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Vin : connaissez-vous l'histoire de la grappe de Canaan ?

André Deyrieux nous conte l'histoire de la grappe de Canaan…

De la Bible au temple de Jérusalem

La grappe de Canaan, chacun l’a déjà vue ou en a entendu parler. Dans la Bible, des explorateurs envoyés par Moïse pour reconnaître la Terre promise entre Méditerranée et Jourdain en seraient revenus en portant une énorme grappe de raisin sur un bâton et sur leurs épaules. Le livre des Nombres, chapitre XIII, écrit voilà près de trente siècles, nous en fait le récit : « Moïse les envoya pour explorer le pays de Canaan. Il leur dit : « prenez des fruits du pays ». C’était le temps des premiers raisins. Ils arrivèrent jusqu’à la vallée d’Eschcol, où ils coupèrent une branche de vigne avec une grappe de raisin qu’ils portèrent à deux au moyen d’une perche ». Ce raisin, la grappe de Canaan, est historiquement l’illustration de la révolution néolithique, la transition entre les populations nomades et les peuples cultivateurs. Cultivateurs-vignerons bien sûr !

La grappe de Canaan dans l’iconographie

Cette histoire d’une grappe énorme, presque de la taille d’un homme, a connu une fortune iconographique considérable en peinture, gravure, sculpture et arts décoratifs. L’historien Flavius Josèphe raconte qu’une telle grappe, monumentale, figurait au-dessus de la porte du temple de Jérusalem détruit en 70 de notre ère. On la retrouve sur des mosaïques comme celle du Ve siècle, exceptionnelle, découverte récemment à Huqoq près du lac de Tibériade ; sur les vitraux du XIIIe siècle de la cathédrale de Chartres ; dans les enluminures des Commentaires de la Bible de Nicolas de Lyre au XIVe siècle ; sur la façade de la cathédrale du Duomo de Florence au XVe siècle ; sur les stalles de la Collégiale Notre-Dame de La Guerche-de-Bretagne au XVIe siècle ; sur les toiles de Giovanni Lanfranco ou de Nicolas Poussin au XVIIe siècle. Le tableau de Poussin – que l’on peut voir au Louvre – est en lui-même un roman formidable. D’abord, c’est un des derniers tableaux du peintre, d’une série de quatre consacrée aux saisons. De plus, il fut réalisé pour un duc de Richelieu (le petit-neveu du célèbre cardinal), qui le perdit un an après, en 1665, en jouant au jeu de paume contre le roi Louis XIV. En tout cas, ce tableau – L’automne ou la grappe de Canaan – rend lisible une synthèse entre les traditions antique, biblique et chrétienne, et on peut y voir une célébration de Bacchus, de la Terre promise et du Christ, raisin du pressoir mystique.

Promenades œnotouristiques

Vous pouvez rencontrer aussi la grappe de Canaan lors de vos promenades œnotouristiques dans différents vignobles comme au Château Smith Haut Lafitte (par le sculpteur tchèque Yvan Theimer), ou à Marsannay-la-Côte (sculpture de Christian Maas). Elle se rencontre aussi sur des céramiques, des enseignes de tavernes, des publicités de la fin du XIXe siècle (comme celle des Engrais d’Auby), et c’est – assez naturellement – le logo du ministère du Tourisme d’Israël. Le monument consacré à Pierre Galet (1921-2019), éminent ampélographe, comporte ce cépage comme élément central. Le monument est visible à Sup-Agro, école d’agriculture de Montpellier (voir l’illustration ci-dessus).

Un vignoble a mis en scène, en fête même, la grappe de Canaan, et ce, dès le XVIIe siècle (1665). À cette époque, ce vignoble n’était pas encore français mais franc-comtois : il s’agit du vignoble d’Arbois et de la fameuse fête du Biou (Beau). Cette fête rassemble des milliers de personnes et consiste en processions et en bénédictions autour d’une énorme grappe, concrètement un assemblage de cent kilos de raisins rouges et blancs, vœu et symbole de vendanges abondantes. Ces festivités ont lieu chaque année le 1er dimanche de septembre, et sont inscrites à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel français.

Un cépage très rare

Dans les faits, ce cépage est très rare. Outre Israël, il produit des vins de table en Roumanie. Il est présent – et c’est unique en France – dans les collections de cépages du Mas de Daumas-Gassac, célèbre domaine viticole du Languedoc.

Le nom scientifique de ce cépage est « nehelescol » ! Appelé aussi raisin de la Terre promise ou raisin blanc de Jérusalem, il est en tout cas inscrit au très officiel Vitis International Variety Catalog sous le numéro 8467. En revanche, il n’est pas présent dans le Catalogue des variétés cultivables en France. Il peut produire des grappes de cinquante centimètres voire d’un mètre de long, chacune semblant d’ailleurs constituée de plusieurs raisins. Il est malheureusement très sensible au mildiou, maladie due à une sorte de champignon. La poussée de ses rameaux est vigoureuse. La structure de la grappe est à la fois forte et lâche, à la fois très en longueur et en épaules avec des ailerons nombreux, les baies sont ovales (ce qui lui vaut son autre surnom d’olivette). Le poète Edmond Fleg a parlé de « l’or de ses grains géants ».

Un dernier point : rien ne nous dit que le vin du repas des noces de Cana est issu de grappes de Canaan… Je parle de la première partie du repas, le vin de la fin du repas étant issu, on le sait, de raisins encore plus célestes…

André DEYRIEUX
ad@winetourisminfrance.com pour RésoHebdoEco
www.reso-hebdo-eco.com

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