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Culture & Loisirs

Vincent Corpet, magistral, à la Galerie Boisanté

Tantôt adulé tantôt incompris par la critique, Vincent Corpet est incontestablement l’une des grandes figures de l’art contemporain français, comme en témoignent les nombreuses publications le concernant qui fleurissent dans les magazines spécialisés depuis des années, dont Artpress. Il faut dire que le peintre a à son actif des expositions prestigieuses, notamment une purement formaliste […]

Tantôt adulé tantôt incompris par la critique, Vincent Corpet est incontestablement l’une des grandes figures de l’art contemporain français, comme en témoignent les nombreuses publications le concernant qui fleurissent dans les magazines spécialisés depuis des années, dont Artpress. Il faut dire que le peintre a à son actif des expositions prestigieuses, notamment une purement formaliste en 1987 au Centre Pompidou et la fameuse Picasso Mania en 2015 aux Galeries nationales du Grand Palais. A la Galerie Boisanté, sa série la plus récente, les Dessais, est présentée en regard de tableaux plus anciens, montrant l’évolution stylistique de Vincent Corpet dans une sorte de « bonus pédagogique ». Très facile d’accès, le peintre revient pour les lecteurs de l’HJE sur le processus d’analogie, qui figure à la base de ses différentes séries, et évoque ses nombreux changements de styles. Interview.

 

Quels sont les mots caractérisant le mieux votre travail ?


Vincent Corpet :
« Dyslexie, analogie et bousier. La dyslexie parce que j’en suis atteint et que cela m’a amené à douter de la réalité. Ce que je lis, est-ce la réalité ou non ? Précisément, mes tableaux questionnent notre rapport à la réalité. Voit-on réellement ce que l’on voit ? Certaines de mes séries portent dans leur titre même les stigmates de ma dyslexie. C’est ainsi que ma nouvelle série, Les Dessais, signifie en fait les décès (décès des grattages de peinture que je faisais avec les Fuck Maîtres). Ce sont aussi des essais, d’ailleurs. Le deuxième mot est l’analogie. C’est ce procédé que j’utilise pour créer. De même que l’on peut penser par analogie, on peut créer par analogie, en ayant une pensée glissante, qui passe du coq à l’âne. Telle forme m’évoque telle autre. C’est ce qui me conduit à greffer des membres humains à un animal, par exemple. Ou à représenter le Christ par un 8. Le troisième mot est bousier, parce que mon processus de création peut s’apparenter à la méthode de ce coléoptère : chacune de mes séries ramène à (une de) mes séries précédentes. Ainsi, par exemple, mes Dessais ont, comme mes natures mortes, des fonds géométriques, et ils empruntent un peu aux Diptyques. »

Est-il vrai que vous refusez de vendre vos autoportraits ?


Vincent Corpet :
« Mes autoportraits, qui, selon moi sont de faux autoportraits puisque je ne me suis choisi comme modèle que par facilité, sont pour moi l’occasion de tester de nouvelles techniques. Je peins des autoportraits à chaque changement de style pour voir s’il fonctionne. En ce sens, mes autoportraits sont comme des jalons, d’où leur importance pour moi. Voilà pourquoi je les garde. Je ne serais prêt à céder un tableau qu’en échange d’un appartement immense situé dans un quartier cossu de Paris ! » [rires]

Parmi vos séries, il y a notamment les tableaux religieux, les Autoportraits, les natures mortes, les Nus, les Analogies, les Diptyques, les Enfantillages, les Poils à gratter, les Fuck Maîtres et maintenant les Dessais. A quoi correspondent tous ces changements de style et de sujet ?

Vincent Corpet : « A l’instar des cailloux du Petit Poucet, tous mes tableaux forment une suite. Mon but n’est pas de créer un chef-d’œuvre. Souvent, quand je crée des tableaux, le public et les critiques veulent y voir une narration. Or, je ne peins pas des histoires ! Donc à chaque fois que je sens ce glissement, je change de style car je refuse que mes tableaux soient perçus comme narratifs. Mes tableaux n’ont pas de sens. »

Pourquoi tous ces animaux dans vos tableaux ?

Vincent Corpet : « Le bestiaire est né des analogies. Comme tout le monde, j’ai appris à parler en reproduisant les sons des animaux et mes doudous étaient des animaux. L’enfant tient et reconnaît son doudou animal dans n’importe quel sens. De même, quand je travaille la toile au sol, des formes animales m’apparaissent naturellement. Selon moi, si la peinture fonctionne encore face aux arts numériques, c’est parce qu’elle s’adresse à quelque chose en nous qui est antérieur à l’écriture. Les animaux étaient là avant l’écriture. Voilà pourquoi j’apprécie tant la peinture pariétale. »

 

>> Cette exposition passionnante et didactique retrace une trentaine d’années de création d’un grand peintre qui n’a jamais cédé aux sirènes du marché de l’art ni renié sa volonté profonde de ne jamais se cantonner à un seul style.

> Pour bien saisir le processus créatif de Vincent Corpet, ne pas hésiter à demander à la galeriste, Clémence Boisanté, de retracer la genèse et l’imbrication des séries que, par manque de place, nous n’avons pu évoquer ici.

 

Infos pratiques

> L’exposition « Vincent Corpet – Dessais de-ci de-là » est visible jusqu’au 22 octobre 2016, du mardi au samedi, de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 19h.

> Galerie Clémence Boisanté – 10, boulevard Ledru-Rollin – 34000 Montpellier – Tel. : 04 99 61 75 67 – www.galerieboisante.com 

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