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HENRY Christian

Profession :
Artiste Graveur

Date de naissance :
05-12-1961 - VILLEVEYRAC 34

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Pour présenter Christian Henry, le réalisateur de ce site a choisi de donner la parole à Julien Davanzati, qu’un heureux hasard lui a fait rencontrer. Un voyageur de l’esprit, un être inlassablement curieux, qui a mis en notes la rencontre qu’il fit avec notre graveur.

Julien Davanzati :Je suis un homme du noir, de la Nuit, du sombre. Je fuis le jour. Je tremble et je suis bien dans les bruits des forêts, frères des hiboux et chouettes, frères de toutes les bêtes qui vivent dans l’obscurité, tremblant et confiant. Je suis le promeneur du sombre. Ma forêt est vaste et je m’y perds parfois. D’un terrier à un rocher ou un tronc d’arbre que la lune éclaire, j’erre dans la nuit. Et à l’orée de ma forêt, un soir, je vois une lumière, une fenêtre dans la masse sombre d’une construction.

Je m’approche : un fourbis, un espace petit et envahi, un mur tapissé de livres, des tables, des papiers, et un objet étrange, je devine que c’est une presse, et une table en fer, un évier avec une cuve remplie d’un liquide brun, des flacons partout et des outils, une bougie, une bouteille de vin rouge et une carafe d’eau. Et au coin de la table, un verre de vin, quelques livres, et un homme qui semble réfléchir, et qui se lève, sort une plaque de la cuve, la rince, la sèche, la tourne à la lumière, semble réfléchir encore, la pause sur la table et avec un stylet en acier y dessine longuement. Il reprend la plaque et la plonge dans la cuve un petit instant, la ressort et la rince. Il enlève avec un produit le vernis brun qui la recouvre, la regarde, accompagné d’une cigarette et d’un verre de rouge, et d’un grand verre d’eau.

Il se dirige alors vers une grande boîte, sur laquelle est écrit « boîte à nuage » et de laquelle sort une manivelle qu’il tourne vigoureusement.
Il attend quelques secondes et ouvre une mince porte en longueur. Il en sort un nuage. Il y introduit la plaque de cuivre et referme la porte. Le voilà qui s’assied, s’allume une autre cigarette, et boit un peu de vin, tout en préparant, je le saurai plus tard, un vernis de bitume de Judée et de cire d’abeille. Après un moment assez long, il sort la plaque couverte d’une fine couche jaune, la pause sur une grille sous laquelle se trouve un réchaud à gaz qu’il allume et qu’il promène doucement sous la plaque. Et peu à peu, la couche jaune devient transparente. Il s’allume à nouveau une cigarette, fait honneur aux verres de vin et d’eau, et griffonne quelques annotations sur une feuille. Puis il prend la plaque, probablement refroidie, et en recouvre quelques endroits avec le vernis qu’il avait préparé. Il la sèche, attend un peu, et la plonge dans le produit brun, je saurai aussi plus tard que c’est de l’acide, du perchlorure de fer. Il m’expliquera aussi que ce vernis protège le cuivre de la morsure de l’acide. Il ressort la plaque après quelques secondes, la rince, la sèche à nouveau, et la retravaille avec le vernis. Il la replonge dans l’acide, et ainsi de suite une quinzaine de fois. Je reste émerveillé de la transformation de la plaque, de ce dessin qui se forme peu à peu, des reflets, du mystère de ces opérations. Il ressort enfin la plaque et avec un dissolvant, il me le dira, il enlève la couche de vernis. Il regarde longuement cette plaque nouvelle qui a engendré un dessin que l’on devine.

Il prend le réchaud qui était sous la grille, l’allume à feu doux et l’introduit sous la table en fer. Il va vers la presse et tourne deux manivelles, probablement pour faire descendre le rouleau sur le plateau recouvert de deux feutres. Il ouvre un plastique, en sort une feuille mouillée – quel beau papier ! – qu’il met entre deux journaux, je saurai que c’est pour en tirer l’excès d’humidité. Je suis toujours au coin de la fenêtre, heureusement, c’est une nuit d’été.

Il regarde la plaque, la fait bouger sous la lumière, il a l’air un peu inquiet. Il la pose enfin sur la table en fer, tire une petite table roulante que je n’avais pas remarquée, et sur laquelle est étalée de l’encre noire. Avec un rouleau il encre la plaque, puis avec des chiffons, je saurai aussi qu’il s’agit de la tarlatane, il commence à enlever l’encre, et peu à peu le dessin apparaît. Il essuie encore doucement, le dessin se précise. Il assure alors la plaque avec sa main gauche, tamponne la droite sur du blanc de Troyes, pour assécher la paume, me dira-t-il, et par des gestes très doux, avec la paume, il enlève le restant d’encre qui restait sur le cuivre. La plaque resplendit, l’encre n’est plus que dans les tailles, dans le corps du cuivre, le dessin est enfin révélé.

Ce fut un moment très beau, même les chouettes et les hiboux se turent. La lumière sur le métal brillant, et ce dessin en devenir. Je crois même qu’à ce moment là, j’ai risqué une cigarette. Il prit alors la plaque, la posa sur la presse, y déposa la feuille préparée, rabattit les feutres et délicatement fit tourner la presse. Le plateau avançait vers moi. Quand le mouvement cessa, il rabattit les feutres sur le rouleau, la feuille était marquée par un gaufrage. Délicatement il retira la feuille, c’est comme s’il me la présentait, et je vis le dessin, avec l’encre fraiche, le papier humide, dans cette lumière, une naissance.

Il rallume une cigarette, boit un petit coup, ouvre la porte et sort prendre l’air, suivit de ses trois chattes, une grise et deux noires. Lui était dans la lune, si je peux dire, les chattes me virent, j’étais vu, il me vit.

- Que faites vous là, me dit-il.
- Je me suis perdu, lui répondis-je.
- Vous êtes perdu, et curieux aussi, probablement.

Il m’invite à rentrer.

C’est un atelier, des odeurs surtout, et des livres, des outils, un fourbis, un monde et des murs couverts de gravures, et des tableaux et des aquarelles d’amis artistes. Il m’expliqua : pas d’argent, des échanges, des cadeaux entre nous. Le plus beau d’entre tous est une grande aquarelle sur Venise de son ami Fred-André Holzer. Je prenais le temps de découvrir cet endroit et tout ce qui l’habitait. Il ouvrait une bouteille et posait un verre devant moi.

Sans empressement, je le fis parler. Et je ne sais pourquoi, la nuit peut-être, le vin, ses trois belles chattes, il fût docile en paroles. A vingt ans, il part pour Florence et y reste quatre ans. L’atelier de gravure de l’Académie des Beaux-Arts lui réserve la grande surprise. Outre les presses anciennes, les odeurs, deux « Prisons » de Piranèse sont sur les murs. Comme il en parle, c’est un choc. Et longuement on divague en paroles. Qu’est ce qui nous crée, quelles émotions nous façonnent ? On s’arrête longtemps sur les émotions de l’adolescence, sur ce qui nous construit. Ce moment où nous sommes des éponges, on absorbe, on veut connaître et tout prendre, sans limite.

  Moi qui ne connais pas la gravure, j’y suis plongé corps et âme. Je le pousse à m’en parler, et il me raconte la gravure. Depuis les chinois qui estampaient les bas-reliefs au II siècle, jusqu’au XIV siècle, où les premières gravures sur bois servirent à imprimer des cartes à jouer. Dès le XV la grande histoire de la gravure commence. On utilise le cuivre. Les orfèvres d’abords, qui gravent soit au burin soit à l’acide de petites plaques décoratives – les nielles. On a vite l’idée de les imprimer sur papier, pour garder les motifs, comme le florentin Mazo di Finiguerra. Les artistes s’emparent de la trouvaille, Mantegna, Pollaiuolo en Italie, Schongauer, Lucas de Leyde, et surtout Dürer, fils d’orfèvre, qui donnera au burin ses plus grandes lettres de noblesse.

C’est l’invention de l’imprimerie qui donnera à la gravure sur bois un nouvel essor.

Les gravures circulent, un immense échange se fait entre le nord et le sud. Dürer fait en 1505 – 1507 le voyage à Venise pour défendre ses droits d’auteur. Les plus grands peintres confient à des graveurs la reproduction de leurs œuvres, tel Marc-Antoine Raimondi pour Raphaël.

A mesure qu’il me nomme les grands graveurs, il sort des livres de sa bibliothèque, et ainsi défilent devant moi Rembrandt, le plus grand génie de l’eau forte, Lucas de Leyde, buriniste extrêmement raffiné, Callot, ces mendiants et les horreurs de la guerre, et tant d’autres. Il remonte le temps avec Piranèse et ses impressionnantes visions, l’extraordinaire grâce de Tiepolo, les vues de Canaletto. La France est surtout portraitiste avec le délicat Nanteuil. On y invente le procédé de la roulette qui permet de reproduire en sanguine les dessins de Watteau, Boucher et Fragonard. Il me sort un livre sur Hogarth et sa féroce critique de la société anglaise du XVIII ème. Il fait une pose, se lève et revient avec plusieurs livres. Il me parle longuement, en feuilletant ses ouvrages, de Goya qu’il affectionne particulièrement, et de ses quatre grandes suites de gravures : Les Caprices, Les désastres de la guerre, La tauromachie, et Les Disparates. Le XIX ème est le siècle des grandes évolutions. D’extraordinaires burinistes reproduisent les œuvres des grands peintres. J’avais remarqué et admiré au dessus de sa table chauffante une interprétation au burin du tableau de Ingres « Oedipe et le sphinx », une épreuve dite « avant la lettre », les signatures du peintre et de l’interprète ainsi que le titre ne sont pas encore gravés sur le cuivre, autant dire que cette première épreuve est d’une qualité de noirs remarquables

Mon hôte est émerveillé par ces graveurs, toute une génération de magnifiques praticiens qui seront détrônés par l’apparition du bois debout, qui, étant très dur ( on utilisait du buis ) et travaillé au burin permet et d’incroyables finesses et surtout des tirages rapides et sans limitation sur des presses typographiques. Les journaux, les revues, profitent de ce procédé. L’auteur le plus génial qui saura l’utiliser reste Gustave Doré et ses merveilleux graveurs, nous laissant les somptueuses interprétations de la Bible, de Cervantes, des Fables de La Fontaine, de Dante etc…

Cette technique sera brutalement détrônée par la lithographie, inventée par Senefelder à la fin du XVIII ème. L’artiste dessine directement sur la pierre calcaire avec un crayon gras. Par une opération chimique, le dessin est fixé dans la pierre. Ce procédé est beaucoup plus rapide que le travail au burin sur cuivre ou bois debout. Mon graveur me sort encore des livres et me montre les lithographies de Delacroix, Lautrec, Bonnard, Géricault …et la litho, à son tour, est détrônée par l’apparition en 1839 de la photographie et des procédés photomécaniques.

La gravure se libère alors de sa fonction de reproduction. Les artistes, Manet, Degas, Mérion, Bracquemont, Bresdin, Rops et autres travaillent pour eux, les feuilles sont numérotées et signées à la main, et souvent produites pour des galeristes et éditeurs spécialisés dans l’estampe, comme Vollard, qui poussera Rouault à graver son admirable « Miserere ».

Le XX ème siècle est l’explosion de la gravure. Picasso s’en empare. Infatigable chercheur dans toutes les techniques, il laissera une œuvre gravée titanesque. Pratiquement tous les artistes, abstraits ou figuratifs, utiliseront soit le cuivre, soit le bois, la litho et la sérigraphie pour leurs qualités expressives propres.

De grands ateliers de gravure sont à leurs cotés comme Lacourrière, Mannonvillier, Mourlot, Hayter, avec des taille-douciers (imprimeurs) expérimentés. Toutes les audaces seront osées. La gravure est bien loin d’être morte. C’est ce contact avec la matière, me dit-il, qui est fascinant. Le cuivre peut se retravailler encore et encore – la matière est là - toutes les techniques peuvent s’y superposer. Le temps est arrêté. L’artiste ouvre des cartables et me montre des gravures anciennes ou des échanges avec des amis artistes. Il sort d’autres livres et me parle des gravures japonaises, des gravures sur bois, pour la plupart en couleur, d’une finesse extrême. Et nous admirons Hiroshige, Utamaro, et surtout Hokusaï qui se nommait lui même le vieillard fou du dessin. Il me montre enfin des dizaines de gravures d’enfants, étonnantes de fraicheur et de spontanéité.

Je lui pose enfin la question qui me brûle : et vous, que faites-vous ? Il rigole et me répond : Il nous faut ouvrir une autre bouteille. Il me donne la feuille qu’il a imprimée il y a bien maintenant trois heures, une vue du château de Quéribus, un des plus vertigineux châteaux cathares. Depuis deux ans il s’est entiché de graver les plus beaux sites du Languedoc Roussillon. Il me montre ces gravures. Il a commencé par graver Agde où il réside, une vingtaine de cuivres représentant surtout Agde au bord de l’Hérault. Et je vois Saint-Guilhem-Le-Désert, Béziers, Carcassonne, le pont du Gard. Il aimerait continuer cette série et reprendre les plaques les plus convaincantes en utilisant d’autres techniques.

On boit un bon coup, on fume une cigarette, et je me hasarde à une autre question :

- Vous ne faites que cela comme gravures ?

Là il rigole vraiment un bon coup et me répond : si vous voulez tout voir, il nous faudra du temps, et une autre bouteille.

Et il me montre les premières gravures qu’il a faites à Florence, des linogravures avec beaucoup de personnages dans des ambiances théâtrales. Une quarantaine de linos, de plus en plus grandes. Après une année passée à Amsterdam où il ne travailla que sur cuivre et zing dans l’atelier de gravure de la Rijskacadémie, il retourne en Suisse et retravaille le lino, avec des formats de plus en plus grands, son dernier lino en 6 plaques fait 116cm sur 229cm.

Il s’achète une presse et se remet au cuivre. Il sort alors son premier livre : DIVERTIMENTO. Puis il grave cette fois ci sur bois, et sort deux éditions : EPHEMERIDE, une suite de neuf bois en rond sur un poème de son ami Pascal Rebetez, et A TOI SEULE JE DIS OUI , vingt et un bois en couleurs sur des haikai d’Hugues Richard. Je vois qu’il aime et les grands formats, et l’intimité du livre. En 1988, il se met à la lithographie, avec quelques grandes planches et un petit livre, BRIBES EN VRAC, et l’année suivante un ouvrage sur une très belle maison du XIX, honteusement détruite, et ce sera VOLEURS DE PIERRES.

Toujours en 1989 il se remet au bois et sortira un ouvrage de vingt deux planches – TERRE IVRE – consacrées à la Toscane des étrusques.

Il gravera toujours entre temps quelques cuivres, et dès 1990 y restera totalement fidèle. Il lui passe alors dans la tête l’idée folle de sortir un grand livre avec trente trois cuivres, utilisant toutes les techniques, sauf le burin, enrichi d’un somptueux poème de Pascal Rebetez : REGARD DE LA NUIT.

Ce livre, invendable et invendu, le conduira dans une fonderie pour une année, une expérience dont il me parle avec enthousiasme, le mariage du feu, les vapeurs, la chaleur suffocante : il se trouva dans les – « Prisons »- de son cher Piranèse. Il sortira une autre édition LA MONTAGNE SACREE sur de cours poèmes de Tristan Solier, et un petit ouvrage collé en léporello, FINISTERRAE, et une autre édition encore, ETREINTES, avec deux poèmes de Jacqueline Tamagna. Ses projets dans l’avenir : continuer de graver les sites du Languedoc-Roussillon et faire de petites gravures, sur cuivre toujours, et peut-être assurément un futur livre sur des poèmes de Pascal Rebetez.

Je me hasarde, entre deux verres :

- Et la couleur ?

J’avais remarqué, dans son fourbi d’atelier, des petites boîtes en couleur. Il m’en montre d’autres, les nomme « petites boîtes à image ». Il aime travailler la couleur, il se définit décorateur et non peintre. J’insiste encore sur la couleur. Patientez, me dit-il, je vais nous faire un café, et nous iront le boire dans la cour. Le jour s’était élevé, et nous le bûmes dehors. Question couleur, j’étais servi. C’est une petite cour, avec un bassin, des plantes partout, Sonia, son épouse, a une belle main verte, et les murs sont couverts de fresques, je vois le « Baiser » de Klimt , des décorations romaines, des copies de fresques italiennes du XV. « J’aime peindre ce genre de décoration », me confie-t-il.

La lumière devint trop vive, depuis longtemps déjà dormaient et chouettes et hiboux, il était temps de les imiter. Je le quitte, avec désormais la gravure dans ma vie.

 

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