Anne Bourrel, l’auteur de romans noirs au visage d’ange

Le dernier roman noir d’Anne Bourrel, romancière, dramaturge et performeuse, paraîtra dans quelques jours…

Le dernier roman noir d’Anne Bourrel, romancière, dramaturge et performeuse, paraîtra dans quelques jours aux éditions La Manufacture de Livres. Gran Madam’s – c’est son titre – est un “road novel qui débute comme un film de Tarantino et se termine comme un Japrisot”. Rencontre avec cette personnalité attachante de la scène artistique montpelliéraine.

 

Naissance d’une vocation

Anne Bourrel est une créatrice aux multiples facettes : « Dès l’enfance, j’ai eu envie de faire de la scène et des romans. Dans son ouvrage La Condition Littéraire, Bernard Lahire prétend que les femmes désirent écrire dès l’enfance, alors que les hommes ne découvrent leur vocation qu’entre 21 et 25 ans. Je n’ai pas dérogé à la règle ». Elle se souvient : « J’ai écrit mon premier roman, Contrebandes, alors que je préparais ma thèse. En feuilletant les manuscrits de Marguerite Duras à l’IMEC, j’ai remarqué que j’avais la même méthodologie qu’elle. Ça m’a rassurée et confortée dans mon fonctionnement. J’ai alors choisi de me consacrer pleinement à l’écriture, et j’ai laissé ma thèse en suspens. Une fois Contrebandes achevé, je l’ai fait lire à ma codirectrice de thèse, qui l’a apporté à un éditeur. Et c’est ainsi que le roman a été publié ».

Le roman noir et le théâtre

Quand on lui demande pourquoi elle s’est dirigée vers le roman noir, Anne Bourrel explique que cela s’est fait naturellement. « Je tuais mes personnages dans à peu près tous mes écrits. J’affectionnais les passages de meurtres. Lorsque mon éditeur a collé l’étiquette de roman noir sur mes textes, cela m’a libérée, et désormais, je peux creuser et accentuer le trait », dit-elle, dans un sourire. Ses auteurs de référence en la matière sont Jean-Patrick Manchette, Jean-Claude Izzo et Yves Ravey. Son deuxième livre, Le roman de Laïd, était une enquête fantastico-historique sur la mémoire de la guerre d’Algérie. L’écriture de pièces de théâtre s’est également imposée à elle. C’est pour la compagnie de danse L’Essoreuse, basée à Saint-Denis, qu’Anne Bourrel a d’abord écrit une première pièce chorégraphique, Un Effort de Mémoire, jouée à Paris au Théâtre Mandapa, puis un long texte dramatique, Le Camion-poubelle et les quinze ou seize femmes-lions. Dans ce conte pour adultes, un enfant tombait dans un camion-poubelle qui lui donnait accès à un monde merveilleux dans lequel de multiples voix étranges conversaient. Depuis, les textes pour le théâtre se sont enchaînés. Elle a écrit Gualicho pour la comédienne Charo Beltran-Nuñez. Cette histoire de passion amoureuse destructrice, sur fond de flamenco, a remporté un franc succès auprès du public. Actuellement, le metteur en scène parisien Benoît Seguin travaille sur sa toute nouvelle pièce, Barbie Furieuse, mise au répertoire des Ecrivains Associés de théâtre.

Les projets

Anne Bourrel se consacre depuis plusieurs mois à l’adaptation en roman de sa pièce Barbie Furieuse, ainsi qu’à l’écriture d’une autre fiction dont le titre devrait être L’invention de la Neige. Elle souhaite aussi trouver des financements et une résidence pour la création de Barbie Furieuse. Elle prépare actuellement une lecture de Gran Madam’s avec des extraits retravaillés par le chanteur et musicien Gil Non. A l’occasion du Printemps des Poètes, le jeudi 19 mars à 20h00 au Périscope de Nîmes, Anne Bourrel participera à un événement intitulé Ma Poetic Party : dix artistes exploreront la poésie, sous l’égide de la performeuse Nat Yot. Du 20 au 23 mars, Anne Bourrel prendra part au Salon du Livre de Paris sur le stand de La Manufacture de Livres. Et du 29 au 31 mai 2015, elle sera à la Comédie du Livre de Montpellier sur le stand de Sauramps, avec son éditeur, Pierre Fourniaud, et deux autres auteurs de la Manufacture de Livres, Olivier Martinelli et Lilian Bathelot.

« Gran Madam’s »

« Pour mon troisième roman*, mon idée de départ était qu’un meurtre soit commis sur le sommet de la pyramide aux Catalans, ce monument situé à la frontière franco-espagnole, à la Jonquera. Puis m’est venue une galerie de personnages : une ex-étudiante prostituée, Bégonia Mars ; son mac, Ludovic, dit le Boss ; et le Chinois. Je voulais leur faire prendre des vacances après ce meurtre… Ils en avaient bien besoin ! Dans un coin de mon imaginaire, il y avait aussi l’histoire d’une adolescente fugueuse, Marielle. J’ai décidé de confronter ces deux univers dans un lieu que je connais, une station-service située sur la nationale, à Capendu, dans l’Aude. Seule une prostituée pouvait avoir la clairvoyance nécessaire pour comprendre certaines choses. Ce lieu, je l’ai bien connu. J’ai passé les dix premières années de mon enfance dans une station-service. Il y avait une matière à exploiter. Par exemple le passage incessant des voitures, le bruit énorme et les phares des camions qui balayaient le plafond de ma chambre. Le vert et le jaune, couleurs de la marque, qui étaient omniprésentes. L’atmosphère survoltée, les fêtes en terrasse, l’été », se souvient Anne Bourrel. Et de préciser :« Gran Madam’s n’est pas du tout autobiographique. L’écriture autobiographique ne m’intéresse pas. » « J’ai utilisé cette matière, je l’ai retravaillée et j’ai voulu recréer des personnages, doubles de ceux que j’ai connus, mais plus effrayants, déformés, en quelque sorte. J’ai situé mon roman dans un temps indéterminé, avec un petit côté vintage. Cette station-service en particulier est le lieu des secrets et des non-dits. C’est le double noir de celle où j’ai vécu », ajoute-t-elle. Le choix de l’auteur de situer l’intrigue en plein été, alors que règne une chaleur étouffante et oppressante, cristallise le passage de la normalité à la folie. « C’est également le cas dans La Peste d’Albert Camus et dans Dix heures et demie du soir en été de Marguerite Duras », rappelle Anne Bourrel. Parmi tous les personnages se détache Ali Talib, le veilleur de nuit. « C’est un hommage à Alain, le veilleur de nuit de la station de mon enfance. Ali Talib est un personnage que je voudrais développer dans un autre livre, plus tard. » Dans Gran Madam’s, chacun s’arrange avec la vérité et la réalité. Les uns sont brutalement violents, les autres sont brutalement naïfs. L’auteur fait ressortir, au moins pour un temps, la part d’humanité de chaque personnage, pour mieux jouer avec les clichés et s’en défaire. Leur part d’animalité est également soulignée. Les individus sont toujours sur le fil du rasoir, à la frontière. Cette notion de frontière imprègne tout le roman. On apprécie la façon dont l’auteur restitue les ambiances et les odeurs, sa manière de représenter les milieux sociaux. On relève aussi un très beau passage sur l’importance de la lecture et de l’écriture, et une magistrale description d’une toile cirée. En outre, le sens du suspens est fort bien maîtrisé.

* D’abord publié sous le titre Station-service et rapidement épuisé, ce roman est aujourd’hui édité chez un éditeur renommé, sous le titre Gran Madam’s, du nom de l’hôtel où Bégonia monnaie ses charmes.

Interview menée et retranscrite par Virginie MOREAU

© photo : Paul Eli Rawnsley

> « Gran Madam’s » par Anne Bourrel. La Manufacture de Livres. 188 pages. 14,90 euros. Dans les librairies dès le 5 février 2015.

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