4 ½ du soir de Montauville, nous avons été nous poster en 3e ligne. Dès notre arrivée, commence un terrible combat d’artillerie qui dure plus de deux heures, auquel a succédé l’assaut des tranchées ennemies, précédé d’une explosion de mines. Il y a eu beaucoup de victimes des deux côtés tant morts que blessés. Nos soldats ont enlevé deux lignes de tranchées et fait une trentaine de prisonniers. Lorsque le calme fut un peu rétabli, notre compagnie a été désignée pour porter des munitions, cartouches, roquettes, grenades, dans les tranchées conquises, mais une fois là-bas, nous sommes restés comme renforts pour occuper nos nouvelles positions. Ça a été pour nous une très mauvaise nuit durant laquelle la fusillade et la canonnade ont fait rage. Au lever du jour, l’ennemi a contre-attaqué par trois fois. Les deux premières il fut repoussé, mais à la troisième, nous manquions de munitions et surtout de direction. Il fallait céder du terrain, la panique était dans nos rangs. Chacun fuyait comme il le pouvait. Pour ma part, affolé de ne pouvoir avancer ni reculer dans les boyaux encombrés de soldats, je montais sur le plateau et eut  la chance d’arriver à l’entonnoir sans blessure. Les balles sifflaient à mes oreilles. Je dus traverser des fils barbelés et sauter une tranchée. Par trois fois je suis tombé les jambes se dérobant sous moi. Dans les boyaux mes camarades pleuraient, l’on entendait les cris de : ma femme, ma fille, ma mère. Chacun croyait son dernier moment venu et plus d’un priait tout haut quand enfin arrivent quelques officiers qui arrêtent les fuyards, remontent le moral des hommes et organisent la défense des tranchées. En cette occasion le 353e s’est distingué. Un barrage fut établi, les munitions affluèrent, le courage se raffermit et le flot des envahisseurs fut arrêté. Une grande partie des positions conquises restent entre nos mains et ont été aussitôt organisées. »

 

Cyprien Cabanel est mort le 6 juin 1915, soit 10 jours après avoir écrit cette lettre. Il fit partie des 66 noms de Viassois égrenés par les enfants de l’école Jean Moulin et suivis de « mort pour la France ».

A noter, la participation active, sur une initiative de Louis Joviado, adjoint aux Affaires Scolaires et de Jean-Thomas Sanchez, directeur, de ces écoliers de Jean Moulin qui ont également déposé des roses aux pieds du Monument aux Morts, celle des collégiens de Victor Hugo de Bessan et de la chorale du 3e Age qui a interprété une émouvante « Chanson de Craonne » et une vibrante « Marseillaise ».

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